La rédaction
De Napoléon à Madonna, d’illustres savants, stars ou chefs d’entreprise se vantent de dormir peu. Semblant leur emboîter le pas, les Français dorment en moyenne une heure trente de moins qu’il y a cinquante ans, et boivent près de 500 tasses de café par an et par personne (lire encadré ci-dessous). Dans notre pays, dormir serait-il devenu has been ?
Médecin psychiatre experte en troubles du sommeil, Sylvie Royant-Parola rappelle dans Notre sommeil, une urgence absolue (éd. Odile Jacob) les révolutions récentes qui ont impacté notre sommeil. L’électricité, il y a deux siècles, puis l’arrivée de la télévision dans les années 1960, qui a " bouleversé " nos soirées. Enfin, Internet et le téléphone portable qui ont fait de l’après-dîner un " moment d’action " où nous sommes stimulés physiquement (par l’écran) et intellectuellement et émotionnellement (par son contenu)." Tout cela comprime notre temps, nous sommes sans cesse dans la précipitation […]. L’alternance du jour et de la nuit n’est plus prise en compte par un nombre croissant de gens ", conclut-elle alarmée.
Revers de la médaille, les troubles du sommeil sont devenus un fléau (lire encadré ci-contre). La spécialiste constate : " On fait comme on peut, comme monsieur Jourdain, mais in fine, on prend beaucoup de mauvaises habitudes. " C’est ainsi la bonne nouvelle de ce dossier : de lourds problèmes de sommeil résultent parfois de petites habitudes… que l’on peut changer.
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Somnolence, irritabilité, impulsivité : les conséquences d’un manque de sommeil se ressentent dès la première nuit. Mais les conséquences à long terme d’une privation répétée de sommeil sont plus difficiles à mesurer, explique Sylvie Royant-Parola : " Elles apparaissent parfois dix ans après, sous la forme d’une prise de poids ou de troubles cardio-vasculaires. " En effet, la nuit, notre cerveau organise tout un travail de " lavage neuronal ", de reconstruction, de tri qui " ne peut pas se récupérer une fois tous les dix jours ".
On sait, par exemple, que des nuits régulières de moins de six heures augmentent de 30 % les risques de diabète de type 2, et que les insomniaques accumulent dans leur cerveau des protéines associées aux maladies neurodégénératives comme Alzheimer. La prise de poids est une autre conséquence courante, " les secrétions hormonales deviennent très différentes ", explique la spécialiste, et " nous avons tendance à moins bien éliminer ". Autant de bonnes raisons de redonner toute sa place à notre précieux sommeil !

Notre corps accumule toute la journée de l’adénosine, une substance qui agit sur le cerveau et cause la somnolence en fin de journée. Le café vient la contrer, mais plus vous en buvez, plus votre corps produit d’adénosine. Résultat : on augmente les doses. Quand vous arrêtez le café, cet excès d’adénosine peut provoquer une sensation de manque et une somnolence plus forte.
Le café réduit aussi l’absorption de certaines vitamines et minéraux (D, B12, fer, magnésium) nécessaires à notre vitalité. Ainsi, s’il montre des effets bénéfiques sur la santé, une bonne nuit de sommeil reste préférable.
Pour la Dre Royant-Parola, le café « nuit globalement » à notre sommeil mais certains y sont sensibles et d’autres pas, et c’est surtout sur ce critère qu’il faut ajuster votre consommation.
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