Dimitri Jacques
On peut être tenté de stimuler son immunité si l’on est souvent malade, ou de calmer ses ardeurs lorsque notre système immunitaire part dans tous les sens. Des plantes et des micronutriments existent pour cela. Mais le risque est réel de mettre de l’huile sur le feu d’une maladie auto-immune, d’une maladie inflammatoire chronique ou de contrarier l’efficacité d’un traitement anticancéreux.
Les champignons médicinaux, eux, ne forcent pas le système immunitaire à se taire ni à se lancer dans une guerre totale. Ce sont des immunomodulateurs : ils stimulent ou calment ce qui doit l’être. Leur travail est d’aider le système immunitaire à s’adapter aux conditions qu’il rencontre pour toujours maintenir un équilibre général. Les polysaccharides issus du shiitaké par exemple ont montré des propriétés anti- inflammatoires et immunomodulatrices.
Fleuron de l’évolution chez les vertébrés, l’immunité adaptative permet une réponse ciblée qui ne mobilise pas à chaque agression l’ensemble de nos défenses, ce qui risquerait d’épuiser l’organisme. Elle est pourvue d’une mémoire lui permettant de reconnaître un intrus auquel l’organisme a déjà été confronté. Elle fait appel aux lymphocytes B et T qui produisent des anticorps spécifiques à chaque intrus appelés antigènes.
Chaque bataillon est spécialisé. Orienter leurs efforts est le rôle des lymphocytes T auxiliaires appelés T-helpers (Th). Il existe deux grandes voies : les Th1 qui visent plutôt les microbes intracellulaires (notamment les virus) et les Th2 les microbes libres (notamment les bactéries). L’organisme fait prédominer la voie la plus adaptée en fonction du type d’intrus à éliminer. Les cellules dendritiques [impliquées dans le déclenchement des réponses immunitaires, NDLR], ultra-présentes au niveau des muqueuses, notamment intestinales, ont un rôle décisif dès le départ dans cette orientation. Au milieu de la mêlée, les T-reg, casques bleus de l’immunité, encadrent la contre-offensive immunitaire et limitent le risque de dégâts collatéraux.
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Il est fréquent que des symptômes tels que fatigue, myalgies, difficultés cognitives persistent après éradication de la bactérie responsable de la maladie de Lyme, continuant d’altérer la qualité de vie. En cause le plus souvent, des mitochondries épuisées, un microbiote restant très perturbé et surtout un système immunitaire qui ne sait plus s’arrêter et qu’il faut rééduquer.
Autant de domaines dans lesquels la mycothérapie peut apporter son aide. Dans une étude clinique, la prise de reishi et de crinière de lion pendant douze semaines a permis 65 % d’amélioration de la fatigue, 57 % de réduction de la douleur et 44 % de renforcement des fonctions cognitives. La tendance à l’amélioration est apparue dès six semaines.
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Lorsque la voie Th1 est déficitaire, on risque les infections à répétition. Lorsque la Th2 est prédominante et que les T-reg manquent, on va vers les allergies et les maladies chroniques. Le stress, le déséquilibre du microbiote, les intolérances alimentaires, la prise régulière de médicaments anti-inflammatoires et antibiotiques mais aussi la vaccination aveuglément pratiquée peuvent rompre l’équilibre Th1/Th2. Des facteurs environnementaux surstimulent la voie Th2, tels les additifs présents dans les aliments transformés.
La littérature scientifique montre un rééquilibrage de la balance Th1/Th2 avec certains champignons. Agaricus blazei, qui possède la plus forte concentration en bêta-glucanes, est considéré comme le meilleur immunomodulateur. Une étude clinique a montré des résultats positifs sur des patients allergiques, avec une diminution de la sensibilité aux allergènes et des taux d’IgE en pleine saison. En relançant l’activité des Th1, le champignon parvient à contenir les phénomènes responsables de l’allergie. En effet, Th1 et Th2 sont capables, dans des conditions normales, de se réguler mutuellement. Agaricus blazei peut donc à la fois stimuler une immunité affaiblie et calmer une activité allergique, en agissant comme antihistaminique.

L’étude a été menée en pleine première vague de Covid chez des personnes de plus de 85 ans en maison de retraite, la plupart polymédiquées et atteintes d’autres pathologies, soit le public le plus à risque. La prise quotidienne d’Agaricus blazei et de Coriolus versicolor a permis une réduction significative de la mortalité, des complications (notamment la tempête de cytokines) et des admissions en soins intensifs, le tout sans effets indésirables.
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