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Floraison de thérapies adoptant le rêve

Les rêves seraient bons pour notre santé, toutes les études scientifiques le confirment. Nos rêves seraient même  prévenants et nous protègeraient, discrètement. Résultat, on les embauche partout pour soigner nos défaillances physiques et mentales. L’enjeu est immense. Et les psychanalystes s’en félicitent.

Roger Lenglet

La célèbre formule de Freud est plus que jamais d’actualité : " L’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient. " C’est l’outil crucial de la psychanalyse. L’analyse des rêves aide à dénouer les névroses en faisant apparaître les désirs refoulés et les conflits inconscients. Les scènes oniriques s’exprimant par associations ou substitutions symboliques des pulsions qui nous agitent, on peut lever les masques.

Les rêves traduisent des bonheurs. Mais aussi des souffrances, des tourments liés à des culpabilisations envahissantes et épuisantes qui peuvent entraîner des pathologies ou les aggraver. Quand elles ne finissent pas tout bonnement par nous ôter le goût de vivre.

Les rêves, devenus sujets de recherches scientifiques

Quelles que soient les critiques contre la psychanalyse freudienne, on ne peut ignorer ses apports sur le sujet. Il faut d’abord lui reconnaître d’avoir chassé l’idée que les rêves étaient voués à l’ésotérisme et aux divinations. Elle a démontré, malgré les pudeurs institutionnelles, qu’ils constituaient des matériaux précieux pour diagnostiquer et soigner des maux non seulement psychiques mais aussi somatiques. On lui doit aussi d’avoir rendu au désir le droit de se faire entendre dans les songes et d’accéder à la conscience.

Outre les effets curatifs rapportés par les analysants (les patients) et les thérapeutes, la psychanalyse a apporté aux songes une attention générale de plus en plus aiguisée et une place inédite dans notre culture. Grâce à elle et aux différentes écoles qui en sont issues, les rêves ont obtenu un statut digne d’études aux yeux des chercheurs de diverses disciplines – la psychologie, l’histoire, l’anthropologie, la sociologie et les neurosciences – qui en sont devenues friandes. Chose que Freud, lui-même neurologue de formation, envisageait d’ailleurs en songeant qu’un jour la recherche mettrait probablement en évidence le " substratum organique " des lois psychiques.

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Quand rêver, c’est faire

« Le rêve est plus fort que l’expérience », écrivait finement le sociologue René Lourau dans Le rêve analyseur. Nos rêves sont en effet infiniment plus consistants et futés qu’ils n’en avaient l’air autrefois. Rêver est une activité extrêmement riche, qui nous réalise et nous consolide secrètement mais avec constance. Le rêve nous guide émotionnellement et affectivement dans le monde. Il nous permet de nous l’approprier et de mieux le mettre en forme. Il fait que la vie peut toujours rester un jeu impliquant et séduisant.

La concurrence autour de nos rêves

Les rêves n’ont jamais suscité autant de thérapies. La diversité des approches confirme qu’ils sont précieux, tout en donnant lieu à une saine floraison de différents courants. Au freudisme se sont ajoutées des écoles qui enrichissent l’étude des rêves et fondent des traitements divers. Les psychanalystes jungiens ont ainsi approfondi l’étude des symboles, des archétypes et des structures de l’imaginaire qui organisent nos rêves. Les praticiens du rêve éveillé dirigé (RED) en sont issus. Sont apparus également la thérapie comportementale et cognitive (TCC) ou la répétition d’imagerie mentale (RIM) et d’autres encore…

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La rescénarisation d’images mentales (RIM)

Dite aussi répétition d’imagerie mentale, c’est l’une des méthodes aujourd’hui proposées, mise au point aux États-Unis dans les années 1990. Elle consiste à transformer les cauchemars en rêves agréables en apprenant à visualiser efficacement des images positives pour changer le scénario des cauchemars en étant éveillé et ne plus les revivre de la même manière pendant le sommeil. Elle est indiquée chez les personnes qui font au moins un cauchemar par semaine. Un manuel français a détaillé le procédé pour que chacun puisse se l’appliquer¹.

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Le DreamSenseMemory (DSM)

La récente technique dite du Dream­SenseMemory (DSM) consiste à donner au rêve plus de chance de déjouer la censure en ne le confiant pas au seul souvenir visuel. La vision est toujours susceptible d’en refouler une part révélatrice. Il s’agit de restituer le rêve dans toutes ses dimensions sensorielles en y incluant les perceptions sonores, tactiles, olfactives et gustatives pour en découvrir tous les aspects. Ce travail onirique vise à aider les patients à retrouver pleinement son contenu pénible et occulté.

D’inspiration holistique, le DSM s’appuie sur des découvertes neurologiques mettant en évidence la manière dont nos différents sens engrangent les souvenirs et les font ressurgir. Ainsi, un traumatisme sexuel peut très bien se dénicher par un souvenir tactile, alors que sa vision sera plus facilement refoulée.

Une équipe de recherche australienne a noté qu’avec " cette méthode utilisée de manière régulière, le contenu du rêve est non seulement retrouvé plus facilement mais aussi de manière plus détaillée "2.

Le DSM est né dans le cadre de la gestalt-thérapie et conserve l’idée selon laquelle les rêves doivent être retrouvés par des processus d’intégration émotionnelle plutôt que des démarches purement cognitives ou intellectuelles.

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Le suivi onirique

Les psychanalystes ne se contentent pas de recueillir les rêves relatés par les analysants en début de cure. Ils les suivent dans leur processus cathartique en observant la progression symbolique jusqu’au bout de la cure. Intéresser le patient à ses propres rêves en lui demandant de les noter pour en parler en séance présente en plus l’avantage d’élargir son champ de conscience. Cet échange de paroles est décisif pour l’interprétation et il permet d’avancer beaucoup plus efficacement et plus vite dans la thérapie.

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Le rêve éveillé dirigé (RED)

Moins récente mais reconnue dans le monde entier et longuement perfectionnée, la méthode du rêve éveillé dirigé (RED) utilise aussi le rêve, à la fois pour ses vertus thérapeutiques et comme véhicule. Elle a été élaborée par le psychologue Robert Desoille dans les années 1930 pour résoudre les conflits psychiques. Le RED consiste à susciter des songes et les guider en recourant à des symboles annoncés au patient pendant qu’il a les yeux fermés et qu’il entre dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Le patient exprime oralement ce qu’il voit : objets, paysages, personnages, animaux, etc., ainsi que les sensations et les émotions qui les accompagnent (chaud, froid, tristesse, colère, joie…). Il construit progressivement une histoire avec un décor et une situation dans lesquels il est acteur.

Ce dispositif permet au patient de retrouver ses angoisses, ses craintes et ses désirs enfouis, puis de le libérer par une imagination active et sublimatoire de lui-même sous une forme " héroïque ". Le cycle se conclut par un récit écrit ou dessiné servant de support à une séance en face à face avec le thérapeute. Ce procédé est utilisé pour traiter des problèmes personnels, des angoisses, des phobies, des blocages, etc. Il permet de découvrir les traumatismes et les fixations qui entraînent des dysfonctionnements mentaux.

Le RED a été réapprofondi par la philosophe et psychanalyste Nicole Fabre3 pour l’adapter à la psychothérapie des enfants et des adolescents. Il connaît désormais un succès international, tout en s’inscrivant activement dans le courant psychanalytique4.

Au fil du temps, le RED a cessé de démarrer sur des thèmes proposés par le thérapeute, pour laisser les images venir spontanément du patient et les déchiffrer en lien avec son vécu. Les différents rêves éveillés réalisés ainsi que les paroles échangées avec le thérapeute mettent en lumière les liens qui génèrent des blocages, pour ensuite les dénouer.

L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR)

Les cauchemars récurrents et les troubles du sommeil peuvent aussi être traités par l’EMDR (pour Eye Movement Desentitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par le mouvement des yeux). La méthode, désormais bien connue, recourt à des techniques de stimulation sensorielle bilatérale, telles que les mouvements oculaires, les stimulations tactiles ou auditives. Ces stimuli facilitent le traitement des souvenirs douloureux en activant les mécanismes naturels de retraitement de l’information du cerveau. Le procédé a fait ses preuves pour traiter les traumatismes émotionnels et les troubles qui en résultent.

L’EMDR aide le cerveau à retraiter les expériences traumatiques de manière adaptative, afin de réduire leur impact. Ainsi, il permet de surmonter les séquelles émotionnelles des événements blessants en réorganisant leur perception et leur mémorisation. Son intérêt dans le traitement des phobies et des troubles anxieux n’est pas négligeable non plus.

Le rêve au risque des algorithmes

Certaines « thérapies » font déjà l’objet d’applications sur le Net, pour Android et IOS ou de cours en ligne. Des logiciels d’intelligence artificielle (IA) sont invités à répondre – sans état d’âme par définition – à des demandes de suivi thérapeutique de patients préférant éviter de se déplacer chez un professionnel.

Ce phénomène fait sourire mais il se répand. C’est le symptôme d’un grave oubli : l’interprétation des rêves nécessite une relation entre deux subjectivités sensibles. Comme le rappellent les analystes, c’est en grande partie d’inconscient à inconscient que la relation doit s’établir dans cet échange pour pouvoir cheminer au-delà du savoir théorique de chacun. Or, aux dernières nouvelles, l’IA n’a pas encore d’inconscient pour entrer en empathie avec son client…

Se souvenir des rêves

Le sommeil paradoxal se caractérise par les nombreux mouvements oculaires du dormeur et sa grande activité cérébrale. Contrairement à ce que l’on pensait jusqu’à récemment, cette phase n’a pas le monopole des rêves, bien que le dormeur s’en souvienne mieux que les rêves en phase de sommeil lent. Pour autant, prendre l’habitude de noter nos rêves est une gymnastique qui apprend à se souvenir beaucoup plus facilement des uns et des autres.

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