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Stress oxydatif : mieux le connaître pour mieux le combattre

Indispensable à la vie, l'oxygène est aussi une molécule hautement réactive, potentiellement toxique pour l’organisme et capable de donner naissance à des molécules instables – les radicaux libres – susceptibles d’occasionner des dégâts à nos cellules. Prendre des compléments alimentaires dits "antioxydants" peut-il nous aider ? Pas toujours…

Véronique Molénat

L’implication du stress oxydatif dans la maladie n’est à ce jour pas totalement comprise. C’est d’ailleurs une des raisons de l’inefficacité de nombreux compléments antioxydants. On sait en revanche que l’excès de radicaux libres intervient soit en tant que cause primaire de maladie, soit en tant que contributeur secondaire à la progression de la maladie, et parfois les deux. Ses effets néfastes s’exercent à travers deux mécanismes : l’attaque directe des molécules de l’organisme et la perturbation des voies cellulaires de régulation de l’équilibre oxydant.

Stress oxydatif : facteur de maladies de civilisation comme l'hypertension ou la diabète

Par exemple, l’oxydation des LDL (le " mauvais " cholestérol) favorise la formation des plaques d’athérome sur les artères et augmente ainsi le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral. Les radicaux libres favorisent aussi la formation des plaques amyloïdes et des enchevêtrements neurofibrillaires caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, ce qui stimulerait en retour la production de radicaux libres ; ceux-ci oxyderaient les membranes des neurones et, interférant avec différentes voies métaboliques desdits neurones, entraîneraient leur mort.

Concernant l’hypertension artérielle, les facteurs de risques généraux sont bien identifiés (tabac, manque d’activité physique…), mais les causes précises sont rarement connues ; or, on retrouve un stress oxydatif dans 90 % des cas. Même topo pour les personnes souffrant de diabète de type 2 : celles-ci présentent un stress oxydatif significativement plus élevé que celles qui sont en bonne santé, en raison d’un dysfonctionnement des mitochondries et d’une activation anormale de certaines enzymes intervenant dans la production de radicaux libres. Ces derniers sont à l’origine des complications vasculaires fréquentes chez les diabétiques de type 2.

Pour ce qui est du cancer, les études indiquent que les radicaux libres sont impliqués dans toutes les phases de formation des tumeurs : mutation d’une cellule normale en cellule cancéreuse, croissance de cette dernière, prolifération, développement d’un réseau de vaisseaux alimentant les tumeurs ou formation de métastases.

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Compléments antioxydants : 5 recommandations du Dr Brack


  1. Ne pas prendre de supplémentations à l’aveugle et se faire suivre par un médecin ou un professionnel de santé formé ;
  2. ne corriger que les déficits dûment diagnostiqués par un bilan ;
  3. éviter les antioxydants en début de grossesse, en cas de suspicion d’infection et surtout de cancer ;
  4. prendre du sélénium uniquement en cas de déficit (il peut sinon se révéler pro-oxydant) ;
  5. attention aux compléments de vitamine E : ils contiennent souvent la forme alpha-tocophérol seule, qui inhibe l’absorption du gamma- tocophérol apporté par l’alimentation, une forme importante pour les défenses antioxydantes.

À savoir : le stress oxydant est rarement associé à des déficits en antioxydants alimentaires. Et les déficits en zinc sont fréquents, même chez ceux qui consomment beaucoup de fruits et légumes.

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Une forte implication dans le Covid

De nombreuses études menées durant l’épidémie de Covid montrent que le stress oxydant est fortement lié à l’infection par le virus Sars-CoV-2. Un mauvais état nutritionnel – lié notamment à une alimentation pauvre en fruits et en légumes – augmente le risque de stress oxydatif qui à son tour affaiblit le système immunitaire, ce qui augmente le risque d’être infecté par le virus. Par ailleurs, l’infection elle-même augmente le stress oxydant ; or, plus le statut antioxydant est perturbé, plus le risque de complications – en particulier cardio-vasculaires – est important. C’est ainsi que dans une population très impactée par le stress oxydatif, une épidémie comme le Covid est susceptible de faire des ravages.

Covid, virus : plus de stress oxydatif, plus de risque de complications

" Au printemps 2020, lors de la première vague de Covid, j’étais en relation avec des médecins de l’hôpital Cochin, se souvient le Dr Michel Brack, directeur du Collège du stress oxydatif, ex-médecin attaché à l’Inserm (hôpital de la Pitié-Salpêtrière) et auteur de Les antioxydants, naturellement healthy (éd. Albin Michel). Les images très spécifiques dites “en verre dépoli” des scanners pulmonaires que signalaient les radiologues m’ont immédiatement rappelé les images de fibrose “post-radique” (après irradiation) pulmonaire que l’on décrit chez des patients irradiés en attente de greffe de moelle par exemple. " [Les rayons ionisants sont un modèle quasi expérimental de stress oxydatif violent ; on parle de " burst oxydatif ", NDLR.]

L’équipe de Cochin et Michel Brack décident de mener une étude pour documenter l’hypothèse selon laquelle le stress oxydatif et les formes graves de Covid sont liés. Ses résultats confirment non seulement que les patients Covid qui avaient des comorbidités avaient un stress oxydant plus élevé que les autres, mais aussi que plus le bilan de stress oxydant était perturbé, plus le risque de faire une forme grave de Covid était important.

" Les niveaux élevés de stress oxydatif prédisaient le passage en réanimation des patients Covid hospitalisés, poursuit le médecin. Lorsqu’une épidémie virale survient, les patients présentant un niveau de stress oxydatif élevé ont un risque plus important de développer une infection plus grave et préoccupante que ceux qui présentent au moment de la contamination un bilan sanguin de stress oxydatif satisfaisant. " Cette association ne serait pas spécifique du Covid puisque, selon lui, les études montrent que le stress oxydant joue un rôle particulièrement délétère dans l’évolution et le pronostic d’un grand nombre de maladies.

Le stress oxydatif : pas lié à l'âge mais à l'état de santé !

L’avancée en âge est souvent citée comme un facteur de stress oxydant, mais ceci serait controversé. Selon Michel Brack, « on sait aujourd’hui que le stress oxydant n’est pas proprement lié à l’âge, mais à l’état de santé. Il y a quelques années, nous avons montré que des patients de plus de 85 ans n’avaient pas, comme on aurait pu s’y attendre, de stress oxydatif.

Curieusement, ces patients ne présentaient pas d’antécédents médicaux particuliers, n’avaient pas subi de difficultés ou de périodes de stress intense ou chronique, et n’avaient pas souffert de problèmes de santé majeurs dans leur vie. Ceux de la même tranche d’âge dont le parcours santé avait été en revanche plus chaotique, et au passé émaillé de multiples accidents ou incidents physiques et/ou psychiques, présentaient un niveau élevé de stress oxydant. »

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Mesurer son " statut oxydatif "

Théoriquement, pour connaître son statut oxydatif, on devrait mesurer directement les radicaux libres dans un échantillon de sang afin de déterminer leur concentration. Cette approche n’est malheureusement pas réalisable en routine en raison de la grande instabilité des radicaux libres. C’est pour cette raison que les scientifiques préfèrent mesurer les marqueurs reflétant la quantité de protéines, de lipides ou d’ADN oxydés, qui sont bien plus stables. Autre moyen d’estimer le risque de stress oxydant : la mesure de l’état des défenses antioxydantes, c’est-à-dire du niveau de certains paramètres emblématiques de ces défenses, comme le cuivre et le zinc qui sont indispensables au fonctionnement de la superoxyde dismutase (SOD), le sélénium qui est un cofacteur de la glutathion peroxydase, etc.

Actuellement, les bilans de stress oxydatifs associent plusieurs types de marqueurs : ceux qui reflètent l’état des défenses antioxydantes et ceux qui reflètent l’état d’oxydation de l’organisme (LDL oxydé et glutathion oxydé, par exemple). Peuvent y être associés certains marqueurs qui ont un lien indirect avec le stress oxydant, tel que la CRP ultrasensible – un marqueur qui reflète le niveau d’inflammation, connu pour être corrélé à l’intensité des attaques radicalaires – ou l’acide urique, qui possède entre autres des propriétés antioxydantes.

Quel laboratoire pour un bilan de stress oxydatif ?

Deux laboratoires font des bilans basés sur les marqueurs définis par le Dr Brack :

Un stress oxydant perturbé qui peut se corriger rapidement

Selon le Dr Brack, un bilan oxydant perturbé se corrige la plupart du temps en un à trois mois, et ce, dans 99 % des cas. La prise en charge repose sur des modifications des habitudes de vie (alimentation, tabagisme, activité physique, stress…) et des protocoles antioxydants adaptés, basés sur des dosages ajustés de vitamines antioxydantes et d’oligo-éléments (cuivre, zinc, sélénium). Ce suivi doit être effectué par un médecin ou un naturopathe formé à la compréhension des bilans de stress oxydatif.

Pourquoi cette prise en charge ne s’improvise pas ? D’abord car la contribution du stress oxydatif n’est pas la même selon les maladies ; c’est pour cette raison que l’efficacité d’une prise d’antioxydants " à l’aveugle " est souvent limitée. Ensuite, pour qu’un antioxydant soit efficace, il doit pouvoir agir sur l’organe, le tissu, les cellules, le compartiment cellulaire où se produit le stress oxydant. Or, chaque antioxydant possède une biodisponibilité et des modes d’action spécifiques.

Les 3 piliers de la prévention

Selon le Dr Michel Brack, l’alimentation, l’activité physique et le mental sont trois leviers majeurs d’amélioration des paramètres du stress oxydant.

1. Consommer quotidiennement 10 portions de fruits et de légumes bio (en pratique, un minimum de 5 par jour) associées à des oméga-3 et une limitation drastique du sucre.

2. Pratiquer une activité physique régulière et modérée.

3. Garder un bon mental en évitant la solitude (favorable au stress oxydatif).

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