Dimitri Jacques
Le cancer, c’est environ dix millions de morts par an dans le monde. Les facteurs environnementaux et leur impact sur la génétique seraient responsables de 90 % d’entre eux. Viennent s’ajouter six facteurs majeurs de risques comportementaux et alimentaires : le surpoids, le manque d’exercice physique, une faible consommation de fruits et légumes, le tabagisme, la consommation d’alcool et le stress psychosocial.
Il n’est pas question ici de soigner le cancer avec des champignons, mais de soutenir le corps dans son combat, d’améliorer la tolérance aux traitements et leur efficacité, de contribuer à prévenir les rechutes. Parmi les bienfaits d’ores et déjà éprouvés de la mycothérapie sur des patients traités en oncologie, on compte l’amélioration du bien-être général, du transit intestinal, la réduction des nausées, une meilleure récupération de l’appétit et de la force musculaire.
Les cellules cancéreuses ne facilitent pas la tâche de notre organisme et de son système de défense : insensibilité envers les signaux antiprolifératifs, potentiel de réplication illimité, capacité à induire l’angiogenèse, détournement du métabolisme énergétique et résistance à la mort cellulaire. Mais le cancer se développe par étapes logiques sur lesquelles certains traitements naturels, dont la mycothérapie, peuvent intervenir des façons suivantes :
Si certains champignons semblent se spécialiser dans l’une ou l’autre de ces étapes, comme Coriolus versicolor qui démontre des effets immunomodulateurs et anti-angiogéniques, d’autres comme Phellinus linteus sont capables d’agir sur la totalité.
Naturelles ou de synthèse, ces molécules changent la manière dont les cellules se comportent. Elles peuvent renforcer l’efficacité des traitements anticancéreux et/ou en limiter les effets indésirables. Les MRB des champignons médicinaux ont montré une capacité à réguler la réponse immunitaire et le métabolisme de nombreux organes, ainsi qu’à réduire la toxicité des traitements sur les cellules saines.
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La résistance aux chimiothérapies est un défi pour les médecins. Certains champignons pourraient aider à la surmonter. Une méta-analyse (synthèse de plusieurs essais cliniques) a montré que les malades recevant un extrait de reishi (Ganoderma lucidum) associé à leur chimiothérapie ou à leur radiothérapie ont davantage de chances de répondre favorablement au traitement. Le champignon semble stimuler l’immunité en augmentant les taux de certains lymphocytes.
Au-delà, il s’agit de préparer le terrain dans notre corps pour faciliter le travail du traitement anticancéreux. Parmi les mécanismes utilisés, la régulation de l’apoptose, l’action sur plusieurs récepteurs cellulaires et protéines de l’immunité, l’expression de certains gènes. Les chercheurs parlent de résultats prometteurs pour des stratégies innovantes face au cancer.
Un médicament utilisé en chimiothérapie, le fluorouracile, a vu sa capacité à détruire les cellules cancéreuses grimper en flèche après seulement 72 heures de prise d’une combinaison de maïtaké et de Coriolus versicolor à une concentration de 250 microgrammes/ml.

Les compléments alimentaires, les cancérologues y sont souvent réfractaires. Pourtant, les cellules durement éprouvées, tant par le traitement que par le cancer, ont besoin d’être soutenues.
Les dernières études sont claires : la mycothérapie conjointement à la chimiothérapie, à la radiothérapie ou à l’hormonothérapie réduit leurs effets secondaires sans contrarier leur efficacité. À condition bien sûr d’être accompagné par un professionnel de santé rompu à son usage.
Il y a quelques années, on a découvert que le sein était porteur d’un microbiote dont la composition est anormale en cas de cancer. Sans surprise, le microbiote intestinal, maître de tous les microbiotes, est alors également déséquilibré. Plusieurs études montrent que l’alimentation, les probiotiques et prébiotiques peuvent exercer des effets anticancéreux importants dans le cancer du sein, en augmentant l’expression des gènes suppresseurs de tumeurs. La prise de champignons médicinaux a montré qu’elle pouvait modifier le microbiote des malades. Des améliorations de l’humeur ont également été observées.
Des recherches soutenues par l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne) ont débouché sur la mise au point de « mycoimmunobiotiques » associant une nanoémulsion liquide de champignons (micro-gouttelettes en suspension qui augmentent la diffusion des principes actifs) à des souches précises de probiotiques. Plusieurs essais cliniques randomisés contre placebo sont en cours.
En attendant les résultats, les études pré-cliniques ont d’ores et déjà démontré une puissante activité anticancéreuse. Un complexe incluant les souches L. plantarum et L. brevis s’est montré capable de protéger des infections secondaires au cancer, de prévenir la mucosite (inflammation des muqueuses) due à la chimio et à la radiothérapie, de réduire des désagréments bien connus des patients en oncologie, comme les vomissements et la cachexie (perte de masse musculaire).
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Des bactéries probiotiques, principalement des lactobacilles, ont été repérées ces dernières années pour leurs propriétés de prévention dans plusieurs cancers courants, avec un intérêt particulier pour la réduction des effets secondaires des traitements. Les patients cancéreux ont très souvent un microbiote appauvri par le traitement, ce qui affaiblit leur système immunitaire et instaure un cercle vicieux.
L’administration de bactéries à acide lactique (en particulier L. plantarum, L. brevis et L. rhamnosus GG) permet de repeupler ce microbiote et de renforcer l’immunité. De plus, ces bactéries et leurs métabolites ont montré des activités anticancéreuses directes. Proposer des synergies avec la mycothérapie s’est alors posé comme une évidence.
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Plusieurs champignons thérapeutiques influencent la composition du microbiote intestinal, en particulier en se comportant comme des prébiotiques, substances nourrissant les bactéries résidentes. Nous savons aujourd’hui à quel point il est important d’avoir un microbiote équilibré pour nos défenses immunitaires, a fortiori en cas de cancer. Les mycoimmunobiotiques font remonter les proportions de L. plantarum et L. rhamnosus GG, deux souches très utiles en oncologie.
Plus encore, ils semblent capables de rajeunir le microbiote, comme faire réapparaître dans des taux significatifs des bactéries présentes à la naissance. Parmi elles, Bifidobacterium adolescentis, dont l’abondance est le témoin d’un microbiote sain même à l’âge adulte. Hélas, sa présence décroît avec le temps, et l’hygiène de vie moderne (alimentation, antibiotiques, stress) n’arrange rien. Cette bactérie, grosse productrice de vitamines du groupe B, s’est montrée capable de contrarier la croissance tumorale et l’angiogenèse.
Réguler l’expression des gènes, tant ceux qui promeuvent le cancer que ceux censés lutter contre, constitue un enjeu majeur pour les thérapies anticancéreuses. Justement, une formulation très complète, à base de Hericium erinaceus (crinière de lion), Ganoderma lucidum (reishi), Lentinula edodes (shiitaké), Cordyceps sinensis, Grifola frondosa (maïtaké), Pleurotus ostreatus, Polyporus umbellatus, Inonotus obliquus et Agaricus blazei (champignon du soleil) a permis d’obtenir, après trois mois de supplémentation, un double effet anticancéreux. D’un côté, la diminution des oncogènes (des gènes ayant muté qui conduisent les cellules à croître de façon anarchique), de l’autre une augmentation de l’expression des gènes antitumoraux. Ces travaux (4), conduits sur le cancer colorectal, ont montré que les taux sanguins d’IL-6 et de TNF-α, marqueurs inflammatoires de premier ordre, étaient significativement abaissés. Ces résultats suggèrent fortement des effets protecteurs contre le cancer du côlon.
Dans une autre étude menée sur des patientes atteintes d’un cancer gynécologique, la supplémentation avec un complexe d’extraits standardisés (8 champignons) pendant un mois, en parallèle de la chimiothérapie, a amélioré non seulement la qualité de vie mais aussi la neuropathie induite par la chimiothérapie (NIC), un effet adverse bien embêtant et hélas assez répandu. Mais pas toujours besoin d’en rajouter : une simple association de maïtaké et de polypore a amélioré la qualité de vie de patients traités par chimiothérapie.
Une société indépendante d’évaluation des biotechnologies a examiné plusieurs préparations courantes : Coriolus versicolor, Ganoderma lucidum (reishi), Lentinula edodes (shiitaké), Grifola frondosa, Agaricus blazei, Cordyceps sinensis et Polyporus umbellatus. L’objectif était de rechercher une éventuelle toxicité sur le foie, en particulier sur les cytochromes P450, des enzymes spécialisées en début de chaîne de détoxification hépatique.
L’intoxication au paracétamol, qui peut être fatale, est le fait du blocage de ces cytochromes. L’étude montre que le risque d’effets indésirables par interaction avec les cytochromes est très faible.