La rédaction
Notre psyché et notre libido peuvent être impactées tant par nos hormones que par notre état d’esprit, aussi il peut être difficile d’y voir clair en période de ménopause. Sautes d’humeur, troubles dépressifs, fluctuations du désir sexuel… il est heureusement possible d’accompagner au naturel ces changements, voire d’en faire de véritables alliés de développement personnel.
La plus grande compilation d’études de la décennie s’intéressant aux liens entre ménopause et dépression a été publiée très récemment, en juillet 2024, dans le Journal of Affective Disorders. Regroupant les données de dix-sept études portant sur un total de 16 061 patientes, elle nous apprend que les femmes en périménopause ont un risque plus élevé de 40 % de présenter des symptômes dépressifs et d’être diagnostiquées avec une dépression par rapport aux femmes pré-ménopausées. En revanche, ce risque touche surtout les femmes ayant déjà souffert de dépression (il s’agit alors de rechutes) et il revient à la normale une fois la ménopause passée.
Cette étude, précédée d’une autre publiée en avril 2023 dans Australasian Psychiatry, rappelle également que les bouffées de chaleur et les troubles du sommeil qu’elles engendrent peuvent aussi avoir un effet négatif sur l’humeur. De même, les événements de vie stressants qui peuvent survenir dans cette tranche d’âge (maladie, conflits conjugaux, prise en charge des parents âgés, etc.) accroissent les risques de dépression.
Dans leurs conclusions, ces deux études insistent particulièrement sur nos " attitudes culturelles " à l’égard du vieillissement et de la ménopause qui " augmentent la vulnérabilité " des femmes aux maux de la ménopause. En effet, " les cultures occidentales ayant des opinions plus négatives sur cette période de vie " sont aussi celles où les femmes " ressentent des symptômes plus graves ".
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Plusieurs essais cliniques solides montrent que le ginseng rouge de Corée (Panax ginseng) aide à diminuer la fatigue, les bouffées de chaleur et qu’il améliore l’humeur (moins de stress et de troubles dépressifs) durant la ménopause ; probablement grâce aux phyto-œstrogènes qu’il contient.
Côté sexualité, certaines remarquent plus de désir et moins de douleurs durant les rapports.
Les prises recommandées sont de 500 mg par jour (dont 10 mg de ginsénosides) durant un à trois mois minimum (déconseillé en cas d’antécédents de cancer du sein).
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Au Japon, le mot " ménopause " n’existe pas. Dans la tradition chinoise du tao, on l’appelle " le second printemps de la femme ", et chez certains Indiens d’Amérique, c’est une période d’épanouissement durant laquelle la femme peut flirter avec des hommes de l’âge de son petit-fils. En Occident en revanche, des manuels de médecine du XIXe siècle affirment que les femmes ménopausées qui persistent à avoir une activité sexuelle risquent de perdre leur utérus au moindre mouvement brusque.
Des médecins, comme le chirurgien montpelliérain Gilbert Guyot, leur préconisent alors de " se borner à arrêter le bonheur " pour se " livrer en paix aux affections durables et aux vertus domestiques ". Comme l’explique Élise Thiébaut, l’autrice de Ceci est mon temps, il s’agit alors de " dire aux femmes, non pas ce qui leur arrive, mais ce qu’elles doivent en faire ". On les " terrorise " alors avec des " descriptifs apocalyptiques ", des prescriptions alimentaires et vestimentaires " innombrables " et d’évitement de toute activité sexuelle.
Encore aujourd’hui, les magazines féminins ne cessent de détailler les malheurs de cette " issue fatale [:] surpoids, rides et verrues qui transformeront les femmes en sorcières ", tandis que leur conjoint " courra le guilledou avec une jeunesse ".
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Les spécialistes en psychologie s’accordent aujourd’hui à dire que l’on ne peut réellement démêler, chez l’être humain, les influences biologiques des influences culturelles. Ainsi, comment savoir si les bouleversements hormonaux liés à la ménopause " causent " des " troubles psychiques " (et si cela est un réel problème de santé) ou si ces derniers font tout simplement céder certaines digues psychologiques chez les femmes ? Et si les " sautes d’humeur " liées à la ménopause n’étaient que la saine expression d’émotions refoulées par les femmes tout du long de leur vie ?
C’est le propos d’ouvrages, de plus en plus nombreux, d’autrices féministes, comme celui d’Élise Thiébaut qui a remarqué que certaines émotions, " contradictions internes " ou malaises " refoulés " " provoquaient " ses bouffées de chaleur : " Celles que j’ai éprouvées m’ont révélé la poussière que je mettais sous le tapis. J’ai compris que pendant des années, je n’avais pas été honnête avec moi-même – sans parler d’être bienveillante. Le feu de la ménopause m’a permis de brûler ces humeurs toxiques trop longtemps accumulées, toutes ces choses que j’avais subies parce que je n’avais pas eu le courage de dire non, ça ne va pas, non, je ne suis pas d’accord. "
N’ayant plus rien à prouver, les femmes d’âge mûr pourraient donc, à l’occasion de la ménopause, lâcher ce qu’elles ont longtemps retenu. Ces troubles restent toutefois réels et peuvent être accompagnés de façon naturelle, comme le font certains aromathérapeutes avec l’aide des plantes (lire encadré ci-contre). Ils peuvent également être causés par des troubles physiques, comme ceux liés à la thyroïde, dont les symptômes se confondent parfois avec la ménopause elle-même (lire encadré ci-dessous).
Les perturbations hormonales liées à la ménopause peuvent provoquer des problèmes d’hypothyroïdie générant fatigue et irritabilité. Inversement, des troubles thyroïdiens peuvent augmenter les symptômes de la périménopause, voire générer un faux diagnostic de périménopause (l’hyperthyroïdie pouvant, par exemple, générer des bouffées de chaleur).
Périménopause et hypo ou hyperthyroïdie peuvent également coexister. Pensez à vous faire diagnostiquer par un test sanguin de TSH et chouchoutez votre thyroïde naturellement avec du sélénium, un régime faible en sucres et riche en vitamines B.
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Ainsi, changer notre regard sur la ménopause pourrait être l’un des premiers gestes à effectuer pour en diminuer certains symptômes, ce qui en fait alors un moment propice pour enfin penser à soi et à ses envies, notamment sexuelles. Certaines femmes vivent très bien la baisse de désir qui peut survenir à ce moment-là, d’autres a contrario connaissent un regain de libido. Toutefois, 15 à 85 % des femmes ménopausées déplorent ressentir des douleurs vaginales pendant les rapports sexuels, au point parfois de devoir cesser toute activité pénétrative. Ces douleurs sont souvent liées à la baisse de la production d’œstrogènes par le corps, une hormone essentielle à la lubrification vaginale.
Les douleurs peuvent également être aggravées si vous avez subi un traitement pour le cancer ou une hystérectomie. Si cette période est l’occasion de découvrir des pratiques sexuelles non pénétratives – connues pour donner plus de plaisir aux femmes –, il existe aussi de nombreuses astuces naturelles pour que pénétration rime à nouveau avec plaisir (lire encadrés ci-dessus et ci-contre).

Alina Moyon, docteure en pharmacie et aromathérapeute, aide des patientes à passer le cap de la ménopause en prenant en compte l’aspect émotionnel de cette étape de la vie. L’huile essentielle (HE) de cyprès (Cupressus sempervirens) par exemple, favorise l’enracinement.
Chez une patiente qui ressentait beaucoup de solitude, le benjoin (Styrax benzoin, en formulation via des massages sur le bas-ventre et en olfaction sur un stick à volonté) a apporté du réconfort et, par ricochet, a agi sur ses bouffées de chaleur.
Chez une autre, qui a passé sa vie à s’occuper des autres, les HE de rose de Damas (Rosa damascena) et de géranium rosat (Pelargonium graveolens) ont permis de surmonter les bouffées de chaleur en se « reconnectant à l’amour de soi ».
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Inspirés par l’écoféminisme, plusieurs ouvrages récents sur la ménopause tissent des liens entre les cycles de la nature et ceux de la femme et font un parallèle entre dérèglements climatiques et ménopause. " On peut se demander si nous n’avons pas imposé à notre planète une gigantesque ménopause, en miroir de celle que nous vivons individuellement. Chaque été, nous sommes réveillés par ses bouffées de chaleur, ses tempêtes et ses incendies, ses sécheresses et ses inondations. La planète est en pleine ménopause parce que nous n’acceptons pas la nôtre et, plus généralement, les cycles qui la gouvernent : naissance, croissance, maturité, mort, sans laquelle aucune régénération n’est possible ", écrit Élise Thiébaut.
L’occasion de voir en la ménopause un moment idéal pour repenser notre rapport au temps et à nos corps ; à l’image d’une " traversée des apparences " qui, après le chaos, permet de retrouver les sens et du sens.
La naturopathe Céline Hovette nous confie des astuces pour lutter contre la sécheresse vaginale durant la ménopause. Les huiles végétales d’onagre, de bourrache et d’argousier aident à maintenir l’élasticité de la peau et des muqueuses. Elles sont à utiliser matin et soir en application locale ou en cure par voie interne (compléments ou huiles alimentaires).
Pour prévenir les mycoses « fréquentes à la ménopause », l’huile de coco est idéale avec ses propriétés antimicrobiennes et antifongiques.
Le pollen frais et la gelée royale aussi sont efficaces : 2 cuil. à café de pollen frais d’abeilles, en cure de trois semaines.
Enfin, les probiotiques (Lactobacillus crispatus…) aident à lutter contre la sécheresse intime, l’atrophie de la muqueuse vaginale et la candidose.
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