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Cauchemars et " rêves négatifs " : pas si mauvais…

Les rêves seraient bons pour notre santé, toutes les études scientifiques le confirment. Nos rêves seraient même  prévenants et nous protègeraient, discrètement. Résultat, on les embauche partout pour soigner nos défaillances physiques et mentales. L’enjeu est immense. Et les psychanalystes s’en félicitent.

Roger Lenglet

La distinction entre les cauchemars et les rêves agréables est plutôt conventionnelle. Elle reste imprécise car ils ne sont pas tout noirs ou tout blancs. Une scène jubilatoire qui annonce un plaisir peut en effet virer de bord et verser brusquement dans un scénario mordant. Rêver de recevoir un diplôme sous les applaudissements, par exemple, ne garantit pas qu’un personnage dans la salle n’interviendra pas soudain pour vous accuser d’avoir commis une faute honteuse, ne serait-ce qu’une faute d’orthographe impardonnable dans une vieille dissertation. Le drame pouvant se conclure sur un acte stupide. Ce que confirment des études montrant que les rêves sans embarras restent plutôt minoritaires.

Le cauchemar : un rêve qui "échoue"?

On s’accorde donc ordinairement sur l’idée que le cauchemar est un rêve oppressant, voire assez effrayant pour nous réveiller, parfois même en pleurs ou en poussant des cris de terreur. Du point de vue neurologique, on peut dire que le cauchemar est un songe qui échoue à nous faire " digérer " des émotions négatives puisqu’il nous réveille. Il devra donc recommencer… Il faut comprendre que le rêve n’est pas seulement là pour nous conter fleurette ou nous faire vivre de bons moments, mais le plus souvent pour nous endurcir doucement, nous familiariser avec des émotions négatives.

" Deux tiers des rêves sont négatifs ", rappelle même Isabelle Arnulf, chef de service du département des pathologies du sommeil à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière9. " Nous coupons en petits morceaux des ressentis émotionnels et des souvenirs et nous associons des choses qui n’ont rien à voir entre elles pour les assimiler. Par exemple, au lieu d’un monstre qui me fait très peur, je vais rêver de ma sœur qui me fait un petit peu peur… Tant que la boucle fonctionne, la désensibilisation à l’émotion se fait. "

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Le cauchemar, plus fréquent chez les enfants

Les enfants, surtout de 5 à 10 ans, sont plus souvent sujets aux cauchemars que les adultes du fait de leur sensibilité native et de leur immaturité, outre qu'ils sont plus exposés aux brutalités et aux craintes d'abandon. Le cauchemar contribue à les aguerrir, quitte à les réveiller souvent.

Il peut néanmoins arriver au jeune rêveur, en grandissant, de devoir affronter l’écueil d’un cauchemar répété qu’il a fini par percevoir comme le souvenir d’un événement réel. Cela fait partie du tout-venant des réminiscences trompeuses que le psychothérapeute s’occupe de rectifier.

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Des cauchemars déplaisants mais utiles

Les contenus des mauvais rêves sont très divers. On sait que la crainte d’événements dramatiques, des souffrances ou de la fièvre peuvent causer des cauchemars qui nous font " dormir en pointillé ", c’est-à-dire sans nous réveiller complètement. Mais contrairement à l’opinion commune qui ne voyait que leur pénibilité, les rêves négatifs se révèlent aujourd’hui avoir un rôle généralement positif.

Bien qu’ils soient par définition déplaisants, on ne doit donc pas s’en inquiéter tant qu’ils ne sont pas envahissants. Leur fonction essentielle est – plus que les rêves gracieux – d’intégrer progressivement les impacts émotionnels dus aux traumatismes ou aux hantises pour les atténuer.

Les cauchemars répétitifs

Ces causes relèvent souvent de conflits familiaux, d’échecs scolaires, de problèmes professionnels ou financiers, de harcèlements, et bien sûr de soucis de santé ou de traumatismes (abus sexuels, violences reçues…). Voire sont liées au décès d’un proche ou à sa longue maladie, lesquels peuvent être à l’origine d’un stress post-traumatique. Selon les études, environ 5 % de la population souffrirait de cauchemars répétitifs. Il faut savoir que l’effet de ces épreuves éprouvantes peut apparaître des décennies après le choc.

Le niveau de répétition des cauchemars dépend de l’intensité du stress post-traumatique et de la capacité de chacun à l’assimiler. Il peut se traduire par une fatigue grave ou même un état dépressif. Il convient de faire le point avec un thérapeute pour en trouver l’origine et y remédier avant que leur reviviscence insistante transforme nos draps de lit en camisole d’angoisse.

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Le rêve, médicament du futur ?

Va-t-on découvrir de nouveaux usages curatifs du rêve ? La voie s’ouvre. Les fonctions oniriques apparaissent comme un réservoir pour améliorer la santé cérébrale. On espère que le rêve pourra contribuer à des processus thérapeutiques pour réparer des maux. Lesquels ? Les défaillances neuronales notamment, pour relancer l’activité des neurones. L’espoir est d’en faire des alliés dans le cadre de soins réparateurs, par exemple après un AVC. Des neurologues travaillent déjà sur les ressources neurorégénératives du rêve pour aider à récupérer des facultés linguistiques ou cognitives.

Ainsi, la découverte que le rêve optimise la conservation des fonctions visuelles du cerveau permet d’envisager de nouvelles pratiques cliniques pour les restaurer. Autre exemple, certains envisagent de pallier les troubles du sommeil en réglant la production onirique. Et des psychothérapeutes proposent déjà des techniques à leurs patients pour enclencher des rêves de résilience avant de se lever pour aller au travail, à l’école ou à la cantine de l’Ehpad sans s’énerver.

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