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Rêves ancestraux et conseils avisés

Les rêves seraient bons pour notre santé, toutes les études scientifiques le confirment. Nos rêves seraient même  prévenants et nous protègeraient, discrètement. Résultat, on les embauche partout pour soigner nos défaillances physiques et mentales. L’enjeu est immense. Et les psychanalystes s’en félicitent.

Roger Lenglet

Les rêves ont toujours été l’objet de craintes, mais aussi d’espoirs fous. En faire des messagers fiables de notre santé et y déchiffrer même des solutions curatives était tentant. Nos ancêtres l’avaient compris. Restait à faire preuve de discernement devant ces songes souvent si loufoques, si contradictoires…

Les documents laissés par l’Égypte et la Grèce antiques montrent que nos aïeuls ont relevé ce défi dès l’aube de notre civilisation. Il faut au moins reconnaître que l’intelligence humaine a fait preuve d’une curiosité inlassable depuis quatre mille ans pour percer ses énigmes. Elle a même patiemment consigné ses intuitions et connaissances à leur sujet. On est aujourd’hui en mesure d’observer combien cette lenteur historique est passée par des lueurs étonnantes et un art judicieux de les employer…

Le Papyrus des rêves : pour apprivoiser l'avenir

L’Égypte nous en a laissé des traces éloquentes, dont le papyrus Chester Beatty 3, surnommé le Papyrus des rêves10, rédigé en hiéroglyphes, retrouvé à Louxor et qui date de 1220 avant notre ère. C’est le plus ancien document explicitement consacré aux songes. Il s’efforce de distinguer les rêves de bon augure et ceux qui annoncent des menaces. Autrement dit d’en faire des symboles pour apprivoiser l’avenir, pour se réjouir des prédictions favorables et prévenir les dangers. La santé en est un thème majeur, à côté de l’argent, du bonheur, des soucis conjugaux, de la guerre, de l’accès au trône…

Les explications qu’affiche le papyrus peuvent paraître rigides. Mais elles sont plus judicieuses qu’il n’y paraît. Il est écrit par exemple qu’un homme qui rêve de sa mort est un excellent présage car c’est le signe qu’il vivra longtemps. Ce sens contre-intuitif permettait à l’évidence aux interprètes de rasséréner leur clientèle.

Le papyrus note aussi qu’une femme rêvant de coucher avec un crocodile annonce un risque de mort prochaine. Mais les médiateurs pouvaient à leur guise, comme l’ont fait les oniromanciens de tous temps, en exposer le sens avec un art subtil et broder sur la menace. Voire inverser la signification des scènes en les adaptant au rêveur, à sa vie et ses préoccupations. De la sorte, le crocodile dans le lit de la femme avait la vertu de faire prendre au sérieux la menace de mort et donc d’inciter la personne à mieux prendre soin d’elle, tout en sensibilisant ses proches, etc.

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Les rêves de l’Antiquité… déjà très modernes !

Les traités antiques classaient les rêves selon les préoccupations de la population et les images dominantes : sexe, maladies, affaires, vols ou meurtres, boissons, pierres, plantes, divinités, animaux, créatures, rencontres, joies, frayeurs, problèmes conjugaux ou sentimentaux, médisances, reconnaissances ou honneurs, soucis professionnels… On pourrait presque croire que ce sont celles de nos contemporains !

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Le Papyrus des rêves ne craint pas d’aborder les actes sexuels, mais pour en tirer des significations très indirectes. Rêver de coucher avec sa mère est ainsi présenté comme un présage de solidarité entre les citoyens. Par contre, les rêves de copulation avec les femmes sont l’occasion de mettre en garde l’intéressé.

Il offre l’avantage de proposer des remèdes et des formules positives pour conjurer les rêves inquiétants. Ces prescriptions produisaient un effet suggestif puissant qui pouvait contrecarrer l’effet négatif du rêve. L’apaisement qu’elles procuraient et la croyance dans leur pouvoir en renforçaient l’efficacité. Voilà ce que l’on pourrait appeler de nos jours une " médecine de fortune ", qui fait bien sûr penser à ce que peut apporter l’art du placebo quand il est bien avisé. Le prêtre ou l’oniromancien pouvait ainsi redonner du courage aux désespérés, du bonheur aux déprimés, et du maintien, en échange d’une offrande ou d’une rétribution.

Stéréotypie des symboles

Des papyrus et des manuscrits plus récents ont permis d’établir la continuité des significations attribuées aux rêves jusqu’à la période romaine. On peut y voir l’effet de leur vulgarisation et le succès de l’oniromancie banalisant les interprétations. De plus, ces stéréotypes influençaient les rêves en retour.

Ainsi, en répétant par exemple que « rêver d’un nain est mauvais car cela signifie qu’on va perdre la moitié de sa vie », on alimentait forcément la probabilité de retrouver cette image dans ses propres songes.

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