Jean-Pierre Giess
On se retrouve aujourd’hui devant un curieux paradoxe : d’un côté, la recherche suggère clairement que les régimes à dominante végétale sont meilleurs pour la santé (1) que la typique western diet (le modèle occidental d’après-guerre qui inclut la consommation de viande tous les jours, voire deux fois par jour), de l’autre, ces mêmes régimes sont présentés comme pouvant entraîner des carences , car ils ne fourniraient pas tous les acides aminés – et pas suffisamment de vitamine B12, de calcium, de fer, de zinc ou encore d’iode.
Un récent article (2) prolonge cette controverse entre tenants du végétal et défenseurs de la viande : le docteur Barnard (George Washington University School of Medicine and Health Sciences) défend l’idée que tous les acides aminés sont représentés dans les végétaux (3, 4) et que les carences que risquent les végétaliens guettent tout autant les omnivores. À quoi les docteurs Heymsfield (Pennington Biomedical Research Center) et Shapse (Rutgers University) rétorquent que si une alimentation principalement végétale est effectivement plus efficace pour réduire les risques de maladies chroniques, les protéines végétales ont cependant deux inconvénients :
En conséquence de quoi, elles sont inférieures à leurs consœurs animales pour la réparation et la construction des cellules et des tissus de l’organisme, dont les muscles (caractère anabolique).
Comme le rappelle le docteur Barnard, un régime priorisant les végétaux doit être diversifié, condition à laquelle il peut fournir une variété suffisante de protéines. Le végétalisme présente, de surcroît, l’avantage de répondre à l’un des principaux reproches adressés à la western diet : un déficit chronique en fibres. Pour les docteurs Heymsfield et Shapse, les limites d’un modèle à base de plantes imposent d’ingurgiter des quantités supérieures pour combler les besoins en protéines et de savoir conjuguer les légumes, les fruits à coque, les céréales et les protéagineux de manière à couvrir tout le spectre des apports en acides aminés . Quant aux carences en vitamines ou en minéraux, tout le monde devrait y être attentif selon Barnard : les niveaux de vitamine B12 et vitamine D, de calcium et d’iode sont globalement faibles dans la population générale, en particulier chez les personnes de plus de 50 ans et sous traitement médical.
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Ces dernières années, de nombreux sportifs de haut niveau se sont convertis avec succès au végétarisme (Lewis Hamilton, les sœurs Williams, Novak Djokovic, Patrik Baboumian, Scott Jurek, etc.), battant en brèche le mythe de la viande indispensable à la force musculaire et à la performance (5). À condition d’être vigilant, les régimes à base de végétaux n’impliquent donc aucun renoncement sur ce plan et semblent au contraire constituer pour tout le monde une alternative plus saine vis-à-vis des maladies chroniques et en matière de longévité, plus en adéquation avec les exigences environnementales actuelles, et restent près de 16 % moins chers que le classique modèle omnivore.
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