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Les laissés-pour-compte

Jean-Baptiste Talmont

En octobre dernier, l’acteur Michel Blanc décédait brutalement d’un traitement antibiotique prescrit pour une suspicion d’infection rénale. Un cas exceptionnel, comme le rappelaient les médias. Exceptionnel, et pourtant loin d’être unique puisque ce décès entre dans la catégorie de l’iatrogénie médicamenteuse pour laquelle on déplore entre 130 000 et 200 000 hospitalisations par an en France. En pleine crise du Covid-19, Jean Castex, Premier ministre de l’époque, avait osé cette phrase : « Le meilleur moyen de soulager les hôpitaux, c’est de ne pas tomber malade. » Est-ce que pour l’iatrogénie médicamenteuse, il se serait permis d’affirmer que « pour désengorger les hôpitaux, il ne faut plus prendre de médicaments » ?

Côté lobby de Big Pharma, pour le Leem (Les Entreprises du médicament), le message est clair. C’est pas de la faute des médicaments. Dans une campagne de presse lancée en juin dernier avec l’appui (on allait écrire la « complicité ») de la Fédération des pharmaciens, le lobby du médicament désigne, comme responsables des 10 000 décès annuels liés à la prise des pilules, les médecins et les seniors. Intitulée « Réduisons le volume », cette campagne vise à les sensibiliser sur le « bon usage du médicament au bon moment », avec à la clef campagne d’affichage, vidéo, formation en ligne des médecins, appel à plus d’écologie (le médicament, ça pollue), promesses d’économie (300 millions pour la Sécu) et un slogan quelque peu confondant… « Moins de médicaments, c’est médicamieux ».

Ainsi, si les médicaments peuvent tuer, ce n’est pas de la responsabilité des molécules et de leurs effets secondaires et indésirables, mais bien des médecins coupables de trop et trop mal prescrire, et des patients (seniors comme de bien entendu) coupables d’être trop malades et trop âgés pour bien assimiler, bien transformer et bien éliminer les merveilleux médocs.

Côté autorités sanitaires et autres institutions, la pression et le dénigrement des médecines alternatives sont toujours plus fortes alors même que ces dernières sont une des solutions au problème de la polymédication. C’est ce que soutiennent nombre de médecins qui voient en l’ostéopathie, l’acupuncture ou l’homéopathie des moyens efficaces pour alléger les prescriptions et tendre vers des ordonnances plus « light ».

Entre lobbying, cynisme, mensonges et lâcheté, on est plus que jamais en droit de se demander à qui appartient la santé. Malheureusement et comme toujours, on déplore que les malades soient les laissés-pour-compte.

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