Jean-Baptiste Talmont
Ça n’a l’air de rien, mais cette (cr)ânerie de Gabriel Attal mérite qu’on y revienne un temps. Nous apprenions en janvier dernier qu’à l’instar du président de la République, Emmanuel Macron, notre Premier ministre ne dormirait que quatre heures par nuit… quand il dort, puisqu’« il peut enchaîner plusieurs nuits sans sommeil, quitte à dormir plusieurs heures d’affilée le week-end », comme s’en émerveille Le Figaro.
Pour les fêtards, rien de nouveau sous le soleil, puisqu’ils appellent ça « être en descente », mais pour la plupart des Français, le message adressé, consciemment ou inconsciemment, est clair : quand on tient une boutique qui s’appelle la France, on n’a pas le temps de dormir, et vous devriez prendre exemple. Dormir ? Et puis quoi encore ? Un peu plus, et on croirait que, pour le Premier ministre, le sommeil est un acquis social susceptible d’être révisé. Alors non, le sommeil n’est ni un droit, ni un luxe, mais un besoin vital.
Cette « confidence » en dit long sur le rapport que Gabriel Attal en particulier et les membres de l’exécutif en général ont avec la santé. Rappelez-vous de Rachida Dati. En 2009, alors garde des Sceaux, elle accouche par césarienne et ne prend que cinq jours de congé maternité. Certes, les techniques médicales sont moins invalidantes qu’auparavant. Certes, dans la férocité du monde politique où l’absence équivaut à la vacance, Rachida Dati pouvait légitimement se dire que sa carrière était en jeu. Néanmoins, le message a été désastreux et les réactions nombreuses, déplorant une attitude qui divise le monde des femmes entre « superwomen » et « mauviettes » (Libération, 8 janvier 2009).
On serait tenté de mieux comprendre, par ces deux exemples, l’absurdité, si ce n’est l’indignité des déclarations de nos gouvernants. Comme celle de Catherine Vautrin, ministre de la Santé, qui sur RTL, répète que « la santé n’est pas gratuite ! » Ah bon ? Les Français le savent bien puisque ce sont leurs prélèvements obligatoires qui financent le système de soin. Et comme ce n’est pas suffisant, ils voient depuis le 31 mars leur reste à charge sur chaque médicament doubler.
Autre exemple ? Agnès Pannier-Runacher, ancienne Ministre de la Transition énergétique, qui comparait le 7 avril, sur LCP, les produits phytosanitaires à des médicaments : « On ne dit pas aux Hommes, vous allez vous passer des médicaments, mais de faire attention à ne pas trop les utiliser. »
Okay ! Franchement, bien dormir, ça aurait du bon pour bien réfléchir.