Laëtitia Kermarrec
Alors que la pression esthétique pesait essentiellement sur les jeunes femmes depuis des années, avec des exigences corporelles finalement inaccessibles favorisées par l’utilisation de filtres, de retouches numériques ou la mise en place de conditions particulières (poses élaborées, lumière adéquate, appareil photo dernier cri…), l’injonction à la beauté semble désormais résonner chez les jeunes hommes…
En témoigne la hausse de ventes de stéroïdes non médicaux (Anavar, testostérone…) sur le marché noir et en ligne. Selon une enquête gouvernementale australienne, la consommation de ces anabolisants, par ailleurs risquée, aurait quasi triplé entre 2001 et 2019 (1).
Fait alarmant qui révèle un mal-être plus profond : l’augmentation des cas croissants de dysmorphie corporelle masculine. Un trouble psychiatrique dans lequel un homme développe une perception déformée et excessive de son apparence physique. Il aura tendance à se focaliser sur des défauts perçus, souvent inexistants ou insignifiants, ce qui peut entraîner une détresse psychologique importante et des comportements obsessionnels. Au Royaume-Uni, c’est près d’un quart des hommes qui déclaraient récemment " se sentir rarement, voire jamais, en confiance avec leur corps " (2).
Mais comment avons-nous pu en arriver là ? Dans le même temps que naissent des mouvements sociaux pour libérer les femmes de la tyrannie des normes corporelles, comme le mouvement social body positivity qui cherche à promouvoir une vision positive de tous les corps, voilà que le diktat de l’apparence resurgit chez l’autre sexe livré à une quête chimérique du torse " idéal " taillé en V… Et le fait que les 18-24 ans soient plus susceptibles d’essayer les stéroïdes n’est certainement pas un hasard, une autre étude australienne ayant montré que la consommation accrue d’anabolisants chez les hommes et adolescents était alimentée par les réseaux sociaux. (3)
Ces médias joueraient un rôle central dans la diffusion de normes de beauté irréalistes à travers des influenceurs qui encouragent à associer valeur personnelle avec image extérieure. Le physique devient ici un moyen tangible d’obtenir la validation de ses pairs. En parallèle, l’industrie de la beauté capitalise sans doute un peu trop sur l’insécurité corporelle en plaçant l’image au cœur du succès social, professionnel et sentimental. Sensibiliser aux bienfaits d’un corps en bonne santé au-delà de l’apparence serait plus sain et aiderait peut-être à renverser la tendance.