La rédaction
Lorsqu’ils souffrent de maux quotidiens qui ne trouvent pas de soulagement, nombre de patients en échec thérapeutique sont prêts à tenter des thérapies innovantes, à l’image de la phagothérapie (qui consiste à utiliser des virus « phages » qui attaquent certaines bactéries pour traiter certaines maladies résistantes). Ces thérapies encore expérimentales étant peu, ou pas, proposées aux patients, ces derniers s’organisent souvent seuls, et sans conseils médicaux, pour les pratiquer. C’est le cas actuellement concernant la thérapie helminthique, via les vers intestinaux, de plus en plus utilisée par des malades pour tenter de diminuer les symptômes de certaines allergies, maladies auto-immunes ou encore de la dépression.
Depuis quelques décennies, les scientifiques ont remarqué que les maladies auto-immunes – comme le diabète de type 1, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique) ou la polyarthrite rhumatoïde – sont en hausse quasi uniquement dans les pays les plus urbanisés, ou dans des pays émergents où ont récemment été mises en place des campagnes contre les vers parasites comme les helminthes. Des scientifiques se sont donc demandé si vivre dans un environnement trop aseptisé ne favoriserait pas le déclenchement de ces maladies auto-immunes. Des études ont ensuite été menées, comme en 2005, aux États-Unis, où 21 patients sur 29 atteints de la maladie de Crohn ont obtenu une rémission de leur maladie grâce à l'administration d’œufs d’helminthes.
Cette pratique a d’ailleurs son propre journal scientifique, le Journal of Helminthology, rattaché à la prestigieuse université de Cambridge, qui vient de fêter ses 40 ans et qui recense les « pratiques et résultats de l'autotraitement par helminthes basés sur les observations de médecins ». Le journal rappelle que « l’utilisation réussie des helminthes comme agents thérapeutiques pour résoudre les maladies inflammatoires a été enregistrée pour la première fois il y a quarante ans », que de précédentes études, menées sur l’homme et l’animal, ont « démontré » que ces organismes pouvaient traiter « efficacement » un « large éventail de maladies inflammatoires » dont les allergies, les maladies auto-immunes, la dépression ou les troubles anxieux. Le Journal of Helminthology rappelle aussi que les preuves disponibles concernant les utilisations thérapeutiques et les effets chez l’homme restent « limitées ».
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La thérapie helminthique a également son propre site « Wiki » (https://www.helminthictherapywiki.org/), un site communautaire rédigé en anglais et sur lequel des bénévoles recensent témoignages et études scientifiques mais aussi les noms de sites permettant d’acheter des larves ou œufs d’helminthes sous forme de gélules à ingérer, d’ovules ou de patchs cutanés. Le site, couplé à un groupe Facebook d’entraide qui compte 8 500 membres, propose également des conseils pour cultiver chez soi, stocker et « doser » ces vers avant de se les auto-administrer.
En France, la thérapie helminthique est actuellement médiatisée par Victor Verignon, 36 ans, créateur du site Macolonie.fr qui propose des informations en français, des témoignages, une « foire aux questions pour les débutants » ainsi que des « évènements pour réunir la communauté française d’utilisateurs d’helminthes ». Victor Verignon explique avoir souffert d’asthme, d’hypersensibilité alimentaire et d’allergies depuis l’enfance qui se sont aggravées malgré un « mode de vie très sain ». Alors que les médecins ne lui étaient « d’aucune aide », il a découvert puis testé la thérapie helminthique et a rapidement constaté des améliorations. C’est pourquoi il s’est aujourd’hui « donné pour mission de mieux faire connaître cette thérapie novatrice ».
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Sur Macolonie.fr, vous pourrez lire des témoignages enthousiastes, comme celui de Victor, dont les problèmes d’estomac ont diminué et les allergies « presque disparu » après huit mois de « patchs de 5 Necator americanus », des patchs cutanés contenant des larves microscopiques qui pénètrent le tube digestif en traversant la peau puis la circulation sanguine. Ou encore de Lorrie, 56 ans, qui aurait obtenu des résultats « impressionnants » sur ses migraines et son état dépressif grâce à des patchs d’helminthes. Elle dit avoir « retrouvé [sa] qualité de vie » (« moins de dépression, plus d’énergie, et je tolérais davantage d’aliments », explique-t-elle) en à peine cinq mois.
Face à ces témoignages, enthousiasmants, on pourrait s’attendre à des résultats scientifiques qui le sont tout autant. Malheureusement, les études scientifiques considérées comme ayant le plus haut niveau de preuve restent très prudentes et, disons-le, décevantes au regard de l’espoir que portent ces thérapies pour des millions de patients. Des méta-analyses d’essais cliniques randomisés (c’est-à-dire des compilations d’études considérées comme les plus robustes) concernant la thérapie helminthique concluent toutes qu’à ce stade, les preuves manquent pour recommander ces thérapies aux patients.
Une compilation d’études réalisée en 2014 par la Collaboration Cochrane (un organisme mondialement reconnu pour la qualité de ses compilations d’études) à propos de la thérapie helminthique pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin conclut par exemple qu’« actuellement, les preuves sont insuffisantes pour en tirer des conclusions définitives concernant l'efficacité et la sécurité des helminthes utilisés pour traiter les patients atteints de [ces] maladies ».
Deux ans auparavant, une autre compilation des études disponibles concluait qu’il n'existe actuellement « pas suffisamment de preuves » concernant « l'efficacité, la tolérabilité et les coûts probables du traitement par les helminthes pour justifier son utilisation dans la prise en charge courante de la rhinite allergique ».
Reconnaissant toutefois que si elles sont administrées aux humains « à des doses soigneusement mesurées », ces thérapies semblent « sans danger », l’organisme rappelle que plus d’études devront être menées pour pouvoir recommander cette thérapie en cas de rhinite allergique. Malheureusement, depuis une décennie, peu de travaux semblent avoir fait réellement avancer la discipline… Espérons que de nouvelles études pourront venir rapidement confirmer les bénéfices vantés par tant de patients.
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