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Sanofi : un fleuron qui fleure mauvais

Sanofi, largement soutenu financièrement par l’État malgré d'énormes profits, a profité d'étranges passe-droits concernant le Doliprane et a refusé de dédommager les victimes de la Dépakine, transférant toujours plus de ses coûts sur le contribuable.

Jean-Baptiste Talmont

Dans le Canard enchaîné du 23 octobre, on a pu mesurer le poids du lobbying de Sanofi et le poids financier qu’il fait peser sur le contribuable (oui, car dès qu’il est question de cracher au bassinet, l’État, c’est le contribuable). Pour bien mettre à l’aise, l’hebdo satirique rappelle que le Big Pharma frenchy, entreprise privée forte de 5,4 milliards de bénéfices en 2023, vit pépouze sous perfusion de l’État depuis dix ans. À tel titre que le nouveau ministre de l’Économie, Antoine Armand, a joué des coudes et demandé un bilan des aides versées et notamment des 250 millions d’euros alloués pour développer un vaccin français contre le Covid qui a joué l’arlésienne. Pour dire merci, Sanofi a donc annoncé vouloir vendre sa filiale Opella, qui possède le Doliprane, à un fonds d’investissement ricain. Le Doliprane, c’est 453 millions de boîtes vendues en France en 2023.

Et l’on apprend par le Canard que Sanofi a tout mis en œuvre pour protéger son antidouleur. Par le biais d’un puissant lobbying auprès du ministère de l’Industrie, le Doliprane n’a jamais été « inscrit au répertoire » (comprenez qu’un pharmacien n’est pas tenu de proposer un générique). Pourtant, toutes les molécules tombées dans le domaine public y sont inscrites. Toutes sauf le Doliprane, alors qu’il est sur le marché depuis 1964. En 2013, il y a bien eu des tentatives d’inscrire l’antidouleur au répertoire. D’abord, l’Autorité de la concurrence, puis l’ANSM (les gendarmes du médicament) ont essayé. Sans succès. L’Autorité de la concurrence en a clairement manqué face à Bercy qui a fait écran pour protéger Sanofi. Le Doliprane reste remboursé (262 millions d’euros de remboursement par la Sécu en 2023, 2,6 milliards en dix ans), et surtout il n’est toujours pas inscrit au répertoire.

Tout comme n’est pas inscrit à l’agenda du « fleuron français » le dédommagement des victimes de la Dépakine, cet antiépileptique produit par Sanofi, responsable de graves malformations de fœtus. Là encore, c’est le contribuable qui met la main au portefeuille, et pas pour rien. L’office en charge des dédommagements des victimes d’accidents médicaux (Oniam) a dû verser de l’argent à 1 660 malades à la place de Sanofi pour un montant s’élevant à 64,8 millions d’euros. Pire, Sanofi envoie chaque semaine au patron de l’Oniam les huissiers, pour des assignations arguant qu’aucune décision judiciaire définitive n’avait pour l’heure acté sa responsabilité. Bim ! 1,5 million d’euros d’honoraires d’avocats ! Même Servier ne se comporte pas comme ça, c’est dire.

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