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Des organes pas si inutile que ça !

Jean-Baptiste Talmont

Pendant des années, on a cru que l’appendice n’était qu’un détail anatomique. Pour Darwin, il n’est rien d’autre qu’une « structure vestigiale inutile et dénuée de fonction », un résidu issu de l’évolution du tube digestif à mesure de la diminution du contenu en fibres dans le régime alimentaire humain.

Si cette hypothèse pouvait se comprendre au XIXe siècle, on s’étonne qu’elle ait perduré si longtemps. Pour Éric Ogier-Denis, directeur de recherche à l’Inserm, la raison tient au fait que l’on peut vivre sans appendice. Si on peut vivre sans, c’est que cette excroissance ne sert à rien. C’est justement son étude qui dément ce raccourci et explore les fonctions de l’appendice que vous découvrirez en lisant cet article. Mais il n’est pas le seul tissu biologique jugé inutile.

C’est aussi le cas d’une glande, le thymus, que la médecine estime sans intérêt chez l’adulte et qui est souvent retiré pour traiter certaines cardiopathies, certains cancers et autres maladies auto-immunes. Une étude de 2023 suggère que l’ablation du thymus pourrait avoir des conséquences dommageables sur la santé à long terme. En traitant les données de plus de 7 000 patients, les chercheurs ont constaté que ceux qui s’étaient vu retirer leur thymus présentaient presque deux fois plus de risque de mourir dans les cinq ans, et deux fois plus de risques de développer un cancer durant cette même période.

Autres organes à jeter à la poubelle, les amygdales. Avec les végétations, les médecins avaient la fâcheuse tendance à les retirer dès lors qu’une angine récidivait. En 2018, une étude s’est intéressée aux conséquences à long terme de ces ablations. L’exérèse des végétations est associée à un risque d’affections respiratoires (asthme, pneumonie et bronchopathie chronique obstructive) multiplié par presque trois, comparé au taux observé dans la population n’ayant pas subi ce type d’intervention. L’amygdalectomie, elle, est reliée à un risque multiplié par un facteur voisin de deux pour ce qui est des pathologies respiratoires citées. Quant au risque d’otite moyenne, il est multiplié par 4 à 5.

Heureusement que la médecine n’a pas considéré comme inutile les 90 % du cerveau inexploités par l’homme… car on sait aujourd’hui que c’est un mythe !

1. M. K. Collard, J. Bardin, M. Laurin et E. Ogier-Denis, dans Journal of Anatomy, juillet 2021.

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