La rédaction
Depuis plusieurs mois, un phénomène se répand comme une traînée de poudre : il se murmure qu’il serait possible de perdre facilement, et sans efforts, près de cinq kilos par mois en prenant des médicaments à base de sémaglutide, des médicaments agonistes des récepteurs du GLP-1 initialement destinés à traiter le diabète de type 2.
Commercialisés en France sous les noms d’Ozempic et de Wegovy, ces médicaments agissent sur la régulation du glucose, mais aussi de l’appétit. En diminuant drastiquement les envies de consommer des aliments gras, ils engendrent généralement une forte perte de poids. Impuissantes à agir contre leur surpoids, un nombre croissant de personnes s’en procurent via leur médecin ou sur Internet et se les administrent en injections pour perdre sans efforts et rapidement 5, 10 ou 15 kg. Mais ces effets sont-ils réellement durables et quels sont les risques d’effets indésirables ?
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Poussées par les témoignages de stars ou d’influenceurs, les ventes de ces médicaments antidiabétiques ont explosé dans le monde entier ces deux dernières années, avec une forte accélération en 2023. L’Ozempic, commercialisé par Novo Nordisk, a vu ses ventes augmenter de 86 % entre janvier et septembre 2022.
Dans d’autres pays, comme en Chine, le phénomène a pris une telle ampleur que l’on a assisté à des ruptures de stock et à une hausse du prix du médicament atteignant 150 % du prix d’origine (soit plus d’une soixantaine d’euros pour une seule dose). Face à cette demande croissante, certains fabricants auraient eu du mal à suivre le rythme.
En France, l’ANSM s’en est inquiétée dans deux publications, en juillet puis en novembre 2023. L’organisme rappelait alors que ce médicament devait être utilisé « uniquement » pour traiter le diabète de type 2 et estimait que, dans l’Hexagone, environ 1,5 % des patients, soit 2 200 personnes, détournent l’Ozempic de son usage originel (0,7 % des patients en mai 2022, puis 1 % en septembre 2022 et 1,4 % fin mai 2023). Des chiffres qui, s’appuyant uniquement sur les données de remboursements disponibles en France, ne refléteraient pas l’« ampleur » réelle de ce « mésusage » et de ce « détournement » qui serait, en réalité, plus importante.
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« J’ai perdu quinze kilos en trois mois sans faire de sport et je revis ! », « Je redécouvre enfin le plaisir d’une taille fine ! » : pour tenter de contrecarrer les témoignages dithyrambiques qui se multiplient sur Internet, de nombreux experts alertent sur les effets indésirables, non négligeables, de ces médicaments.
En effet, ceux-ci sont efficaces pour perdre quelques kilos sans efforts. Les pertes de poids observées sont souvent similaires à celles que l’on peut obtenir après une chirurgie bariatrique ou la pose d’un anneau gastrique. Mais « avec quels résultats à long terme et au prix de quels effets indésirables », questionne Mark Cucuzzella, médecin spécialiste de l'obésité et professeur à la faculté de médecine de l'université de Virginie-Occidentale, sur le blog de la journaliste scientifique Maryanne Demasi ?
Selon lui, même chez les patients diabétiques, ces médicaments doivent être utilisés avec parcimonie, notamment car ils rendent nombre d’entre eux « malheureux » : « En ralentissant le mouvement des aliments dans l'intestin, ils peuvent entraîner un grand inconfort. Cela envoie un “signal de satiété” pour certains, mais, pour beaucoup, cela entraîne des nausées et un certain dégoût pour la nourriture. »
Par ailleurs, de nombreux médecins, et certaines études, observent un effet rebond, avec une reprise du poids perdu immédiatement après l’arrêt du traitement chez la majorité des patients. Un phénomène qui pourrait en partie s’expliquer par le fait que ces médicaments réduiraient la taille des cellules adipeuses mais en produiraient aussi de nouvelles, qui se développent dès l’arrêt du traitement et le retour des fringales.
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La Food and Drug Administration (l’autorité du médicament aux États-Unis) rappelle également que ces antidiabétiques entraînent, chez certains patients, des paralysies de l’estomac (la digestion est si ralentie qu’elle provoque de forts vomissements et nausées) et que la perte de poids qu’ils engendrent se doublerait d’une perte de masse musculaire qualifiée par certains médecins d’« alarmante ». D’autres effets indésirables comme une perte de densité osseuse (jusqu’à 2 %), des risques de pensées suicidaires ou des risques augmentés de tumeur de la thyroïde sont également pointés du doigt.
Ainsi, ces médicaments présentés comme des « miracles » par certains ont plutôt, en réalité, des effets à long terme mitigés et des effets indésirables qui sont, eux, bien concrets et disproportionnés en cas de recherche d'une simple perte de poids.
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