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Vitamine D : le compte n’y est toujours pas

Article paru dans le journal nº 76 Acheter ce numéro
  • Notre manque d'exposition à la lumière du soleil, source majeure de carenceNotre manque d'exposition à la lumière du soleil, source majeure de carence

Outre son rôle clé dans l’assimilation du calcium et la santé osseuse, la recherche a montré qu’un déficit en vitamine D était associé à bien d’autres problèmes de santé, dont certains cancers, et plus généralement à une mortalité plus élevée. Aussi est-il urgent de prendre conscience que sous nos latitudes, la majorité d’entre nous ne pourvoit pas à ses besoins en vitamine D, ni via l’exposition au soleil, ni via l’alimentation.

Pour de nombreuses populations, y compris celles d’Europe occidentale, la production par la peau sous l’effet du rayonnement solaire serait la première source d’approvisionnement en vitamine D . Facile et pas cher, à deux nuances près : du fait de nos modes de vie nous nous exposons de moins en moins à la lumière du jour, et quand nous le faisons, c’est souvent d’une manière exagérée (les vacances à la plage) qui augmente les risques de cancer cutané.

Les sources alimentaires, quant à elles, sont plutôt restreintes : en dehors des produits enrichis, il n’y a guerre que les poissons gras (saumon, sardine, maquereau, foie de morue) et certains champignons (le shiitake, par exemple) qui en soient naturellement bien pourvus. En dehors de ces aliments, le régime occidental classique est globalement insuffisant pour pourvoir aux besoins, si bien que le déficit en vitamine D est courant .

Mais comme les manifestations restent longtemps discrètes et qu’il est loin d’être évident de faire ultérieurement le lien avec une maladie (ostéoporose, mais aussi cancer ou diabète), il n’existe à l’heure actuelle aucune disposition pour pallier ce déficit dans la population « saine » générale , sous-entendu hors les groupes à risques.

À quoi sert la vitamine D ?

Indispensable à la croissance osseuse chez l’enfant (antirachitique), la vitamine D est nécessaire à la bonne santé des os tout au long de la vie, en particulier pour prévenir la perte de densité liée à l’âge.

  • La vitamine D participe au bon fonctionnement des muscles ; elle favorise la contraction des fibres musculaires, mais aussi la récupération. La force et la masse musculaire seraient également sous l’influence d’un taux suffisant de vitamine D.
  • La vitamine D possède des propriétés protectrices des neurones participant à la prévention des différentes formes de dégénérescence nerveuse liées à l’âge.
  • La vitamine D améliore la sensibilité à l’insuline et semble réduire les phénomènes inflammatoires, ce qui pourrait contribuer à prévenir les maladies cardiovasculaires.
  • Elle jouerait aussi un rôle dans la vigueur du système immunitaire et la protection contre certaines maladies dites auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde, et certains cancers.

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À quelle valeur se référer ?

La vitamine D est en réalité une pro-hormone que le foie métabolise pour la convertir en 25-hydroxyvitamine-D (25-OH-D), elle-même hydroxylée ensuite dans les reins pour former la 1,25-OH-D dont le rôle principal est de stimuler l’absorption intestinale de calcium et de phosphore . Ces deux minéraux jouent un rôle essentiel dans la minéralisation osseuse ainsi que dans l’activité neuromusculaire.

Quand intervient une carence en vitamine D et par conséquent une baisse de l’assimilation de calcium et de phosphore, les glandes parathyroïdes tentent de la compenser en surproduisant la parathormone , qui régule les taux de calcium et de phosphore dans le plasma sanguin. Lorsqu’un tel dysfonctionnement s’inscrit dans la durée, c’est une grande partie du système endocrinien qui peut en pâtir.

Si le dosage sanguin de 25-OH-D (en dessous duquel il faut intervenir pour éviter le rachitisme et l’ostéomalacie), fait consensus (25 nmol/L), il n’en va pas de même pour un dosage optimal. Selon les pays et les auteurs, il est fait référence à des concentrations allant de 50 à 250 nmol/L ! Cependant, une valeur se situant entre 100 et 200 nmol/L semble se dégager des travaux de recherche effectués ces dernières années.

En tout cas, l’intérêt pour le statut vitaminique D semble gagner du terrain, puisque le nombre d’actes de dosage a été multiplié par dix depuis 2005 , à tel point que la Haute autorité de santé a été saisie en 2013 par la Cnam pour un avis sur le bon usage de la prescription des examens de biologie médicale explorant ce statut.

Des niveaux élevés en vitamine D plutôt bons pour la santé

Les investigations les plus récentes montrent que des niveaux relativement élevés en vitamine D sont associés à des gains significatifs en matière de santé . Une étude a par exemple établi que des concentrations sériques supérieures à 150 nmol/L réduisaient le risque de cancer du sein par rapport à celles inférieures à 50. Une autre a constaté une réduction du risque de naissance avant terme chez les mères affichant des taux de 25-Oh-D supérieurs à 100 nmol/L en comparaison avec des taux inférieurs à 50.

D’autres études ont constaté que ces mêmes niveaux supérieurs à 100 nmol/L réduisent les risques devant tous les cancers invasifs ou encore améliorent les pressions systolique et diastolique chez les hypertendus en comparaison avec des niveaux inférieurs à 50 nmol/L. Enfin, avoir des concentrations supérieures à 75 nmol/L réduit la mortalité toutes causes confondues en comparaison avec des concentrations inférieures à 22,5 nmol/L.

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L’exemple de l’Allemagne pour son statut vitaminique D

Des données issues de l’Institut Robert Koch révèlent que 63 % des Allemands âgés de moins de 17 ans et 57 % de ceux âgés de 18 à 79 ans présentent des niveaux sériques en vitamine D inférieurs à 50 nmol/L. D’autres chiffres tirés du German National Health Interview and Examination Survey de 1998 indiquent que même durant les mois les plus ensoleillés (de mai à octobre) 45 % des hommes et 55 % des femmes se situent en dessous du même seuil de 50 nmol/L . De novembre à avril, ce phénomène touche 68 % des Allemands et 61 % des Allemandes.

Au sein de ces populations se trouve une frange encore plus mal lotie, celle des personnes dont les niveaux de vitamine D descendent sous la barre des 30 nmol/L pendant les mois de novembre à mai. Il existe également une situation de déficience chronique chez les personnes âgées , d’après certaines données collectées dans des maisons de retraite ; ainsi, 94 % d’entre elles sont sous la barre des 50 nmol/L, ces personnes sortant peu en extérieur et leur peau n’ayant plus autant la faculté de synthétiser de la vitamine D sous l’effet du rayonnement solaire.

Détail remarquable, les Berlinois de descendance turque (héritiers d’une génétique adaptée à de plus fortes conditions d’ensoleillement) ont un risque plus élevés que les autres Berlinois vis-à-vis du déficit en vitamine D , puisque celui s’élève à 95 % de cette population en particulier (toujours sous le seuil des 50 nmol/L) contre 87 % et 78 % respectivement pour les femmes et les hommes n’ayant pas d’ascendance turque.

Vitamine D : ne comptez pas seulement sur l'alimentation

En dehors de la voie cutanée, il existe deux autres moyens de se pourvoir en vitamine D : l’alimentation et la supplémentation. Mais du côté de l’alimentation, le potentiel est limité puisque seuls quelques aliments apportent de la vitamine D en quantité significative , mais anecdotique quand même ; le saumon d’élevage, par exemple, fournit de 100 à 250 UI / 100 g (unités internationales, 1 UI = 0,025 µg), le shiitaké séché en apporte 1 600 UI / 100 g.

Les autorités sanitaires françaises recommandent actuellement un apport quotidien de 15 µg (soit 600 UI) pour un(e) adulte (soit environ 240 grammes de saumon ou 40 grammes de shiitaké par jour). L’Anses a établi cette recommandation (qui s’appelle Référence nutritionnelle pour la population) en considérant que la production endogène cutanée est nulle, afin de couvrir le besoin de la quasi-totalité de la population. Un postulat proche de la réalité, puisqu’ en Allemagne, un homme ingère en moyenne 2,9 µg de vitamine D via son alimentation et une femme 2,2 µg.

Les Français ne sont guère mieux lotis, avec une consommation moyenne de 3,1 µg. Mais c’est le cas de la plupart des pays occidentaux, constat qui a conduit un certain nombre d’entre eux à enrichir systématiquement certaines denrées alimentaires comme les produits laitiers . C’est le cas des USA et du Canada, mais aussi de la Finlande et du Danemark, où cette politique a permis d’améliorer considérablement le statut vitamine D de leurs habitants.

Quelle est réellement la part de la production endogène par la peau ?

Elle dépend de nombreux facteurs individuels dont le premier est le lieu d’habitation. Pour un pays comme l’Allemagne, on peut considérer que la possibilité de produire de la vitamine D via l’exposition à la lumière du jour est proche de zéro entre les mois d’octobre et d’avril . Interviennent aussi les conditions météorologiques, la durée d’exposition, la nature (en particulier la pigmentation) de la peau, la surface corporelle exposée, l’indice de masse corporelle, une éventuelle médication etc.

Chose intéressante, une exposition prolongée ne signifie pas nécessairement que la production de vitamine D soit indéfinie , car nous sommes pourvus de mécanismes de régulation pour éviter une surdose. Rester au soleil trop longtemps ne fait donc qu’augmenter les risques de coup de soleil et de cancer de la peau.

Les scientifiques ont donc déterminé une « dose de soleil efficace » ( minimal erythema dose ou MED, soit la dose minimale de rayonnement solaire pour provoquer un érythème léger), qu’il convient de déterminer de façon individuelle grâce à un test. Une étude a révélé qu’un MED sur le corps entier correspondait à une prise orale de vitamine D de 10 000 à 25 000 UI selon les individus . Une exposition à un quart de MED sur un quart de la surface cutanée (visage, mains et bras) équivaut à une prise alimentaire d’environ 1 000 UI.

La stratégie pour recouvrer et maintenir un niveau en vitamine D suffisant

D’après une étude britannique, une exposition de 13 minutes au soleil de mi-journée sous un ciel sans nuages, sur 35 % de la surface du corps et cela 3 fois par semaine pendant une période de six semaines en été, suffit, chez 90 % des participants, à atteindre le niveau de 50 nmol/L de 25-OH-D.

Une portion minoritaire de ces participants a même atteint le niveau qualifié d’optimal de 80 nmol/L. D’autres recherchent étayent l’hypothèse que des expositions relativement courtes et fréquentes (dix minutes peuvent suffire) au printemps, en été et en automne, sur environ 25 % de la surface du corps, permettent bel et bien d’augmenter son statut vitamine D pour atteindre des niveaux se situant entre le « suffisant », soit 50 nmol/L, et l’« optimal », soit 80 nmol/L.

Pour motiver les troupes, il convient de préciser que l’exposition aux rayons du soleil a d’autres bénéfices ; le rayonnement UVB est absorbé par les cellules pigmentaires, par l’ADN, par les membranes lipidiques entre autre, avec des effets stimulants sur le système immunitaire et endocrinien .

Sans le soleil, le salut se trouve dans la supplémentation

En l’absence de synthèse cutanée de vitamine D – ce qui est à craindre au moins sur une bonne moitié Nord du territoire français, pendant près de 6 mois de l’année – et compte tenu du caractère assez aléatoire des apports nutritionnels, la supplémentation est le seul moyen de s’assurer que chacun reçoive suffisamment de vitamine D parmi la population générale. D’autant que les recommandations existent et vont, à peu de chose près, toutes dans le même sens au sein des différentes instances occidentales : une prise de 800 UI par jour pour les adolescents et les adultes, et de 400 UI pour les jeunes enfants.

Chez les personnes adultes identifiées comme déficientes en vitamine D, l’ Endocrine Society Clinical Practice Guideline préconise qu’elles soient traitées avec une prise de 50 000 UI chaque semaine pendant huit semaines, ou son équivalent journalier qui est de 6 000 UI quotidiennement pour atteindre le niveau de 75 nmol/L de 25-OH-D, suivies d’une prise d’entretien de 1 500 à 2 000 UI par jour. Reste à identifier les personnes réellement en situation de déficit…

Êtes-vous dans un groupe à risques ?

Les « groupes à risques » sont relativement bien décrits dans la littérature scientifique. On y trouve les nouveau-nés allaités jusqu’à un an ne bénéficiant pas d’une supplémentation, les enfants de 1 à 18 ans insuffisamment exposés au soleil et non supplémentés, les adultes dans le même cas, les adultes de plus de 50 ans , les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes présentant des troubles de l’absorption intestinale, les personnes obèses, celles souffrant d’un syndrome néphrotique, celles présentant un désordre thyroïdien (hyperparathyroïdie) ainsi que les personnes sujettes à des maladies de peau.

Le risque le plus courant, mis à part tout autre problème de santé, est bien sûr de ne pas prendre suffisamment le soleil pendant les mois de l’année qui s’y prêtent. Si le modèle alimentaire, notamment avec une part suffisante en poissons, peut avoir son importance, le mieux est encore de profiter de chaque occasion pour lézarder quelques instants sous les doux rayons de l’astre du jour en dénudant au moins ses bras et ses jambes et en se protégeant d’un écran solaire à faible indice si on compte faire durer le plaisir.

Combien de vitamine D consommer et sous quelle forme ?

Étant donné que les effets protecteurs de la vitamine D s’observent à des dosages de 50 nmol/L et plus, il semble opportun de chercher à stabiliser ce dosage a minima tout au long de l’année. Un consensus se dégage (encore timidement) aujourd’hui pour préconiser une supplémentation d’octobre à avril d’au moins 1 000 UI par jour . Mais certains, dont des spécialistes mondialement reconnus, vont plus loin et affirment que c’est 2 000 UI par jour qu’il faut ingérer pour bénéficier d’effets protecteurs réels, notamment contre les maladies cardiovasculaires.

Reste la question de la forme à privilégier, l’offre des suppléments en vente libre ayant explosé ces dernières années. Il faut tenir compte dans ce choix de ses fonctions hépatique et rénale, car en cas de déficience de l’une ou l’autre, il conviendra de choisir un dérivé de vitamine D ne nécessitant pas l’activation par l’organe affaibli . Autrement, c’est la forme D3 (d’origine animale) qui offre la meilleure assimilation par rapport à la D2 d’origine végétale. Dans tous les cas, touchez en un mot à votre médecin avant.

Référence

« A critical appraisal of strategies to optimize vitamine D status in Germany, a population with a western diet », dans Nutrients en Novembre 2019

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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