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La marche, un exercice complet pour le cerveau

Article paru dans le journal nº 88 Acheter ce numéro
  • Le cerveau participe activement à la marcheLe cerveau participe activement à la marche

La marche fut, pendant des millénaires, notre seul moyen de nous déplacer, rythmant notre évolution en tant qu’espèce et façonnant notre constitution. C’est peut-être pour cela que marcher régulièrement reste l’activité physique idéale pour entretenir ou régénérer la santé du corps et de l’esprit. Un mode de déplacement à valoriser même jusqu’à un âge avancé en prenant quelques précautions lorsque l’on reprend cette activité.

 

Dossier partie III

On dit souvent à propos de la ­pratique d’une activité ­physique qu’elle permet de se « vider la tête ». La marche fait encore mieux que cela : elle enclenche ce qui pourrait s’apparenter à un nettoyage mental, tant pour le contenant (les neurones) que pour le contenu (pensées, idées, émotions).

Une expérience inclusive

Loin de se mettre en veille, le cerveau participe activement à la marche. Il est même sollicité plus intensément qu’à l’occasion de nombre d’autres activités statiques uniquement cérébrales. Les chercheurs s’en rendent mieux compte depuis qu’ils sont en mesure d’étudier le corps et le ­cerveau en mouvement. Il ne serait pas faux ­d’affirmer, d’ailleurs, que marcher ­commence dans le ­cerveau. Il y a l’intention – ou le commandement impératif sous l’effet d’un danger pris en considération par le cerveau –, puis la ­transformation en influx nerveux, ordonnant à son tour la ­mobilisation des muscles et la coordination du mouvement, tout cela sous la supervision de l’oreille interne et des autres sens.

L’expérience de la marche est d’autant plus ­inclusive qu’elle se pratique en extérieur : la variété dans la topographie du terrain, des stimuli tels les bruits et les odeurs (de nature de préférence), le vent, les changements de température et le défilement du paysage engagent et entretiennent bien davantage les aptitudes physiques et psychiques que ne saurait le faire l’exercice en salle. Si ce dernier est intéressant pour le cardio-training par exemple, il maintient néanmoins le pratiquant sur un registre plus mécanique dans l’exercice de son activité favorite.

Un effet anti-âge sur le cerveau

Il est établi depuis quelques années que le ­ralentissement de la marche est un indicateur fiable du déclin cognitif. Ces deux phénomènes, presque toujours concomitants, sont dus à un rétrécissement de l’hippocampe droit, mais sont heureusement réversibles, au moins partiellement, dès lors qu’on se remet en mouvement. La recherche s’est aperçue qu’une activité aérobie régulière comme la marche stimulait la production de nouveaux neurones dans le cerveau adulte, en particulier au niveau de l’hippocampe, structure supportant notamment la mémoire et l’apprentissage.

Marcher contribue également à maintenir une bonne plasticité neuronale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à adapter ses réseaux neuronaux dans le cadre d’une vie évolutive. Cet effet passe, entre autres, par la stimulation des neuro­trophiques, des médiateurs importants de la ­plasticité ­structurale et fonctionnelle du cerveau. Le Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF ou facteur neurotrophique dérivé du cerveau) peut être considéré comme un véritable fertilisant pour les synapses, facilitant la performance cognitive, mais aussi la résilience, la prévention du vieillissement et les dommages éventuellement causés par des traumatismes ou des infections. Autre molécule dont l’exercice régulier augmente la synthèse, le Vascular Endothelial Growth Factor (VEGF ou facteur de croissance vasculaire endothélial) soutient le système circulatoire du cerveau, pour un approvisionnement satisfaisant en nutriments, énergie et oxygène, et l’évacuation des déchets.

Rien d’étonnant alors que la marche régulière offre des effets sur les troubles de l’humeur et la dépression comparables aux antidépresseurs et aux thérapies comportementales et cognitives, comme le suggèrent plusieurs études. L’une d’elle conclut que de faibles niveaux d’activité physique (une heure par semaine) aident à garder la dépression à distance.

La psyché aime le mouvement

Le neuroscientifique Shane O’Mara s’amuse à nous voir comme des cerveaux déambulants, dotés d’un corps essentiellement au service du mouvement. Cette entité cerveau corps, si elle repose physiquement sur le sol, s’appuie également sur un terrain psychosomatique, que l’ostéopathe Jacques-Alain Lachant qualifie de « socle des sécurités affectives, psychiques et physiques ». Lorsque ce terrain est fragilisé par l’histoire de l’individu, le stress et les troubles de la psyché s’impriment dans le soma, occasionnant des modifications posturales jusque dans la façon de marcher. Au lieu des sensations d’unicité et d’aisance, la marche se développe sous un « état de charge », fruit de tensions et de raidissements qui peuvent se mettre en place très tôt dans la vie.

Reconnexion, méditation, imagination

En 2018, une étude franco-américaine a constaté sur une période d’une vingtaine d’années qu’un faible niveau d’activité physique pouvait modifier la personnalité. Les sujets les moins actifs présentaient un déclin de l’ouverture, de la conscience, de l’extraversion et de l’amabilité, et davantage de neuroticisme (tendance persistante aux émotions négatives). Des effets limités par une reprise d’activité, même minime.

Nos habitudes de vie sédentaires et cérébrales nous coupent volontiers de nos sensations dans nos gestes quotidiens. La marche consciente, ou marche méditative, appelle un retour de notre attention sur nos mouvements et sur nos sensations. Expérience de reconnexion au même titre que la méditation assise, la marche consciente rend l’expérience plus facile grâce à l’effet stimulant de l’action sur le cerveau.

Écrivains, scientifiques, compositeurs ou philosophes de toutes les époques ont fait l’éloge de la marche en tant que processus créatif. Aux yeux de Friedrich Nietzsche, « Seules valent les pensées atteintes pendant la marche ». De longues heures de déambulation pédestre dans les environs du lac Walden, dans le Massachusetts, ont aussi été le ferment de la philosophie de Henry David Thoreau, inspirateur de Gandhi, Mandela ou Luther King.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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