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La flore intestinale : chaînon manquant entre consommation de viande et maladies cardiovasculaires

Article paru dans le journal nº 48 Acheter ce numéro
  • Si on convertit un mangeur de viande au végétarisme, sa flore microbienne va s’adapter en quelques joursSi on convertit un mangeur de viande au végétarisme, sa flore microbienne va s’adapter en quelques jours

Pourquoi les consommateurs de viande rouge sont-ils plus enclins aux maladies cardiovasculaires ? Si on a longtemps pointé du doigt leur teneur en graisses saturées, il semble que le vrai coupable soit en réalité ailleurs. En particulier dans la composition de note flore intestinale et comment elle dégrade nos aliments.

 

Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) avait jeté, en 2015, un pavé dans la mare des habitudes alimentaires occidentales en classant la consommation de viandes rouges (selon l’OMS, la catégorie inclut les viandes de bœuf, de veau, de porc, d’agneau, de mouton, de chèvre et de cheval) comme probablement cancérogène (groupe A2) pour l’homme, et celle des viandes transformées comme cancérogène (groupe A1).

Parallèlement, des recherches américaines ont montré que la viande rouge était aussi partiellement responsable d’autres maladies métaboliques ‒ cardiopathies, obésité, résistance à l’insuline… En effet, certains composants des produits animaux comme la choline (œufs, lait…), la L-carnitine (viandes rouges) et la lécithine (œufs, foie…) sont dégradés lors de la digestion en TMAO (oxyde de triméthylamine), une substance fortement corrélée à ces maladies.


La viande rouge nuit à la santé, mais comment ?


On sait maintenant avec certitude que les personnes qui mangent régulièrement beaucoup de viande rouge, à savoir plus d’un kilo par semaine, présentent plus de risques de développer une maladie cardiaque comparativement à celles qui en mangent modérément, c’est-à-dire pas plus de 500 g hebdomadaires. C’est en général les taux élevés en graisses saturées et en cholestérol des viandes rouges que l’on pointe du doigt pour expliquer leur impact délétère sur la santé, ce qui est partiellement exact.

Partiellement seulement, car le taux de corrélation direct entre apports alimentaires en graisses saturées et maladies du cœur ‒ en particulier sur le cholestérol ‒ ne serait pas suffisamment explicite "scientifiquement". Une façon d’avouer à demi-mot que c’était une fausse piste ? En tout cas, il manque un chaînon…


Ce chaînon, c’est la flore intestinale. Des études récentes indiquent que le microbiote dégrade en un composé toxique ‒ le triméthylamine-N-oxyde ou TMAO ‒ certaines molécules présentes en grandes quantités dans les aliments d’origine animale comme la viande, les œufs ou le lait. Cette transformation est typique des mangeurs de viande, car on ne retrouve quasiment pas trace de cette substance chez les végétariens.


TMAO et cancer : qu’est-ce que le microbiote vient faire là-dedans ?


Le microbiote, c’est cette population de plusieurs milliards de bactéries qui niche dans l’intestin et qui joue un rôle de première importance dans la digestion des aliments. On s’est aperçu ces dernières années que ce microbiote était très différent d’une personne à l’autre, et qu’il est directement et rapidement influencé par le régime alimentaire de son hôte.
Une personne dont l’alimentation est principalement carnée présente un microbiote dominé par le genre Bactéroides. Tandis qu’une personne végétarienne se distingue pas une flore intestinale à dominante Prevotella.

Si on convertit un mangeur de viande au végétarisme, sa flore microbienne va s’adapter en quelques jours et son profil se rapprocher de celui des végétariens. Inversement un végétarien qui passe à l’alimentation carnée verra son microbiote évoluer vers un profil dominé par le genre Bactéroides.


Le triméthylamine-N-oxyde (TMAO) a été mis en lumière par des travaux cherchant à identifier des molécules du plasma susceptibles d’être associées au risque de maladie cardiovasculaire. Des études ultérieures ont confirmé que le dosage de cette substance est réellement un indicateur fiable face au risque d’évènement thrombotique, tous autres facteurs mis à part.


Et voici le lien avec le microbiote : c’est lui qui assure le métabolisme de la choline, de la lécithine et de la L-carnitine ‒ issus d’une alimentation carnée ‒ en TMA, celui-ci étant ensuite métabolisé en TMAO par une substance secrétée par le foie, la flavine monoxygénase hépatique (FMO). Une courte période d’antibiotiques, qui ruine la flore intestinale en quelques heures, inhibe aussitôt la production de TMAO, preuve que le microbiote est bel et bien indispensable à sa synthèse.


Un trio heureusement à géométrie variable


Si vous aimez la viande, vous faites peut-être déjà la grimace : ce que vous venez de lire signifierait-il que vous êtes « condamné(e) » à faire de l’athérosclérose ? Non, car le triptyque viande rouge / microbiote / maladies métaboliques n’est pas gravé dans le marbre. Mais le risque est tout de même significativement plus élevé quand on mange de la viande rouge tous les jours que quand on n’en mange que deux ou trois fois dans la semaine.

En fait, c’est la proportion de chaque famille de bactéries dans le microbiote qui est la clé. Chez une personne qui a pour habitude de manger de la viande chaque jour, dans le cadre d’un régime alimentaire stable, le microbiote associé aura une excellente habilité à synthétiser la TMAO et donc à favoriser l’installation de l’athérosclérose.


Chez une personne au régime alimentaire à dominante végétale, les choses se passent différemment. Alors qu’à la suite de l’ingurgitation d’un bon gros steak, le carnivore présente une élévation directe de son taux sanguin de TMAO, le consommateur de végétaux soumis au même repas ne présente quasiment aucune production de TMAO. Parce que son microbiote est différent et n’a pas la capacité d’opérer cette synthèse.


Vous tenez votre santé dans le creux de votre… assiette !


La bonne nouvelle dans tout cela, c’est donc bien que les habitudes alimentaires influencent la composition de la flore intestinale, qui elle-même influence la manière dont ce que nous mangeons est transformé. Dans le cas de la viande rouge, une consommation importante de L-carnitine ‒ mais ça vaut aussi pour la choline et la lécithine contenue dans d’autres aliments ‒ façonne un microbiote capable de métaboliser celle-ci de manière efficace en TMAO.


Au contraire, avec une alimentation qui privilégie les aliments d’origine végétale, une consommation de viande rouge modérée n’aura qu’un impact limité sur cette production et gardera mieux vos artères à l’abri de la thrombose. Et vous préservera aussi du diabète et de l’obésité, deux autres fléaux très clairement corrélés eux aussi à un taux plasmatique élevé de TMAO.

 

Revenir à l'équilibre


Cela rejoint finalement ce qu’il se passe dans les régions du monde où des habitudes alimentaires jusqu’ici plutôt saines (comme en Asie ou en Afrique, par tradition modérément portés sur les protéines animales) se perdent au profit du modèle occidental et de son furieux impératif de manger de la viande rouge : une épidémie d’obésité, de diabète, de maladies cardiaques et de cancers du colon.


En effet, on pourrait être tenté, à la suite de cette lecture, de supprimer purement et simplement les sources alimentaires de L-carnitine et de choline. Mais pour cette dernière, par exemple, il a été démontré qu’elle était bénéfique au développement du fœtus et à la fonction cognitive de l’adulte… La meilleure solution serait peut-être dans cette mode récente appelée "flexitarisme", c’est-à-dire un régime proche du végétarisme, agrémenté d’un morceau de viande de façon occasionnelle. Vos artères ‒ et les animaux ‒ vous en sauront gréés…





Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com
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