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Les armes secrètes du biofilm

Article paru dans le journal nº 47 Acheter ce numéro
  • "En milieu liquide il suffit de 24 à 48h pour que le biofilm atteigne sa maturité"

Le système immunitaire est programmé pour neutraliser et, si possible, détruire tout micro-organisme qu’il reconnaît comme étranger. Mais le biofilm rend le système immunitaire inopérant en s’oppose à la pénétration des traitements dans les bactéries. Zoom sur les armes secrètes du biofilm pour aider les bactéries à proliférer

Il permet à celles-ci de modifier leur métabolisme et d’échapper ainsi au mode d’action des antibiotiques. Les gènes de résistance développés par certaines bactéries sont transférés aux autres membres de la même communauté. S’il y parvient le plus souvent facilement lorsque l’agent infectieux est de forme planctonique (non organisé en colonie), il est régulièrement mis en échec lorsque l’agent infectieux se protège derrière un biofilm.

Les armes secrètes du biofilm

Notre système immunitaire ne reste pas pour autant inactif ou paralysé par le biofilm. En effet, il continue à entretenir un terrain inflammatoire tout autour, ce qui non seulement est vain, mais permet aux micro-organismes retranchés dans leur matrice protectrice d’augmenter leurs ressources en nutriments indispensables à leur métabolisme, à leur régénération et à leur multiplication !

Le biofilm est une barrière presque infranchissable : lorsqu’il parvient à maturité, les micro-organismes qui ont travaillé de concert à sa constitution ne représentent plus que 20 % de son volume. En milieu liquide, il lui suffit de 24 à 48 heures pour atteindre le stade de la maturité. Par ailleurs, une partie des micro-organismes rassemblés au cœur du biofilm retourne à l’état planctonique, parfois sous l’effet des contraintes environnementales, parfois de façon programmée : la création d’autres biofilms à plus ou moins grande distance garantit la pérennité des souches envahisseuses chez son hôte.

Ces emboles septiques peuvent alors gagner n’importe quel organe et provoquer des épisodes infectieux dramatiques, voire mortels, particulièrement lorsqu’ils concernent le cerveau.

Un risque inégalement partagé

Trois causes favorisent l’apparition et le développement d’un biofilm

1. Un défaut d’hygiène : alimentation trop riche en sucres rapides favorisant caries et parodontopathies ; utilisation de produits cosmétiques qui bouleversent les flores cutanée et vaginale, etc.

2. Une défaillance du système immunitaire en lien avec une pathologie préexistante ou son traitement : diabète de type 1 ou 2, sida, traitement immunosuppresseur...

3. Le port de n’importe quel dispositif médical : Plus de la moitié des infections nosocomiales relèvent de cette cause ! Lentilles de contact, valve de dérivation (en cas d’hydrocéphalie), valve cardiaque, dispositif intra-utérin (stérilet), pacemaker (le boîtier autant que la sonde), prothèse vasculaire ou orthopédique, cathéter veineux, péritonéal ou urinaire, fistule artério-veineuse (pour l’hémodialyse), matériel d’intubation trachéale, implants auditifs, intraoculaires ou mammaires, implants de stimulation neurologique...

Les biofilms sur dispositifs médicaux sont essentiellement d’un seul type de micro-organisme (bactérie ou champignon). Leur structure est beaucoup plus simple que celle des autres, composés de plusieurs espèces de micro-organismes. Structure simple ne veut pas dire facile à combattre, comme en témoigne le nombre important d'infections nosocomiales lié au port de dispositifs médicaux.

Des risques à plus ou moins long terme

Établir un lien de cause à effet entre l’existence d’un biofilm et l’émergence d’une pathologie n’est pas toujours facile.

S’il est aisé de rapporter la découverte d’une endocardite à la pose plus ou moins récente d’une valve cardiaque, la tâche est bien plus ardue pour discerner une relation entre une parodontopathie et la survenue de pathologies cardiovasculaires ou cancéreuses (notamment au niveau du côlon et du rectum), une corrélation pourtant avéré dans les recherches médicales.

Il est fort probable qu’au cours des prochaines années de nouvelles associations soient faites entre biofilm et bien d’autres maladies.

Un point sur les recherches

Nous assistons actuellement au développement de la microscopie confocale au laser in vivo (sans biopsie) : comme l’examen est focalisé sur un échantillon de petit volume, la coupe optique de 0,4 µm ainsi obtenue est d’une grande précision et permet d’identifier des biofilms qui passaient jusqu’alors inaperçus. De plus, c’est une méthode rapide (moins de 10 minutes) et indolore. Elle est aujourd’hui utilisée en ophtalmologie (affections des paupières et de la cornée, par exemple une kératite liée au port de lentilles) et en dermatologie (cancer). On envisage en parallèle de recourir au microscope électronique, qui permettrait de passer d’un grossissement compris actuellement entre 200 et 400 à un grossissement par 1 000. De même, on cherche à établir, pour chaque antibiotique, la concentration minimale capable d’éradiquer le biofilm (MBEC) constitué par une souche particulière.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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