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L’eau du robinet potable mais pas buvable

Article paru dans le journal nº 5 Acheter ce numéro
Eau

Notre eau est de plus en plus polluée. En France, seulement un tiers des réseaux souterrains est à l’abri de toute pollution. L’eau du robinet doit subir des traitements appropriés afin de satisfaire les critères de potabilité. Les normes sont révisées périodiquement en fonction des derniers progrès techniques et elles sont de plus en plus sévères. Pour autant, de grosses lacunes persistent.

Le risque microbiologique

Certes, dans nos pays développés on n’attrape plus le choléra, la typhoïde, la dysenterie bacillaire, en buvant l’eau du robinet. Pour autant, certaines infections persistent ou prennent de l’importance :

  • Des infections microbiennes comme les campylobactérioses, les salmonelloses, les colibacilloses, les yersinioses.
  • Des infections virales comme l’hépa­tite A, les gastro-entérites à rotavirus, calicivirus (notamment le virus de Norwalk, aux USA, où il est responsable de 40 % des gastro-entérites), adénovirus, astrovirus…
  • Des intoxications par la libération de toxines résistant aux traitements habituels de l’eau et relarguées par les cyanobactéries lors de leur mort naturelle ou chimique, notamment suite à un traitement préventif de l’eau ! Ces cyanobactéries – longtemps considérées comme des algues bleues – se sont développées au cours des dernières décennies du fait de l’enrichissement des eaux de surface en phosphates et en nitrates.

Les causes de la contamination

Les accidents de contamination microbienne et de pollution chimique de l’eau du robinet sont aujourd’hui fréquents. À cela plusieurs raisons :

  • La couche de protection des nappes souterraines est trop mince. Elle ne peut éviter la survenue de pollution venant de l’extérieur.
  • À ce jour, certaines régions ne disposent pas d’installations aux normes tant du fait de leur vétusté que de l’immobilisme des responsables locaux.
  • Les épandages agricoles – de plus en plus fréquents – interdisent toute possibilité de régénération profonde de la terre.
  • De nombreux sols sont encore aujourd’hui pollués par des sites industriels depuis longtemps désaffectés.
  • L’utilisation d’eau chaude du robinet pour la préparation des biberons, pour la cuisson des aliments ou encore pour la reconstitution d’aliments lyophilisés, favorise la pullulation microbienne.
  • Les installations de traitement ne sont pas toujours adaptées : outre les traitements chlorés, une filtration de plus en plus fine devrait être installée au niveau des « unités de distribution ». La filtration sur sable complétée par une filtration par membrane, de préférence par nanofiltration est la seule capable d’empêcher le passage des virus (notamment ceux de l’hépatite A et de Norwalk).
  • Les dérogations à la limitation spatiale du nombre de porcs dans les porcheries, la poursuite d’une production intensive de maïs et de céréales, les cultures au ras des rivières, toutes ces pratiques qui font des ravages sont toujours d’actualité.

Le risque chimique

C’est le risque le plus complexe et qui pose le plus de problèmes.

La teneur de l’eau en plomb est amenée à diminuer progressivement d’ici à 2013 pour ne pas dépasser 10 µg/l. Mais l’application de cette nouvelle norme s’annonce difficile car outre le plomb provenant du réseau de distribution, il faut tenir compte des soudures à l’étain, de robinets en laiton ou/et de tuyaux en plastique, autant de composants fabriqués à partir de stéarate de plomb. Aussi, faut-il continuer à être vigilant notamment pour la population enfantine beaucoup plus sensible puisqu’elle stocke jusqu’à 50 % du plomb ingéré alors que la population adulte n’en retient « que » 10 %.

La pollution par arsenic pose un autre problème. Sa concentration maximale admissible, bien que très basse, ne peut permettre d’assurer l’innocuité d’une telle eau de boisson.

Actuellement, plus de 700 pesticides sont utilisés en France. Pas étonnant : notre pays est le troisième producteur mondial de pesticides mais surtout le premier utilisateur en Europe. Parmi les produits, les plus fréquemment retrouvés, on peut citer l’atrazine, la simazine et le lindane (bien que celui-ci soit interdit !).

D’autre part, certaines de ces substances (des plastifiants comme le bisphénol et les phtalates des films alimentaires, les surfactants des lessives et nombre de produits phytosanitaires) se comportent comme des xénohormones. Bien que leur pouvoir soit de 100 à 10 000 fois plus faible que celui de l’hormone physiologique, on suspecte un impact à long terme sur les organes génitaux et la spermatogenèse. Des programmes de recher­che à grande échelle sont menés dans plusieurs pays… sauf en France.

Le traitement des eaux lui-même, réalisé à base de chlore, engendre la production de multiples dérivés potentiellement toxiques. Deux classes sont à surveiller particulièrement. Les trihalométhanes (ou THM) ont une grande affinité pour les tissus riches en acides gras (tissu adipeux, cerveau, foie, reins) où ils sont métabolisés. Leur toxicité est variable.

Le chloroforme qui en fait partie est un dépresseur puissant du système nerveux central. De même que le bromodichlorométhane, tous deux sont considérés comme de possibles substances cancérigènes. Les chloramines sont égale­ment des produits très toxiques. Certaines d’entre elles sont susceptibles d’induire des mutations au niveau des gènes, de générer des tumeurs chez l’embryon et à un âge plus tardif, des cancers.

Quant au chlore persistant dans l’eau de boisson, il détruit la flore intestinale et inactive les enzymes responsables de la digestion des aliments. De même, le traitement de l’eau du robinet par l’ozone génère aussi des sous-produits notamment bromés.

Les nitrates doivent leur toxicité à leur transformation en nitrites en présence de bactéries. La teneur maximale actuellement retenue pour l’eau de boisson est de 50 mg/l. Certes ce n’est qu’aux environs de 100 mg/l que les nitrates transformés en nitrites peuvent induire une méthémoglobinémie (l’oxygène n’est plus transporté en quantités suffisantes dans le corps), mais aujourd’hui environ 2 millions de personnes en France consomment une eau dont la teneur en nitrates est supérieure aux 50 mg/j. À long terme, la transformation des nitrates en nitrites en présence de résidus aminés et en milieu acide comme dans l’estomac, expose à la formation de nitrosamines, composés mutagènes et cancérogènes.

Les sels d’aluminium utilisés lors du traitement de l’eau comme coagulants des matières organiques en suspension sont suspectés d’être impliqués dans la genèse de la maladie d’Alzheimer. Interdits aux USA, ils sont toujours autorisés en France.

Enfin, outre les pollutions qui font l’objet d’une surveillance, il en existe d’autres. Celles-ci ne sont pas considérées dans le cadre strict de l’eau de boisson, mais elles sont potentiellement aussi dangereuses.

Il s’agit notamment de la pollution par les phosphates. En excès, ils induisent la prolifération de certaines algues et l’enri­chissement excessif des eaux des lacs et des rivières en matières organiques ce qui perturbe la vie aquatique.

Afin de lutter contre ces rejets, des détergents sont maintenant utilisés. Parmi ces détergents, certains contiennent des silicates ou des carbonates qui ont pour inconvénient d’augmenter le degré d’alcalinisation de l’eau.

Par ailleurs, outre le plomb, on constate également une pollution provenant d’autres métaux lourds. Il s’agit de rejets de cadmium, de lithium et de mercure provenant soit de l’agriculture conventionnelle, soit de l’industrie (électronique, électricité, automobile). À considérer également, des taux trop élevés de chrome, de cobalt et de fer, potentiellement toxiques. En France, les régions du Nord et de l’Est, le bassin de la Seine et la région Rhône-Alpes sont concernées.

Les résidus de médicaments, jamais mesurés

La pollution des eaux par les rejets de médicaments est un problème qui n’est toujours pas pris à sa juste mesure. Un tiers environ des 3 000 molécules commercialisées est fabriqué sous forme liposoluble et pénètre donc au cœur des cellules.

De plus, lorsque ces médicaments sont excrétés dans l’environnement, ils polluent la chaîne alimentaire. Si jusqu’à présent, seules sont disponibles des études portant sur différentes races d’animaux qui changent de sexe et connaissent une réorganisation sociale complète avec baisse de la fertilité et donc risque de disparition de l’espèce à plus ou moins brève échéance, il est justifié de penser que des phénomènes équivalents puissent toucher l’homme. Outre les pesticides plastifiants et détergents jusque-là mis en cause, les œstroprogestatifs (pilules contraceptives) sont aujourd’hui fortement suspectés des mêmes effets.

À côté de ces produits à pouvoir hormonal, de très nombreux autres médicaments de synthèse sont retrouvés dans l’eau du robinet.

Ainsi, des traces de 9 analgésiques, de 7 bêtabloquants, de 6 agents de contraste aux rayons X, de 5 antibiotiques, de 3 hypolipémiants, de 2 anticancéreux, d’un antiépileptique, d’un tranquillisant ont été relevées dans les effluents de 49 stations d’épuration allemandes. Pourtant, les traces de médicaments ne sont pas prises en compte dans les mesures de la pureté de l'eau du robinet.

Le risque physique

Les eaux filtrées dans des sols granitiques, riches en radon et leurs dérivés, sont sources de pollution radioactive. Elles ne devraient plus être considérées comme potables. Enfin, malgré toutes les améliorations récentes le système de distribution par canalisation est fragile. Il reste très sensible aux intempéries et aux changements climatiques. Ainsi, dans chaque préfecture, le service des eaux sait combien certaines stations sont régulièrement victimes de pollution pouvant entraîner des épidémies de gastro-entérite.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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