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"L’addiction au sucre
est mésestimée"
s'alarme Denys Coester

Début XXe siècle, on consommait en France par an et par habitant à peine un kilo de sucre. On dépasse aujourd’hui les trente kilos. Le sucre est partout et son pouvoir addictif avéré par de nombreuses études scientifiques. Un pouvoir assez puissant pour que Denys Coester, médecin anesthésiste et hypnothérapeute propose une méthode pour en décrocher, comme on décroche d’une drogue.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Talmont

Alternative Santé. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Denys Coester. Je pratique l’hypnose depuis 2006. Je m’y suis intéressé pour traiter les douleurs et l’anesthésie. Il y a sept ou huit ans, un peu par hasard, j’ai aidé une collègue qui souhaitait arrêter la cigarette. C’était la première fois que j’appliquais l’hypnose pour autre chose que la douleur. Il s’est avéré que ça a parfaitement fonctionné. Du coup, je me suis plongé dans l’arrêt du tabac et j’ai découvert que l’addiction à la cigarette est aussi une addiction au sucre.

A. S. Comment ça ?

<payant>

D. C. C’est le neurobiologiste et directeur de recherches à l’Inserm, Jean-Pol Tassin, qui a avéré que la nicotine seule ne rend pas dépendant, contrairement à ce que tout le monde affirme. Les fumeurs sont plus accros au sucre contenu dans la cigarette qu’à la nicotine. Sans sucre, les cigarettes seraient parfaitement infumables. C’est via ­l’addiction à la cigarette que j’ai pris conscience que l’addiction au sucre était mésestimée, peu étudiée alors qu’elle est très puissante.

A. S. Vous rappelez dans votre ouvrage que notre consommation de sucre est passée de moins de 1 kilo à 30 kilos en une cinquantaine d’années. Comment expliquer cette explosion de la consommation du sucre ?

D. C. Par l’industrie agroalimentaire et les plats industriels. Dans toutes ces préparations, il y a des exhausteurs de goûts qui sont du sucre. On n’en parle pas assez, mais j’aime citer le matraquage de ­l’industrie du sucre contre l’industrie du gras. Vous voyez partout des produits industriels à 0 % de matière grasse. Les deux seules choses qui donnent du goût aux aliments, c’est le gras et le sucre. Si vous retirez du gras à un aliment, il faut rajouter du sucre pour qu’il soit appétissant. Ce qui est bien pire encore.

A. S. Comment se fait-il qu’en mangeant des plats industriels on atteigne moins vite la sensation de satiété. Comment joue le sucre sur la satiété ?

D. C. Le sucre appelle le sucre. Quand vous prenez un produit industriel dont l’index glycémique est élevé comme la farine blanche raffinée, vous allez avoir un pic d’insuline extrêmement rapide. Qui dit pic d’insuline rapide et excessif dit hypo­glycémie ­réactionnelle. Qui dit hypo­glycémie dit sensation de faim. De plus, les pics d’insuline à répétition ont pour première conséquence la résistance des cellules à l’insuline et c’est la porte ouverte à des maladies comme le diabète ou le syndrome métabolique.

A. S. Vous dites que le gras est source d’énergie. C’est plutôt à contre-courant de ce que l’on entend en général. Pouvez-vous nous expliquer ces points ?

D. C. En tout premier point, ­effectivement le cerveau est le principal consommateur de sucre. Mais ce n’est pas une raison pour manger du sucre. C’est notre foie qui fabrique le sucre essentiel à notre cerveau à partir du glycogène. Il transforme des graisses en sucre. Les produits de dégradation des lipides entrent dans le cycle de Krebs. Ce cycle est une voie métabolique par laquelle un organisme peut produire de l’énergie à partir des nutriments. Autre exemple, une personne qui fait un jeûne de trois jours ne souffre jamais ­d’hypoglycémie. Et c’est logique puisque son foie est tout à fait en mesure de fabriquer du sucre à ­partir de la graisse.

A. S. Vous le soulignez, on brandit souvent l’argument de l’hypo­glycémie pour soutenir la consommer du sucre. Mais quels en sont les réels besoins ?

D. C. Pour faire simple, tous les sucres à index ­glycémique bas sont bons pour notre santé parce qu’ils apportent l’énergie nécessaire à l’organisme. Les sucres à index ­glycémique haut sont de vrais ­poisons. Quant aux besoins en sucre, on peut n’en manger aucun. C’est ce que propose le régime cétogène où l’on ne mange que des lipides et des ­protéines. Ceux qui ont adopté ce régime ne font jamais d’hypo­glycémie. Mon ­leitmotiv, c’est de rappeler que notre corps à 50 000 ans et qu’on lui inflige des habitudes alimentaires qui ont à peine cinquante ans. Concrètement, le matin, notre corps a un relargage de cholestérol et de graisse dans le sang qui nous permet de faire à peu près 20 kilomètres de marche à jeun. Ces 20 kilomètres ­correspondaient au périmètre que nos ancêtres parcouraient pour trouver de la nourriture.

A. S. Nous disons que le sucre a des profils très variés. Pouvons-nous aborder à présent le portrait-robot du sucre ?

D. C. Le sucre le plus intéressant pour le corps est incontestablement celui des fruits. C’est celui dont le corps a le plus besoin, si l’on parle de sucre rapide, même si je n’aime pas trop ce terme, parce qu’on a tendance à classer le sucre en poudre en sucre rapide et le pain en sucre lent, ce qui est ­complètement faux. On sait aujourd’hui qu’une baguette à un index glycémique presque semblable à celui du sucre.

A. S. Petite parenthèse, pouvez-vous rappeler ce qu’est l’index glycémique ?

D. C. L’index glycémique correspond à la vitesse d’augmentation du taux d’insuline après avoir ingéré un sucre. On considère que le glucose, le sucre blanc en somme, est à 100 – ce qui est le maximum –, et sur cette base on détermine l’index glycémique des aliments. Prenons les fruits. Les cassis, fraises, cerises, framboises, mûres, myrtilles ont un index glycémique très bas, se situant à 15 pour le cassis et 25 pour les autres baies. Une banane, un melon c’est 60, les raisins secs, les ananas en boîte c’est 65, les dattes c’est 70 et ça monte à 75 pour la pastèque. Reprenons l’exemple du pain blanc, type baguette, il a un index glycémique de 90, le pain complet type Montignac a un index glycémique de 35. La cuisson ou la température joue également un rôle sensible sur l’index glycémique d’un même produit. Prenez le pain complet. Il a un IG de 65. Mais si vous le grillez, il passe à 45. Idem pour les spaghettis blancs raffinés que vous trouvez dans le commerce, une cuisson al dente abaisse l’index glycémique à 40 alors que si vous les faites trop cuire, l’index glycémique se situe autour de 55.

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A. S. En vous lisant, on croirait que nous sommes tous très dépendants au sucre. ­Comment se joue cette dépendance ?

D. C. Premier point : de nombreuses études ont révélé que le sucre était plus addictif pour le ­cerveau que certaines drogues comme la cocaïne. Cette dépendance agit autant physiquement que ­psychologiquement. Pour ce qui concerne la dépendance ­physique, il a été démontré que le sucre activait le circuit de la ­dopamine au niveau du cerveau. Pour la dépendance ­psychologique, j’évoquerai les exemples de ­matraquage ­publicitaire et les ­attitudes ­culturelles qui consistent à récompenser ou à punir les enfants en leur donnant un bonbon s’ils ont été sages. Dans mon livre, mon souci a été de proposer des ­solutions concrètes pour le corps et l’esprit afin de résoudre les dépendances physique et ­psychologique. Cette dernière est prise en charge par les exercices d’autohypnose et la dépendance physique sera accompagnée par les conseils en ­nutrition, en micro­nutrition et en explication des problématiques d’index glycémique.

A. S. Vous p­roposez au lecteur de se tester par le biais de questionnaires. Ainsi, vous lui suggérez d’évaluer ses carences en dopamine et en sérotonine. À la lecture de ces questionnaires, on pourrait croire que vous évaluez l’état dépressif. ­La dépendance au sucre et la dépression sont-elles liées ?

D. C. Oui, elles sont tellement liées qu’il est difficile de savoir qui de l’oeuf ou de la poule est apparu en premier. Il est très difficile de savoir si c’est le taux de sérotonine qui fait apparaître la dépression ou si c’est la dépression qui abaisse le taux de sérotonine. Ce qui est certain en tout cas, c’est que pour traiter la dépression, on fait du « corps esprit ». Pour traiter l’esprit, on propose une psychothérapie et pour le corps on va traiter chimiquement le manque de sérotonine avec des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine comme le Prozac. Ces molécules vont permettre une ­augmentation du taux de sérotonine en empêchant sa destruction par le cerveau.

A. S. Vous proposez des aliments capables de soutenir la production de sérotonine et de dopamine : amande, avocat, riz complet, œuf, volaille. Ce n’est pas un peu trop simple ?

D. C. Mais c’est simple ! On sait très bien que les oeufs contiennent de la tyrosine qui est un précurseur de la dopamine et qui en stimule sa production. Il suffit de deux oeufs le matin pendant une semaine pour rééquilibrer sa dopamine.

A. S. Pour en donner une ­définition, vous listez tout ce que ­l’hypnose et l’autohypnose ne sont pas…

D. C. Si vous demandez à 50 hypnothérapeutes quelle est la définition de l’hypnose, vous obtiendrez 50 définitions différentes. C’est pourquoi, je fais mienne la définition établie par la Société française d’anesthésie : « La pratique ­hypnotique est l’application d’une technique relationnelle qui cherche à séparer le patient de la réalité environnante pour ­l’immerger dans un changement suggéré à l’imagination afin de procurer dans le cadre de l’anesthésie, une analgésie ou une anxiolyse ». Il s’agit d’une ­technique relationnelle. Même dans le cadre de l’auto­hypnose, on établit une relation à soi. Si on se répète des phrases, si on se motive ou si on se mésestime, on établit un dialogue intérieur. Quant à l’imaginaire, c’est la clef pour moi. J’aime à dire que ­l’hypnose est la thérapie par l’imaginaire. Il faut comprendre que le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire. On le constate très nettement avec les rêves. Quand vous vous réveillez en plein rêve, il vous faut quelques instants pour réaliser si vous êtes encore dans le rêve ou dans la réalité. Cet effort est dû au fait que le ­cerveau ne fait pas la différence entre les deux mondes.

A. S. L’autohypnose est-elle loin de la méthode Coué ?

D. C. Pas du tout. Émile Coué a été largement considéré comme un guignol en France pour une raison simple. Il n’était, aux yeux de ses pairs, qu’un petit pharmacien. Mais sa méthode est ­excellente. Quand il l’a présentée, tout le monde s’en fichait en France, alors qu’elle a fait un triomphe en Suisse, en Grande-Bretagne et ­surtout aux États-Unis. La plus grande ­association mondiale d’hypnose, la National Guild of Hypnotists (NGH), a d’ailleurs adopté ce slogan, « À tous points de vue, je vais de mieux en mieux » qui est la phrase clef de la méthode Coué.

 

En savoir plus :

  • A lire :

Zéro sucre grâce à l'auto-hypnose, du Dr Denys Coester, éd. Larousse, 224 pages, 14,95

Les secrets d'une bonne immunité, des Drs Valérie et Denys Coester, éd. Albin Michel, 224 pages, 17,90

  • A consulter :

Le site de Denys Coester : https://www.hypnose-sante.fr/

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