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L’effet nocebo, quand le remède devient nocif.

Article paru dans le journal nº 70 Acheter ce numéro
  • L’effet nocebo, quand le remède devient nocif.

Alors que nous avons consacré un dossier au placebo (n° 68), il nous semblait crucial de nous atteler sur son pendant négatif, le nocebo. Pourquoi crucial ? Parce que ce concept récent et très peu traité pourrait être au cœur des maladies iatrogènes, maladies occasionnées par un traitement médical.

Si le mot placebo trouve ses origines dans des textes anciens, le mot nocebo est une création récente, apparu en 1961, sous la plume de W. P. Kennedy. Construit sur le même modèle que placebo, première personne du futur du verbe latin placere et qui signifie «  Je plairai. », nocebo, issu du verbe nocere, veut dire : «  Je nuirai. »

Nocebo est rarement utilisé seul, pourtant toute substance toxique est réellement un «  objet nocebo » . On parle plus souvent d’effet nocebo qui qualifie l’effet négatif d’une action comme placebo en qualifie l’effet bénéfique.

Dans l’univers des soins, l’effet nocebo exprime le décalage entre l’effet bénéfique attendu d’un traitement et l’effet observé : moindre et/ou nocif. Par exemple, à l’occasion d’une poussée d’arthrose, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) est prescrit, mais quelques semaines plus tard, non seulement les douleurs sont insuffisamment calmées, mais survient un infarctus du myocarde. Ici, l’effet nocebo se présente sous ses deux aspects. D’abord, une efficacité moindre que celle qui était escomptée. Ensuite, une toxicité nette pouvant aller jusqu’au décès prématuré, si l’évolution de l’accident cardiaque est défavorable.

Un traitement, ce n’est pas seulement le médicament, l’intervention chirurgicale, l’implantation d’aiguilles d’acupuncture. C’est aussi les attitudes, les mots qui accompagnent sa prescription et son administration. C’est en clair une prise en charge, un climat que le praticien sait transmettre à son patient. Tout médecin qui doute de l’efficacité, ou redoute les effets indésirables du traitement qu’il recommande, induit un effet nocebo.

Un principe en désuétude ?

«  Primum non nocere, deinde curare » (avant tout, ne pas nuire, ensuite soigner) est une des premières notions que reçoit tout nouvel étudiant en médecine. Hippocrate, l’auteur de cette célèbre maxime, était donc déjà conscient de l’impact possiblement négatif de toute intervention à but thérapeutique. Aujourd’hui, il est courant d’entendre qu’il n’existe pas de traitement efficace sans effets indésirables. Corollaire de cette croyance, la recherche d’une balance positive entre effets bénéfiques et effets indésirables. L’autorisation de mise sur le marché est à ce prix, mais est-ce réellement satisfaisant pour le patient que chacun de nous sera un jour ou l’autre ? La sévérité de certains effets indésirables pose question !

Il n’y a pas de réponse toute faite. Elle ne peut être que le fruit d’une réflexion personnelle. Nous espérons que ce dossier vous apportera suffisamment de clarté.

Soignant / soigné, une relation à double sens

Parole 
 « sans conscience n’est que ruine 
de l’âme »…… aurait pu dire 
le Dr François Rabelais (1494-1553) car 
– fait facile à vérifier – toute parole comme toute attitude sans conscience est potentiellement porteuse d’un effet nocebo. D’abord 
chez le destinataire, puis chez l’émetteur qui, inévitablement, 
en reçoit l’effet boomerang. Comme son patient, le soignant est un être humain sensible, vulnérable. Comme son patient, il a besoin de recevoir des signes de reconnaissance positifs. Comme son patient, il a rarement appris à gérer ses émotions négatives et ses pensées limitantes – c’est bien là d’ailleurs une des principales failles dans la formation des professionnels de santé –, il est donc très sensible aux effets placebo et nocebo inhérents à chaque communication, qu’elle soit verbale ou non. Ainsi, comme le praticien a l’obligation de prendre soin de son patient, le patient a, en retour, l’obligation de prendre soin de son soignant.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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