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Regard sur le placebo : au-delà des préjugés

Article paru dans le journal nº 68 Acheter ce numéro
  • Placebo : au delà des préjugésPlacebo : au delà des préjugés

« Je plairai », est le sens étymologique du mot placebo. De cette conjugaison du verbe latin placere est issu un effet des plus étranges : l’amélioration de l’état d’un patient avec une substance n’ayant pas d’efficacité propre. Depuis qu’il a pénétré le monde médical, ce stratagème et les conditions qui lui sont liées ne cessent d’interpeller le monde scientifique tant ils échappent aux investigations.

La première utilisation du mot placebo remonterait à la traduction de la Bible en latin par le moine Jérôme de Stridon (345 – 420). Il s’agissait alors d’intervenir auprès du Seigneur afin de sauver son âme de la mort éternelle. « Placebo Domino… » (« Je plairai au Seigneur… »), écrivait ce père de l’Église. Rapidement, un autre sens s’imposa, celui de plaire à Dieu pour qu’il entende et exauce la prière de guérison.

Il faut attendre 1785 pour que le mot investisse la médecine en tant que « substance dénuée de toute efficacité pharmacologique, mais pouvant agir par un mécanisme psychologique chez certains patients (effet placebo) », rappelle Jacques Quevauvilliers dans son Dictionnaire médical avec atlas anatomique (2009).

Le placebo, présenté comme efficace

Aujourd’hui, selon une première approche, le placebo est un stratagème utilisé par le soignant pour induire un effet thérapeutique chez certains patients. Il repose sur le recours à un(e) procédé/substance présenté(e) comme efficace, mais dénué(e), en réalité, de toute activité reconnue par la science. Dès lors, son efficacité ne dépendrait que de l’activation de mécanismes psychologiques particuliers. Dans ce cadre, le placebo est un simulacre de traitement ayant un certain effet thérapeutique sur les sujets sensibles à ce type de suggestion.

Mais qu’est-ce qu’un médicament efficace ? C’est une substance dont l’effet thérapeutique est nettement supérieur à l’effet thérapeutique du placebo auquel il est opposé, ou du médicament de référence actuel. Aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique peine à trouver de nouvelles molécules passant ce test.

L’effet placebo, une amélioration réelle reposant sur un « faux »

Quant à l’effet placebo, c’est une amélioration observée chez un patient alors qu’en toute logique, aucun mieux n’était attendu. Toutefois, cet effet ne suit pas uniquement l’administration d’un stratagème placebo. En effet, lors d’essais menés pour évaluer l’intérêt d’une nouvelle substance médicamenteuse, les chercheurs sont régulièrement confrontés à l’écart entre l’effet thérapeutique qu’ils enregistrent et celui qu’ils escomptaient à partir des données pharmacologiques qu’ils possèdent sur cette substance. Aucun produit n’y échappe, de sorte qu’il est aujourd’hui établi que tout médicament, même le plus actif, recèle un « pouvoir » ou un « effet » placebo.

En d’autres termes, le contexte dans lequel la relation singulière entre le patient et son médecin se déroule réunit parfois les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’un processus thérapeutique sine materia se mette en action et produise des effets quasi miraculeux. Que ce soit en laboratoire ou en clinique, l’importance de l’effet placebo est loin d’être négligeable : selon la pathologie étudiée, il concerne 30 à 60 % des patients pris en charge médicalement.

Des ressorts toujours mystérieux

Un placebo peut donc revêtir différents aspects : celui d’une préparation pharmaceutique – la forme la plus utilisée –, celui d’une injection (principalement intramusculaire), celui d’une intervention chirurgicale ou celui d’une simple suggestion verbale.

Pour ajouter au trouble, il est impossible ici de savoir à quel mécanisme revient toute amélioration de l’état du patient. Au médicament prescrit ? À l’effet placebo de celui-ci ? Aux suggestions de la part du corps soignant ? Ou encore à la régression naturelle du trouble, voire à la guérison spontanée ?

C’est dire si tout chiffrage en matière de placebo n’est tout au plus qu’une approximation, et en aucun cas une donnée « scientifique » viable, établie et définitivement incontestable. Une seule certitude perdure : aussi bizarre qu’il paraisse, l’effet placebo fait véritablement partie de la panoplie de tout bon thérapeute.

Médicament ou placebo, un lien commun avec l’esprit

Le mot médicament est né de la juxtaposition de deux mots latins, medicare (donner des remèdes) et mens (esprit). À l’origine, un médicament était un remède de l’esprit. À sa façon, le placebo répond à ce cahier des charges.

Dans les temps anciens, une sagesse – dont nous avons aujourd’hui perdu le parfum – participait de la création des mots : leurs inventeurs connaissaient leur portée, bonne ou mauvaise. Même si, de nos jours, nous n’en sommes plus conscients, le mot est toujours jeteur de sort.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’effet que nous fait le moindre commentaire sur la qualité de notre travail. Tant qu’on n’a pas fait un travail sur soi jusqu’à devenir maître de ses émotions, l’Autre a tout pouvoir sur le devenir immédiat de notre état intérieur. Il décide de notre bonheur ou de son contraire.

Source

Site de deux lycéens, réalisé en 2004-2005, sur l’effet placebo :
http://leffet.placebo.free.fr/index.htm

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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