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Le corps médical face
à l’effet placebo

Article paru dans le journal nº 68 Acheter ce numéro
  • Le corps médical face à l’effet placebo

Alors que l’industrie pharmaceutique use de l’effet placebo pour stimuler ses ventes et que la recherche s’en sert pour tester des molécules, le médecin, quant à lui, est beaucoup plus réticent à recourir à ses services. Les raisons d’un tel comportement sont multiples. Nous en citons quelques-unes ci-dessous.

Comme il n’est pas reproductible d’une expérimentation à l’autre, l’effet placebo n’est pas prévisible, et ce, tant dans son spectre d’activité (pourcentage de sujets répondeurs) que dans son intensité (chez les sujets répondeurs). Sa participation à toute expérimentation sur le vivant introduit donc un élément d’incertitude dans la validité des résultats.

Même le modèle dont la recherche médicale se sert comme référence – l’étude randomisée « en double-aveugle » ou « en double insu » (lire ci-dessous) –, n’y échappe pas. Pour les tenants d’une légitimité de la médecine moderne reposant sur des bases scientifiques, ce fait est des plus déstabilisants.

Le placebo et l’étude randomisée « en double-aveugle »

Pour que les résultats d’une étude servent à l’élaboration de recommandations applicables au plus grand nombre, la recherche médicale vise à prendre en compte le mieux possible l’infinie diversité des êtres humains. C’est pourquoi, depuis 1951, elle préfère l’étude « randomisée en double-aveugle » à tout autre type d’études.

Dans ce cadre, on divise une population en deux groupes relativement semblables ; on soumet le premier à un produit dont on cherche à établir l’efficacité et le second à un placebo. Produit testé et placebo sont présentés sous la même forme et donnés dans les mêmes conditions.

La nature de ce qui est administré n’est connue ni du patient ni même du soignant qui l’administre, et n’est révélée qu’en fin d’étude. La molécule testée ne sera reconnue efficace que si la probabilité que la différence observée dans les deux groupes soit uniquement le produit du hasard est inférieure à 5 %.

Les médecins manquent de formation à la psychologie

La qualité d’une relation interpersonnelle dépend de la qualité des messages – verbaux et non verbaux – envoyés par chaque partie. Dans la relation qu’est celle du patient à son soignant, il importe que le second réponde aux attentes du premier puisque cela fait partie, certes de façon implicite, du contrat qu’est toute consultation.

La qualité des messages du soignant au patient colore leur relation (de confiance ou de méfiance) et détermine le climat intérieur du second (apaisement ou aggravation de ses émotions). La relation thérapeutique n’est donc jamais neutre, et l’effet placebo doit faire partie du processus de guérison.

L’utilisation secrète du placebo questionne l’éthique

Dans une relation de confiance d’un patient à son soignant, l’utilisation du placebo par le second sans en informer le premier est-elle éthique ? Au premier abord, non : c’est tricherie que de recourir à une substance neutre en prétendant que c’est un principe actif, voire des plus actifs, pour le problème qui a conduit à consulter.

Mais à y regarder de plus près, la réponse est oui : en effet, une des principales causes de l’installation de la maladie dans la chronicité est la perte de contact du patient avec le pouvoir autoguérisseur inscrit au plus profond de lui. Ce que permet le placebo…

Dès lors, le cadre de prescription du placebo est aussi précis que celui de toute substance aux propriétés pharmacologiques bien établies. Le Dr Patrick Lemoine résume la situation ainsi : « La médecine est bien ce combat ou cette farce à trois personnages : le médecin, le malade et la maladie. »

Plaidoyer pour le placebo

Le placebo peut être source de grands bienfaits. Pour le patient, mais aussi pour celui qui le soigne : le recours à un tel remède devient une opportunité de satisfaire son besoin légitime d’efficacité, « nutriment » essentiel à l’estime de soi et au sentiment d’être bien à sa place.

Pour ce faire, il est indispensable que le médecin investisse le placebo du même pouvoir thérapeutique que tout autre médicament. Cela implique qu’il ait préalablement approfondi ses connaissances sur la nature de ce stratagème, sur ses différents effets bénéfiques comme ses éventuels effets indésirables. Puis, qu’il ait appris l’art de l’introduire dans sa relation au patient. Toute une éducation !

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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