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Le safran ne lutte pas seulement contre la dépression

Article paru dans le journal nº 11 Acheter ce numéro
  • Le safran ne lutte pas seulement contre la dépression

Dans l’Antiquité, le safran était déjà préconisé pour soulager les tourments de l’âme. Depuis, ses différents principes actifs ont été identifiés. Outre ses effets sur la dépression, on découvre son potentiel dans certaines maladies dégénératives (Alzheimer, DMLA) ou métaboliques (diabète). L’épice légendaire n’a pas encore révélé tous ses mystères…


[Actualisé le 25/10/2018]

Le safran, l’épice la plus chère au monde, est issue des trois stigmates de la fleur, et il faut 150 000 fleurs pour obtenir un kilogramme de stigmates secs. Bien que très prisé en cuisine ou comme colorant, c’est avant tout son usage thérapeutique millénaire qui en fait une épice hors du commun.

En médecine antique, le safran était renommé pour son action sur l’appareil urinaire, dans le traitement de certaines formes de rhumatismes ainsi que pour ses effets sur le moral et la sexualité. Les Égyptiens et les Perses l’utilisaient également comme aphrodisiaque, comme antidote aux empoisonnements, comme stimulant digestif ou encore comme tonique contre la rougeole ou la dysenterie.

En Europe, il était employé au Moyen Âge pour traiter des affections aussi diverses que les maladies respiratoires, la variole, la scarlatine, l’insomnie, les troubles cardiaques, les hémorragies ou la flatulence.

Le safran contre la dépression

Plus récemment, les chercheurs se sont intéressés à ses propriétés neurologiques. De nombreux essais cliniques ont montré l’efficacité de de « l’or rouge » concernant la dépression. L’une d’entre elles, effectuée en Iran durant six semaines sur 40 patients, l’a mis en rivalité avec la fluoxétine, la molécule du Prozac.

Or, sur ces patients atteints de dépression modérée (fatigue, lassitude, dépréciation de soi, pessimisme…), le safran s’est révélé aussi efficace que le médicament, et sans effet secondaire. Deux autres méta-analyses confirment ces propriétés et une efficacité équivalente aux antidépresseurs de référence, sur la dépression légère à modérée (six études compilées) mais également sur la dépression sévère (sept études compilées).

On le sait, la dépression et la baisse du désir sont liées. C’est particulièrement le cas avec l’usage d’antidépresseurs de type IRSS, qui augmentent la probabilité de dysfonctionnements sexuels. Ici le safran, qui a été de longue date été considéré comme un aphrodisiaque, tire son épingle du jeu. Non seulement il n’impacte pas la sexualité négativement, mais plusieurs études cliniques suggèrent qu’il peut au contraire aider à retrouver une activité sexuelle plus fluide (désir, détente musculaire, lubrification chez les femmes, érection chez les hommes). 

En plus de son efficacité sur la dépression, l’épice présente des effets positifs sur l’anxiété et les troubles du sommeil. Est-ce du fait de son impact sur la sphère neuro-psychologique que le safran, comme le montrent deux autres études, aide à la perte de poids en diminuant la tendance au grignotage et atténue le syndrome prémenstruel ?

C’est sans doute plus compliqué que ça. Car si l’on sait que les effets antidépresseurs du safran sont en partie attribuables à sa modulation de la sérotonine et de la dopamine (deux neuromédiateurs dont la carence serait à l’origine de certains états dépressifs), l’épice iranienne possède également des effets antioxydants, immunitaires, anti-inflammatoires et neuroprotecteurs plus larges.

Alzheimer, DMLA, diabète : un antioxydant pour aller mieux

On l’ignore encore trop souvent, mais les maladies dégénératives et cardio-vasculaires ont une importante dimension inflammatoire et oxydative. C’est pour cela que le safran a été testé sur un ensemble de pathologies auxquelles on n’associe pas spontanément cette épice, comme la maladie d’Alzheimer.

Une étude montre qu’une supplémentation en safran (15 mg, deux fois par jour) augmenterait – dès seize semaines et davantage qu’un placebo – les capacités cognitives des patients, tandis que deux autres études montrent une efficacité du safran équivalente à deux médicaments anti-Alzheimer, le Donepezil et le Menantine. Pour la maladie de Parkinson, les recherches sont encore balbutiantes (études in vitro et animales), mais prometteuses. 

Autre maladie dégénérative touchant de plus en plus de monde : la dégénérescence maculaire liée à l'âge, dont la survenue est très liée au stress oxydatif et à l’inflammation chronique. Une étude sur 100 participants avec des DMLA modérées a montré que trois mois de supplémentation (20 mg par jour) améliorent la fonction visuelle de manière modeste mais significative. Étant donné la nature chronique et graduelle de la DMLA et l’absence d’effets indésirables du safran, les auteurs suggèrent qu’une supplémentation à long terme serait encore plus bénéfique.

Enfin, selon des études in vitro et animales, le safran s’avère prometteur dans la prévention des pathologies induites par le diabète (maladies dégénératives, troubles psy), tout en stimulant la production d’insuline par le pancréas, aidant donc à la régulation de la glycémie. 

Un mélange opportun

Il existe de nombreux produits à base de safran, mais la plupart d’entre eux, en raison du prix de cette épice, ont une concentration insuffisante pour provoquer un quelconque effet. D’autres n’utilisent qu’un seul de ses principes actifs (safranal, crocine, crocétine, picrocrocine, mangocrocine, lycopène, zeaxanthine), alors que la synergie et le juste équilibre de tous ces composants semble le plus efficace.

Dans les cas de dépression, les études citées précédemment ont utilisé des posologies de l’ ordre de 30 mg de safran par jour. Les premiers effets se font sentir au bout de quinze jours. Le safran peut également aider au sevrage des antidépresseurs allopathiques.

Après avis du médecin et sous sa supervision, une des stratégies possibles consiste à prendre progressivement du safran et, au bout de 21 jours, de diminuer l’antidépresseur d’un quart de dose tous les quinze jours, tout en continuant le safran.

Sources

"Saffron (Crocus sativus) for depression: a systematic review of clinical studies and examination of underlying antidepressant mechanisms of action", Hum Psychopharmacol, 2014.

"A systematic review of randomized controlled trials examining the effectiveness of saffron (Crocus sativus L.) on psychological and behavioral outcomes". J Integr Med, 2015.

"Comparative efficacy and safety of Crocus sativus L. for treating mild to moderate major depressive disorder in adults: a meta-analysis of randomized controlled trials", Neuropsychiatric Disease and Treatment, 2018.

"Saffron therapy for the treatment of mild/moderate age-related macular degeneration: a randomised clinical trial", Graefes Arch Clin Exp Ophthalmol, 2018.



 

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