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Le CBD, poil à gratter des débats sur le cannabis thérapeutique

Article paru dans le journal nº 64 Acheter ce numéro
  • Le CBD, poil à gratter des débats sur le cannabis thérapeutique

En déambulant au cœur de la vieille ville de Florence, en décembre dernier, je suis passé à plusieurs reprises devant une boutique toujours pleine à craquer des alentours du Duomo, la célèbre cathédrale Santa Maria del Fiore. À y regarder de plus près, j’ai pu constater que tout ce qui s’y vendait ou presque (crèmes, huiles, gélules, gâteaux, sucettes..) arborait une feuille de cannabis.

Me frayant un passage entre les touristes curieux et les Italiens en recherche de cadeaux de Noël inattendus,j’ai interrogé le vendeur sur ses produits : le cannabis avait-il été légalisé en Italie ? Du tout, me répondit-il. Mais rien dans son magasin ne contenait du tétrahydrocannabinol ou THC, cette fameuse molécule très psychoactive du cannabis, interdite par la loi en France comme en Italie. Ou alors vraiment en quantité infime. En revanche, tous les produits vendus comportaient du cannabidiol ou CBD, cette autre molécule psychoactive relaxante (mais non euphorisante, donc non prohibée), qui fait beaucoup parler d’elle depuis 2013.

En Italie comme en France, les boutiques et coffee shops proposant du CBD fleurissent depuis quelques mois, profitant du même flou juridique autour de cette substance ni interdite ni autorisée et des produits contenant de très petites doses de THC (moins de 0,2 % pour la France). Mais là-bas, à en croire le vendeur débordé, ces nouveaux business n’ont pas du tout d’ennuis avec la police ou la justice, au contraire de la France où, encore en décembre, le gérant d’une boutique CBD (à Aras) s’est retrouvé en garde à vue.

Quel avenir médical (et juridique) aura donc le CBD ? Une synthèse de la littérature scientifique internationale sur son potentiel thérapeutique, parue en 2018, évoquait un possible bénéfice pour des problèmes aussi variés que l’épilepsie, l’anxiété, la dépression, la maladie d’Alzheimer, l’inflammation, les douleurs, la maladie de Crohn, la consolidation des fractures et même… certaines addictions. On comprend l’engouement autour de cette molécule, des usagers comme du secteur agro-alimentaire. Certains colosses comme Coca-Cola envisagent même de lancer des boissons « bien-être » en contenant, anticipant des marchés juteux dans un contexte où de plus en plus de pays légalisent le cannabis. Probable reflet de cette progressive entrée en grâce, la puissante FDA, l’agence de sécurité sanitaire américaine, a récemment assoupli le statut juridique de la molécule, auparavant très limité.

Cannabis repetita ?

En France, où l’on proclame sans cesse qu’il faut « ouvrir le débat » (souvent pour mieux les reporter ou les éluder), le CBD cristallise les tensions, symptome de notre incapacité à aborder le sujet sereinement. Si le déroulé des discussions concernant l’usage thérapeutique du cannabis est un bon indicateur, il va sûrement falloir attendre encore un moment pour que le CBD trouve un statut clair. Qu’on y songe : alors que ce dernier est déjà autorisé dans 21 pays de l’Union européenne et 33 États américains, notre Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient à peine de souscrire aux premières conclusions d’un groupe d’experts réuni pour statuer sur les usages médicaux de la plante. Et s’ils l’ont d’ores et déjà jugé pertinente dans certaines situations (soins de support en oncologie, soins palliatifs, sclérose en plaques…), il faudra encore de longs mois d’états des lieux, d’auditions, de réunions et d’expérimentation pour un possible aboutissement concret.

Pendant ce temps, les patients usagers continuent d’être hors la loi, et certains sont même condamnés par la justice. Officiellement, le cannabis thérapeutique avait déjà été autorisé en France, dès 2014, pour les personnes atteintes de douleurs en lien avec la sclérose en plaques. Oui, mais voilà : cinq ans plus tard, le médicament en question (Sativex, qui contient du CBD) n’a toujours pas été commercialisé, faute d’entente sur le prix de vente entre le laboratoire et les autorités de santé. Alors que tant d’autres médicaments peu indispensables sont vendus à prix d’or sans pour autant engendrer des négociations farouches, plusieurs associations de malades ont aperçu, derrière ce blocage en apparence administratif, une décision purement politique. Autrement dit, un enfumage.

Espérons donc que cette année 2019, qui s’annonce d’ores et déjà dense en débats, nous voit sortir des postures morales et idéologiques et remettre le bien-être des individus au cœur de l'équation.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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