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Anémies : une carence en quoi ?

Article paru dans le journal nº 14 Acheter ce numéro

Étymologiquement, anémie signifie manque de sang. Aujourd’hui, la définition médicale est « la diminution au-dessous des valeurs normales et de la concentration en hémoglobine ou du nombre des globules rouges dans le sang circulant… » Les globules rouges sont produits à partir de cellules souches au rythme effréné de 2 500 000 par seconde ! Cette chaîne de fabrication (ou érythropoïèse) est sous la dépendance de nombreux facteurs, notamment la présence de fer, de vitamine B12 et d’érythropoïétine (la fameuse EPO, elle-même dépendante de la sécrétion de testostérone par les testicules, les ovaires et la partie externe des surrénales).
En situation d’équilibre, notre organisme produit autant de globules rouges qu’il en détruit. Au cours des anémies, la production est devenue inférieure à la destruction.

Les signes qui alertent sont essentiellement dus à la diminution de la quantité d’oxygène qui arrive aux différents organes et tissus : la pâleur du visage, la froideur des mains et des pieds, une fatigue importante, des maux de tête plus fréquents, des malaises en se levant ou en restant longtemps debout, un essoufflement exagéré à l’effort. Autres signes souvent associés, les ongles cassants, les cheveux qui tombent en excès.
Derrière cette communauté de signes cliniques, se cachent des causes extrêmement variées :

Le plus souvent par hémorragie suite à un accident, à une intervention chirurgicale, à un accouchement, ou en lien avec des règles trop abondantes ou le simple port d’un stérilet, au cours de la maladie de Crohn et de certains cancers, ou encore en relation avec la prise de certains médicaments, voire avec une fragilité des gencives.

Plus rarement, en relation avec une destruction exagérée des globules rouges : maladie héréditaire (maladie de Minkowski-Chauffard, thalassémie), exposition à un toxique (plomb), certaines infections, microtraumatismes répétés (notamment chez les marathoniens !)…

Il peut s’agir aussi de la diminution de la production de globules rouges par la moelle osseuse. C’est ce qui se produit en cas de vieillissement prématuré de la moelle, d’alcoolisme, d’insuffisance rénale et/ou thyroïdienne, de chimiothérapie, de toxicité de certains médicaments, d’envahissement de la moelle par ces cellules tumorales.

Quand parle-t-on d’anémie ?

Le diagnostic d’anémie est réellement porté après la lecture des résultats de laboratoire, indispensable pour la mise en oeuvre du traitement le plus adapté à chaque cas.
On peut parler d’anémie quand le taux d’hémoglobine est inférieur à 120 g/l chez la femme et de 130 g/l chez l’homme. Cas particulier, la femme enceinte chez qui le diagnostic ne peut être porté qu’au-dessous de 105 g/l car son volume sanguin est sensiblement augmenté et la densité de ses globules rouges proportionnellement diminuée.
Les autres résultats d’analyse orientent vers la cause de l’anémie. Quelques exemples :

Une diminution du volume globulaire évoque une carence en fer tandis que son contraire suggère un déficit en vitamines B9 et/ou B12.
Le taux de réticulocytes exprime la capacité de régénération des globules rouges à partir de la moelle osseuse. S’il est élevé, l’organisme tente de s’adapter à la situation et l’anémie peut régresser ; s’il est abaissé, la moelle ne réagit pas ou pas assez et l’anémie risque de s’accentuer.
Pour la ferritine on utilise une fourchette très large. De 30 à 120 pour la femme et de 50 à 350 pour l’homme. On estime en nutrithérapie que les normes devraient s’établir ainsi :
• pour la femme réglée : 30 à 80,
• pour la femme ménopausée : 50 à 100,
• pour l’homme : 50 à 100.
Il faut savoir en effet qu’au-dessus de 100 ng/ml, le fer devient oxydant et facteur de vieillissement accéléré.

Dans la majorité des cas, cet examen sanguin suffit. Parfois il est nécessaire d’approfondir le bilan biologique, on procède alors à un dosage des vitamines B9 et B12, des hormones thyroïdiennes, myélogramme…

Cette anémie par carence de fer est de loin la plus fréquente. Parmi ses causes, on trouve aussi bien la croissance, la grossesse, que les saignements fréquents (hémorroïdes chroniques, hernie hiatale, ulcère gastroduodénal, cancer digestif, règles abondantes), ou une maladie intestinale inflammatoire chronique.

Un minéral indispensable

L’absorption régulière de fer est ici indispensable car les réserves en fer de notre organisme sont faibles, de l’ordre de 2,5 grammes chez la femme et de 4 chez l’homme. Tandis que les besoins en fer de notre organisme sont d’environ 1 milligramme par jour chez l’homme et le double chez la femme tant qu’elle est réglée. 
Comme tous les minéraux, le fer est difficile à absorber, notamment sous forme inorganique car il nécessite alors la présence d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Le fer est donc mieux absorbé quand il se présente sous forme héminique (15 à 35 % contre 2 à 20 %). Ce qui est spécifique du monde animal : le fer est présent dans ces aliments lié à une molécule d’hème.Aussi le végétarien risque-t-il plus que l’omnivore de présenter une carence. Toutefois, cela est à prendre avec une certaine précaution car l’absorption augmente en cas de carence !

Cette différence d’absorption est due à la teneur variable des aliments en acide phytique et en tannins. Plus un aliment en contient, plus il chélate le fer : alors, au lieu de traverser la muqueuse digestive et d’être assimilé, le fer est éliminé dans les selles.

Reconstituer des réserves

La reconstitution des réserves en fer demande au minimum six mois. Elle repose sur :
Le traitement des causes de pertes sanguines : soins dentaires, remplacement du stérilet par un autre moyen de contraception, etc.
L’adoption d’un régime riche en fer assimilable : viande rouge (pour les personnes qui en consomment) poissons comme le thon, l’espadon.
Ne pas adopter un régime appauvri en fibres (donc en fruits et légumes), bien que les phytates, les oxalates et les polyphénols réduisent l’absorption du fer : les conséquences sur la santé seraient plus désastreuses que bénéfiques.
Éviter le thé au cours des repas. Comme toutes les boissons riches en tanins, il s’oppose fortement à l’assimilation du fer.
Une supplémentation en fer. Afin d’en améliorer l’absorption, prendre le complément en fer une heure et demie après un repas riche en vitamine C.

Où trouver le fer ?

Les véritables sources de fer (exprimées en milligrammes par 100 grammes d’aliment) seraient, par ordre décroissant :
Animales (facilement assimilable) : pigeon (19,4), foie (8 à 10), huîtres (6 à 7), bœuf (2 à 3), mouton (1,4 à 2,5), veau (1,2 à 1,6), poulet (0,8), porc (0,7 à 1,3), poissons (0,3 à 1,1).
Végétales (peu assimilable) : farine de soja (12), lentilles (7,6), légumes secs (6 à 7), vin, épinards (3), et un peu moins pour les œufs, chocolat et le maïs.
Les épinards ne contiennent que 3 mg de fer par portion crue de 100 g, et non 30 comme de nombreuses tables continuent de le mentionner. L’erreur remonte au début du siècle dernier : la secrétaire d’un chercheur qui établissait la teneur de différents aliments en divers minéraux s’est trompée en plaçant la virgule !
Végétales (très peu assimilable) : pain blanc, riz, beurre, lait, légumes verts, pommes de terre, fruits frais (autour de 1).

Fer pharmaceutique ou naturel ?

Le fer délivré en pharmacie est lié à un sel (ascorbate, fumarate, sulfate, etc.) afin d’en faciliter l’absorption et la tolérance digestive. Certaines spécialités sont proposées avec de la vitamine C (sous forme d’ascorbate) car cette dernière facilite l’absorption du fer alimentaire. Malheureusement, quand elle est prise en excès, la vitamine C favorise la conversion du fer antioxydant en fer oxydant. Les processus inflammatoires et dégénératifs sont alors encouragés. Il est donc préférable d’éviter ces formules pharmaceutiques si l’on présente par ailleurs une affection chronique. La nature offre d’autres sources de fer, certes moins assimilables que les aliments carnés, mais bien tolérées et efficaces en quelques mois. La spiruline apporte ainsi un cocktail d’éléments vitaux. Posologie : 6 gélules par jour pendant un minimum de six mois, à renouveler éventuellement après contrôle sanguin.

Les anémies par manque de vitamines

Ces anémies par manque de vitamines (B9 ou/et B12) se caractérisent par un volume globulaire moyen élevé (VGM), supérieur à 100 fl (femtolitre) voire 120 fl dans les formes majeures. Ce déficit entraîne une diminution de la synthèse de l’ADN qui, elle-même, induit une diminution de la division physiologique des cellules qui précèdent le stade du globule rouge.
Au cours des formes modérées et plus intenses, le nombre des plaquettes et des leucocytes neutrophiles est également plus ou moins diminué. Les risques hémorragiques et infectieux sont donc majorés.

Ces anémies sont bien tolérées – et cela, même si elles sont intenses ! – de sorte que leur découverte est le plus souvent occasionnelle, lors d’une prise de sang systématique. Plus rarement, elles sont diagnostiquées à l’occasion d’un bilan de dépendance à l’alcool, de troubles digestifs…

Le déficit en vitamines B9

Ce déficit relève de très nombreuses causes.
La carence d’apport, fréquente chez les personnes âgées isolées qui ont perdu le plaisir de la table et ne s’alimentent que peu et de façon de plus en plus monotone.
L’alcoolisme.
Une résection gastro-intestinale.
Une maladie inflammatoire chronique des intestins.
L’intolérance au gluten.
La prise de certains médicaments : metformine, antifongiques, antiépileptiques, Salazopyrine, colchicine, PAS…
La dialyse rénale à long terme.
Il faut ajouter que l’administration de vitamine B9 diminue le taux d’homocystéine dans le sang ce qui pourrait abaisser le risque de certaines maladies cardio-vasculaires et l’Alzheimer. Ainsi, il semble que la prise de B9 au long cours pourrait diminuer de près de 20 % le risque d’accident vasculaire cérébral et pourrait réduire de 30 % à 50 % l’atrophie cérébrale chez les personnes affectées par un déclin cognitif modéré.

Le déficit en vitamines B12

Le déficit en vitamine B12 est dû à :
La maladie de Biermer.
Mais aussi une gastrectomie totale.
Une résection de l’intestin terminal.
Une maladie de Crohn.

Les aliments à rechercher

Afin d’éviter les rechutes, il est essentiel de rechercher les aliments dont la densité en ces vitamines est élevée.
Pour la vitamine B9, ce sont, par teneur décroissante :
les légumes verts à feuilles en sont bien pourvus, mais l’acide folique (vitamine B9) y est fragile car la teneur en vitamine C semble insuffisante à le protéger de l’oxydation ;
le foie et autres abats ;
le jaune d'oeuf ;
les légumineuses ;
les produits céréaliers ;
les agrumes où la présence de vitamine C protège bien l’acide folique des phénomènes d’oxydation même si sa teneur est moins élevée.
Pour la vitamine B12, privilégiez :
le foie de bœuf, de mouton, de veau, de volaille ;
les rognons de bœuf, de veau, de porc ;
le hareng, le maquereau, la sardine, la morue séchée, le saumon, le thon ;
les huîtres, le crabe…

Anémie et médicaments

Les médicaments susceptibles d’engendrer une anémie sont très nombreux. Les mécanismes par lesquels ils induisent une anémie sont aussi variés : certains font saigner (aspirine, anti-inflammatoires), d’autres provoquent l’éclatement des globules rouges, d’autres encore sont toxiques pour la moelle ou induisent une carence en vitamine B9 ou B12. La responsabilité de ces médicaments devrait être mise en cause de façon systématique lorsqu’une anémie s’est constituée à l’occasion du traitement d’une précédente maladie.

Traitements alternatifs de l’anémie

De nombreux extraits végétaux sont utilisés depuis la nuit des temps pour traiter l’anémie. La médecine orientale a aussi ses remèdes.
Cure de macérat de plantes : nos grands-mères utilisaient les racines de gentiane ou de patience, des feuilles de mélisse, d’orties ou de sauge pour composer des macérats. Laisser macérer 100 grammes de feuilles pendant 10 jours dans un litre de vin. En boire un verre avant chaque repas deux mois durant.
Le cidre doux ou l’argile blanche. Malheureusement, aucune de ces propositions n’a fait l’objet d’une évaluation scientifique de sorte que leur fiabilité semble aujourd’hui bien incertaine. D’autre part, certaines allégations sont parfois exagérées au vu des connaissances actuelles du métabolisme du fer.
Piquer des pommes avec des clous. C’est une vieille façon de compenser le manque de fer : en consommant les fruits au bout de quelques jours on augmenterait le taux d’absorption du fer par notre organisme.

En médecine chinoise, deux produits sont régulièrement utilisés :

Le cordyceps est un champignon qui se développe sur le corps d’une chenille morte. Traditionnellement, les Tibétains – auprès desquels s’approvisionnent les laboratoires chinois – l’utilisaient lors de la transhumance des yacks afin de surmonter la fatigue. Aujourd’hui, il est cultivé afin de satisfaire les besoins d’une clientèle de plus en plus nombreuse, d’autant plus que des études ont établi le cadre de sa prescription, mais la justesse de son indication au cours des anémies ne semble pas encore avoir été vérifiée. C’est la variété Paecilomyces hepiali, souche Cs-4 qui est actuellement la plus utilisée à raison de 3 grammes d’extrait par jour.

Le bois de velours est tiré du tégument qui couvre la ramure des cerfs rouges et des wapitis. À la différence du cordyceps, il n’a pas encore bénéficié d’une vérification scientifique suffisante. De plus, sa posologie efficace n’a pas été établie, de sorte que son maniement reste encore du domaine d’un thérapeute rompu à la médecine traditionnelle chinoise.

Détecter l’anémie de Biermer

Cette maladie auto-immune affecte l’estomac. Elle est fréquente à partir de 40 ans chez les femmes de type caucasien (silhouette carrée, visage haut et large, etc.). Biologiquement, l’anémie de Biermer se traduit par un déficit de la sécrétion d’une glycoprotéine par la muqueuse gastrique. Cette glycoprotéine protège la vitamine B12 alimentaire de la digestion par certaines enzymes et lui permet ainsi d’être absorbée. La malabsorption est définitive.

Volontiers familiale et héréditaire, cette anémie pernicieuse se caractérise par son installation très lente et sa détection tardive, à l’occasion d’une de ses manifestations cliniques. Contrairement aux signes classiques de toute anémie (fatigue croissante, essoufflement, etc.) il s’agit d’une complication digestive (glossite, ictère) ou neurologique (polynévrite, sclérose combinée de la moelle…). Elle est souvent associée à une autre maladie auto-immune (diabète, thyroïdite d’Hashimoto). Chez un peu plus de 12 % des sujets qui en sont atteints, elle évolue vers un cancer de l’estomac : aussi une surveillance par fibroscopie est-elle nécessaire. D’autre part la carence prolongée en vitamine B12 peut exposer à des complications neurologiques et à une démence précoce.

Le traitement classique consiste à administrer de la vitamine B12 sous forme injectable, seule façon pour qu’elle soit absorbée. Et cela à vie. Attention : la forme de vitamine B12 la plus utilisée en France aurait une certaine toxicité ! 
Le traitement alternatif permet de traiter aussi l’origine auto-immune. Le Moducare peut se révéler un complément alimentaire très utile du fait de son action régulatrice de l’immunité, mais seulement si le diagnostic est porté avant l’arrêt total de la sécrétion de facteur intrinsèque par la muqueuse gastrique ! La dose est d’une gélule 3 fois par jour chez l’adulte, en continu pendant au moins 6 mois.

Dans le cas de l’anémie de Biermer, le traitement classique prévoit l’administration sous forme injectable de vitamine B12.
Mais la forme la plus utilisée en France, la cyanocobolamine, aurait une certaine toxicité. Elle expose au risque non négligeable d’intoxication cyanhydrique chronique et à ses effets délétères neuro-ophtalmologiques, notamment chez le fumeur. Seule l’hydroxocobalamine est sans risque toxique. Or en France, actuellement, il n’existe qu’une seule spécialité pharmaceutique de ce type, le Dodécavit 0,5 mg/ml.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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