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Compléments alimentaires : soyons précis sur les mises en garde

Article paru dans le journal nº 73 Acheter ce numéro
  • Compléments alimentaires, les Compléments alimentaires, les "risques à la loupe'

Il y a peu, un hors-série du magazine 60 millions de consommateurs était consacré aux dangers des compléments alimentaires. Plusieurs articles pointaient du doigt des risques pour la santé. « Les » compléments alimentaires, une généralisation qui devrait faire tiquer, tant elle empêche de savoir précisément de quoi nous parlons. Or, ce qui n’est pas correctement désigné ne peut pas être évalué. Partant sans doute de bonnes intentions, le risque est réel d’amalgamer des critiques judicieuses avec des mécanismes biologiques éprouvés mais mal compris ou mal abordés. Si les compléments alimentaires peuvent être critiqués, ils le sont rarement sous le bon angle.

Des règles du jeu inéquitables et inappropriées

En ce qui concerne les allégations de propriétés thérapeutiques, la nouvelle législation européenne sur les compléments alimentaires est calquée sur le mode d’évaluation des médicaments. Pour s’imposer dans le monde scientifique conventionnel, il faut escalader ce qu’on appelle la hiérarchie des preuves, qui s’étale depuis l’expérience in vitro, tout en bas, jusqu’à la méta-analyse, tout en haut. Pour atteindre le sommet de la pyramide, il faut des moyens financiers, que n’ont généralement pas les PME qui produisent les compléments alimentaires, contrairement aux grandes industries pharmaceutiques. Certaines plantes ou substances naturelles sont parfois utilisées traditionnellement depuis des millénaires, accumulant les études sur modèle animal ou de petite envergure sur l’homme, mais ne parvenant pas à se hisser plus haut faute de financements. On a enfermé les compléments alimentaires dans un carcan réglementaire et scientifique inapproprié qui ne leur permet pas de faire leurs preuves.

Il y a une telle obsession pour les études cliniques et statistiques de grande envergure qu’on en oublie parfois les bases de la biologie. Nous savons ce qu’un déficit en tel ou tel nutriment essentiel entraîne sur le plan du fonctionnement de l’organisme. Pour le Pr Vincent Castronovo, chercheur et professeur de biologie nutritionnelle, le bon sens devrait toujours primer : « On n’a pas fait une étude en double aveugle pour démontrer l’utilité du parachute ! » Une obsession de la preuve nous pousserait presque à refuser d’utiliser un remède éprouvé mais dont les mécanismes sont mal compris. Le sinologue Cyril Javary aime à dire que « pour un Occidental, est vrai ce qui est prouvé, pour un chinois, est vrai ce qui marche. » Quelque chose qui ne fonctionne pas ne traverse pas les millénaires sur les cinq continents. Aujourd’hui, les bons compléments alimentaires fonctionnent et les consommateurs ne s’y trompent pas.

Les antioxydants, un exemple de confusion des genres

Prenons l’exemple du sélénium. On ne compte plus les articles qui le présentent comme un formidable antioxydant. Avec pour écho, d’autres articles qui rappellent que son efficacité n’a pas été démontrée. Les deux se trompent, parce que le sélénium n’est pas un antioxydant ! Pour être un antioxydant du point de vue de la biochimie, il faut donner un électron. Or, le sélénium ne donne rien du tout. Il est le cofacteur de la glutathion peroxydase, une enzyme du système antioxydant de nos mitochondries, là où l’organisme produit son énergie. Pour prendre une image simple, la glutathion peroxydase est un camion de pompiers, le sélénium est le pompier qui dirige la lance et le glutathion réduit est l’eau. C’est lui, l’antioxydant final qui va donner un électron pour neutraliser les radicaux libres. Il faut de l’eau pour éteindre un feu. Il faut bien sûr assez de pompiers mais en avoir trop ne sert à rien.

Il y a quelques années, des articles déstabilisants titraient sur les antioxydants qui boostent le cancer. Sauf qu’il s’agissait d’antioxydants ou de cofacteurs administrés isolément, ce qui est un non-sens biologique. Les antioxydants travaillent en chaîne et se recyclent mutuellement. Se supplémenter massivement dans l’un d’eux, sans connaître la quantité disponible des autres, c’est risquer un stress oxydatif. En effet, un antioxydant qui fait son boulot devient à son tour oxydé. S’il n’a pas eu la possibilité de se recharger en électrons, il devient pro-oxydant. Toute supplémentation prolongée devrait être précédée d’un dosage sanguin ou urinaire. C’est même une excellente prévention. Hélas, le statut antioxydant complet, coûteux, n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Sans doute parce qu’il ne permet de vendre aucun médicament.

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La taurine toujours incomprise

Connue grâce à la boisson énergisante RedBull, la taurine n’a pourtant pas de vertu énergisante. Elle est ajoutée pour prolonger l’effet de la caféine sans les effets secondaires. Mais dans sa critique du complément alimentaire Formag, le magazine 60 millions de consommateurs n’a visiblement pas compris le rôle que tient la taurine aux côtés du magnésium. La taurine est un acide aminé qui, en synergie avec la vitamine B6, améliore l’entrée du magnésium dans les cellules. Plus précisément, elle stabilise la membrane cellulaire en réduisant son excitabilité, ce qui économise du magnésium. En situation de stress, l’élévation du taux d’adrénaline entraîne une perte accrue de magnésium. La taurine limite ce phénomène. Dans les neurones, la taurine et le magnésium renforcent l’action calmante du Gaba sur les récepteurs NMDA, impliqués dans la douleur et les troubles psychiques. Le Pr Marie Favrot, consultante pour l’Anses, recommande la taurine dans le cadre des troubles du stress et de la concentration. Ce sont là des connaissances en biochimie, il est normal que tout laboratoire les exploite.

Le thé vert n’est plus notre ami ?

On ne présente plus le thé vert dont l’histoire a débuté il y a 5 000 ans. Tout récemment, une étude de l’université de Singapour montrait que la consommation quotidienne d’une tasse de thé vert réduit le risque de déclin cognitif. Le voici pourtant accusé d’une hépatoxicité qui mériterait un sérieux principe de précaution. En cause, l’épigallocatéchine (EGCG), un des principes actifs jusqu’ici connu pour être un antioxydant majeur, consacré à de nombreuses reprises par la science, notamment pour la prévention des maladies cardiovasculaires et le maintien des fonctions cognitives.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) par exemple, « la consommation chronique d’une quantité importante d’extraits de thé vert semble augmenter le risque de subir des perturbations hépatiques, bien que les conséquences cliniques significatives soient rares. » En fait, la suspicion de toxicité hépatique concerne des consommations importantes. Une étude publiée dans Toxicology Letters, qui a tenté d’évaluer cette toxicité, n’a observé aucun effet en dessous de 600 mg d’EGCG par jour, ce qui est déjà difficile à obtenir avec des compléments alimentaires courants. Comme beaucoup de bonnes choses, il ne faut pas en abuser. « Tout est poison, rien n’est poison, ce qui compte c’est la dose » disait l’alchimiste suisse Paracelse (1493-1541).

Le millepertuis, une plante délicate

Reprocher à cette plante l’absence de preuves d’efficacité est pour le moins surprenant. Une méta-analyse portant sur plus de 5 000 participants, publiée dans la revue Cochrane en 2008 a confirmé les vertus antidépressives du millepertuis, proches de celles des médicaments.

Trop proches d’ailleurs, si l’on en juge les propos de certains praticiens qui reprochent au millepertuis d’être trop délicat à utiliser. En cause, ses effets secondaires en début de traitement puis la nécessité d’un sevrage progressif, que l’on prête habituellement aux anxiolytiques et antidépresseurs.

Les antidépresseurs courants agissent en économisant la sérotonine. Encore faut-il que l’organisme en produise suffisamment et qu’elle puisse ensuite entrer dans la cellule. Dans certains cas, la prise de tryptophane concomitante à celle des antidépresseurs peut s’avérer nécessaire. De nombreux autres cofacteurs (vitamines, minéraux, acides aminés…) entrent en ligne de compte. Avant de crier à l’interaction, il faudrait pour le moins connaître le statut micronutritionnel exact de la personne. C’est pour cette raison que toute utilisation, dont on attend un effet thérapeutique, doit être accompagnée par un professionnel.

La vitamine D : nous en avons vraiment besoin

La vitamine D est fortement multifonctionnelle. Elle interagit avec 3 % des gènes du génome humain. Sans elle, pas de fixation du calcium ni d’articulations en bonne santé. Elle est nécessaire à la régulation de la réponse immunitaire et de l’inflammation. Elle limite la prolifération et l’activité des lymphocytes, ce qui permet de prévenir les réactions auto-immunes. Une carence favorise le cancer et les maladies cardiovasculaires. Malgré des AJR (apports journaliers recommandés) récemment revus à la hausse, de 200 à 600 UI, et un apport maximal tolérable passé de 2 000 UI à 4 000 UI, la Société canadienne du cancer continue de recommander 1 000 UI par jour comme stratégie de prévention du cancer.

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on sous-estime la carence

La plupart du temps, le déficit est dû à un manque d’absorption ou de synthèse. Nous produisons de la vitamine D à partir d’un dérivé du cholestérol sous l’action du soleil au niveau de la peau. Un manque de vitamine D peut signifier un manque de cholestérol, ou bien que celui-ci est oxydé, rendu inutilisable par les radicaux libres. Nous en absorbons également dans notre alimentation. Mais l’intestin et le foie peuvent faire défaut. Il s’agit d’une vitamine strictement lipophile, contrairement à la vitamine E qui existe aussi sous la forme hydrophile. Le bon fonctionnement de la barrière intestinale (incluant le microbiote) puis des enzymes hépatiques est requis.

Les analyses biologiques montrent un déficit chez une large majorité d’entre nous. Raison pour laquelle, paraît-il, le dosage n’est plus remboursé par la sécurité sociale. Sauf qu’il avait le mérite d’indiquer l’ampleur du déficit et permettait de mettre en place une supplémentation adaptée. Difficile dans ces conditions de reprocher au consommateur de se supplémenter aveuglément. Le prix restant accessible, mieux vaut continuer à doser la vitamine D.

La vitamine C : un excès est-il possible ?

La carence grave, rare de nos jours sous nos latitudes, provoque le scorbut. Certains animaux synthétisent la vitamine C, mais pas l’homme. En France, les AJR pour un adulte sont de 110 mg. Mais il ne s’agirait là que de la dose pour éviter le scorbut. Une étude de 2012 parle d’un apport idéal de 200 mg pour profiter pleinement des propriétés de la vitamine C. L’organisme dispose en quelque sorte d’une sécurité permettant d’éviter le surdosage. Nous ne pouvons pas conserver plus de 2 g de vitamine C car tout ce qui dépasse cette limite est éliminé par voies urinaires. D’où l’intérêt d’utiliser une forme à diffusion progressive. À défaut, une forme classique devra être répartie en petites doses sur la journée. Néanmoins, lors d’un épisode infectieux, les besoins en vitamine C sont accrus. Plus vous êtes malade, plus votre système immunitaire a besoin de vitamine C et plus votre organisme est capable d’en absorber. Le seuil de saturation devient temporairement plus élevé.

Si la prise régulière de vitamine C doit être surveillée en cas d’insuffisance rénale ou de lithiase, il n’est pas fait état dans la littérature scientifique que ces maladies aient été provoquées par des apports excessifs chez une personne saine. Selon la conférence de consensus de 1987 sur la vitamine C, une prise orale même à doses importantes ne présente pas de danger chez le sujet sain. Une étude de cohorte parue en 2014 et qui a suivi 45 000 personnes pendant 14 ans, précise que le risque statistique n’apparaît qu’au-delà d’une consommation quotidienne de 1 000 mg. À savoir que d’autres facteurs peuvent faire varier l’assimilation. Par exemple, la vitamine C a davantage de difficulté à entrer dans les cellules lorsque le taux de glucose dans le sang est élevé.

Des champignons qui soignent

Le shitaké, le reishi et le maïtaké sont probablement les champignons les plus anciennement utilisés et aussi les plus documentés. Ils sont inscrits dans la pharmacopée chinoise et japonaise depuis l’Antiquité. Le shiitaké est le premier d’entre eux à avoir été cultivé, les premières traces remontent à 2 000 ans. Prétendre qu’il n’existe aucune étude montrant leur efficacité est la marque d’une profonde ignorance. Leurs principes actifs, notamment les polysaccharides, protéoglycanes et triterpènes qui les composent, ont été particulièrement étudiés. Ils expliquent en partie les capacités de ces champignons à relancer ou réguler le système immunitaire, à calmer une inflammation, à lutter contre le développement des cellules cancéreuses, à agir positivement sur les mécanismes du diabète ou encore à limiter les effets prématurés du vieillissement. Le spectre d’action des champignons thérapeutiques est souvent plus large que celui des plantes. Cerise sur le gâteau, des travaux cités par le Dr David Servan-Schreiber montrent que la consommation conjointe de shitaké et de thé vert est associée à une diminution de 89 % de la prévalence du cancer du sein.

En revanche, il existe sur le marché de réels problèmes de qualité et de concentration d’actifs. C’est ça qui aurait dû être soulevé dans le dossier. Les champignons sont des organismes hétérotrophes, c’est-à-dire qui vivent de la matière organique produite par d’autres organismes. Ils sont donc susceptibles d’absorber et de restituer différents toxiques potentiels, d’où la nécessité de les cultiver dans un milieu vierge de toute pollution ou contamination. La culture du champignon doit bien entendu être biologique. Les processus de fabrication et la traçabilité ne sont pas toujours transparents. Privilégiez les laboratoires qui communiquent ouvertement sur ce point. La teneur en principes actifs devrait également figurer sur l’emballage. C’est rarement le cas.

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Auprès de qui prendre conseil ?

Il y a peut-être un effet de mode avec les compléments alimentaires. Mais il y a aussi une partie de la population qui souffre de maux chroniques peu considérés par la médecine conventionnelle et qui est donc contrainte à se soigner par elle-même. Cependant, la quasi-impossibilité de connaître directement les propriétés des compléments alimentaires, du fait de l’interdiction des allégations, devrait diriger le consommateur vers un conseil professionnel. Les médicaments sont conçus pour arracher les mauvaises herbes, là où les compléments alimentaires vont surtout travailler la qualité de la terre. Une bonne connaissance de la médecine de terrain est donc requise. Les praticiens peuvent être médecins, naturopathes, diététiciens, ostéopathes, infirmiers, pharmaciens, spécialistes en médecine nutritionnelle et fonctionnelle :

La santé d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec cette image d’Épinal du citoyen ignorant de lui-même s’en remettant entièrement à la blouse blanche. Selon Idriss Aberkane, notre civilisation est entrée dans l’âge de la connaissance. Des scientifiques court-circuitent les revues médicales pour mettre leurs découvertes directement à la disposition du public. Si les produits qui correspondent sont en vente libre, les gens vont aller les chercher. La médecine conventionnelle française a un retard incommensurable sur le phénomène. S’il est indispensable de protéger le consommateur, cela ne doit pas se faire au détriment de la liberté de se soigner, de préserver sa santé et d’accéder aux connaissances qui permettent de le faire.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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