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Perdre du poids : pourquoi ça coince ?

Article paru dans le journal nº 79 Acheter ce numéro
  • Perdre du poids : pourquoi ça coince ?

La plupart des causes de la pandémie d’obésité sont connues et appellent une prise de conscience. Il ne suffit pas de moins manger, de faire du sport et d’être motivé. Différents facteurs se combinent, face auxquels nous ne sommes pas égaux : métaboliques, hormonaux, circulatoires, immunitaires, psychologiques et génétiques.

Article mis à jour le 25/05/2020

Afin de sortir des clichés que les médias et même certains médecins ne cessent de ressasser, nous passons en revue dans cet article différents facteurs qui peuvent rendre particulièrement difficile la perte de poids.

Résistance à l’insuline

C’est l’obstacle biologique le plus encombrant sur le chemin de la perte de poids. Vous pouvez diminuer vos apports alimentaires et faire du sport autant que possible : tant que vous aurez un problème avec l’insuline, vous n’obtiendrez aucun résultat probant. Produite par le pancréas, l’insuline est l’hormone principale du contrôle de la glycémie. Elle est apparue au cours de l’évolution pour nous aider à stocker du glucose. Au-delà d’un certain taux de sucre dans le sang, l’insuline entre en action pour faire entrer ce sucre dans les cellules. Chez les diabétiques, les cellules, devenues insensibles à l’insuline, ne laissent plus entrer le sucre, qui reste alors dans la circulation sanguine.

Plus insidieux, le syndrome métabolique est un état prédiabétique mal diagnostiqué qui touche une part croissante de la population. Apparu il y a quelques décennies, c’est une pure création de l’industrie agro-alimentaire : il s’est développé à mesure que les sucres rapides et les perturbateurs endocriniens devenaient omniprésents dans l’alimentation. Nous avons longtemps associé le surpoids à la surconsommation de graisses, alors que notre surconsommation de sucres est bien plus problématique. Le processus permettant de produire de l’énergie à partir du sucre est plus simple et plus rapide qu’à partir des graisses. Sitôt qu’il y a suffisamment de sucre dans le sang, le cerveau en est informé et bloque la libération des graisses stockées. Donc, si l’apport alimentaire en sucre est permanent, il y aura aussi un stockage permanent des graisses.

En cas d’excès d’insuline, impossible de déstocker. Nous n’avons plus accès à nos réserves de graisse, même lorsque nous avons faim ou que nous faisons de l’exercice.

Mauvaise circulation

La gestion du poids est dépendante des mouvements d’eau dans l’organisme. Une mauvaise circulation sanguine favorise la rétention d’eau. La cellulite s’explique par un manque de tonus des capillaires et par leur perméabilité excessive, entraînant une infiltration d’eau dans les tissus. L’acheminement de l’oxygène et des nutriments vers l’hypoderme se réduit, asphyxiant les cellules qui produisent alors beaucoup de toxines. Ces dernières sont captées par les cellules graisseuses, dont le volume augmente. C’est un cercle vicieux, car l’augmentation du tissu graisseux augmente aussi la pression exercée sur les capillaires, réduisant davantage leur tonus. L’infiltration d’eau additionnée à la poussée des adipocytes sous-cutanés donne à la peau cet aspect granuleux qu’on appelle couramment peau d’orange.

Chez les femmes, le déséquilibre entre les œstrogènes et la progestérone joue sur l’augmentation de la perméabilité des capillaires. Voilà pourquoi, à la ménopause, cellulite, rétention d’eau et troubles circulatoires se conjuguent. Un phénomène encore plus tenace lorsque la thyroïde est absente ou fonctionne mal.

Troubles hormonaux féminins

Les femmes souffrant de troubles prémenstruels ou qui connaissent une ménopause laborieuse ont souvent un foie encombré et un intestin en mauvais état. On comprend mieux pourquoi lorsqu’on sait que l’intestin est le premier lieu de synthèse des hormones, et le foie, l’organe central de leur recyclage. En cas de déséquilibre du microbiote, le cycle entéro-hépatique est augmenté et entraîne une réabsorption importante des hormones. Des œstrogènes en surnombre et peu fonctionnels se retrouvent dans la circulation. Dans ma pratique de cabinet, il m’est arrivé de voir des syndromes prémenstruels aigus s’améliorer durablement rien qu’en traitant l’axe intestin-foie.

La régulation de la lipogenèse (synthèse et stockage des graisses) et de la lipolyse (dégradation des graisses) est hormono-dépendante. En excès, les œstrogènes détendent le tissu conjonctif, provoquant une accumulation d’eau et de graisse. Un déséquilibre entre œstrogènes et progestérone empêche la lipolyse. Plus largement, un manque ou un excès d’œstrogènes favorisent une augmentation du tissu adipeux, une insuffisance veineuse, un climat inflammatoire, une baisse de la sensibilité à l’insuline et des troubles de l’humeur poussant au grignotage. Le kit complet pour la prise de poids !

Microbiote déséquilibré

Les milliards de bactéries que nous hébergeons dans notre intestin influencent directement la quantité de sucres et de graisses qui vont pouvoir passer dans le sang, puis leur utilisation par nos cellules, ce qu’on appelle le métabolisme. Notre silhouette repose sur un équilibre, somme toute fragile, entre différentes familles de bactéries qui se disputent le confort de nos villosités intestinales. Le premier facteur de bouleversement est la prise répétée d’antibiotiques, qui entraîne la perte d’une partie importante des bonnes bactéries, notamment des lactobacilles. Des bactéries opportunistes ont alors tout loisir de proliférer. Dans l’intestin, c’est un jeu de chaises musicales.

Une dysbiose (mauvaise répartition des familles bactériennes dans l’intestin) peut être responsable d’une récupération de l’énergie trop efficace. Les études permettant d’identifier les bactéries incriminées restent à ce jour contradictoires, mais la transplantation de microbiote donne des résultats sans appel. Des souris, dont l’intestin a été stérilisé au préalable, qui reçoivent le microbiote d’humains obèses deviennent obèses à leur tour, sans changement alimentaire. À l’inverse, lorsqu’on répète l’expérience en leur injectant les bactéries d’humains de taille normale, leur poids redevient normal.

Plusieurs études récentes associent l’obésité à une prolifération d’archéobactéries (micro-organismes unicellulaires dépourvus de noyau), résistantes aux antibiotiques courants. Au-delà d’un certain seuil, les archéobactéries augmentent l’absorption des graisses. L’usage des antibiotiques, très excessif ces dernières décennies, facilite le développement des archéobactéries au détriment du microbiote normal. Le lipopolysaccharide, une endotoxine issue de la paroi de certaines bactéries de la flore sous-dominante, participe au processus de veille immunitaire. Mais en excès, il devient générateur d’une véritable inflammation systémique qui favorise la résistance à l’insuline. On voit ici qu’un simple déséquilibre du microbiote suffit à faire basculer un processus physiologique de normal à pathologique.

Additifs et perturbateurs endocriniens

Et si perdre du poids était moins un problème de quantité que de qualité ? Nous comptons les calories, mais pas les additifs, les pesticides ou les perturbateurs endocriniens, pourtant omniprésents (voir cette vidéo). Or, ceux-ci empêchent un métabolisme normal, ce qui au bout du compte fait grossir. Les perturbateurs endocriniens prennent la place des hormones sur les récepteurs cellulaires, activant de fausses informations. Le bisphénol, par exemple, va activer la protéine qui transmet le message œstrogénique. La fonction thyroïdienne est de plus en plus touchée. Une hypothyroïdie, en ralentissant le métabolisme, favorise la prise de poids, mais aussi les troubles de l’humeur qui poussent au grignotage. Selon des travaux publiés récemment dans la revue Nature, les émulsifiants utilisés par l’industrie agroalimentaire pourraient altérer le mucus de la barrière intestinale, conduisant à une perméabilité excessive, à une inflammation systémique et à des changements dans la composition du microbiote.

La candidose, une dysbiose tenace

Il s’agit de la prolifération d’une levure (Candida albicans) habituellement tolérée dans l’intestin en proportions résiduelles. Une surconsommation de sucre associée à l’abus d’antibiotiques change la donne. La levure envoie au cerveau des signaux qui nous poussent à consommer davantage de sucre. Heureuse de trouver le gîte et le couvert, elle prolifère et se met à investir des espaces qui ne lui sont pas dévolus. Dans les villosités intestinales, elle devient un champignon qui s’organise en biofilm particulièrement tenace. Ce champignon libère 35 toxines identifiées comme ayant un impact sur la santé. Plusieurs d’entre elles, en s’insérant dans le cycle de Krebs, perturbent la production d’énergie dans les mitochondries. Une des conséquences est un métabolisme incomplet des glucides, favorisant la prise de poids et les grignotages compulsifs. Entre la candidose et le diabète, le sucre est devenu l’ennemi public numéro 1. Et ces deux problèmes s’entretiennent mutuellement. La candidose est associée à une élévation chronique de l’insuline. Par ailleurs, les personnes dont la glycémie est mal gérée ont un système immunitaire beaucoup moins efficace contre les microbes opportunistes. Plusieurs études ont montré des améliorations du diabète (type I et II) suite à des traitements antifongiques.

Régimes inadaptés

Beaucoup de contre-vérités circulent au sujet des régimes. Ainsi, consommer à tout prix des produits allégés en graisses n’a aucun sens. Pour qu’une protéine soit bien digérée, elle doit passer suffisamment de temps dans l’estomac et, pour cela, elle doit être accompagnée de graisses. Par ailleurs, le cerveau a besoin de lipides pour assurer la communication nerveuse. Si nous en manquons, nous serons fatigués et plus facilement stressés, avec une chute du taux de sérotonine, ce qui favorise l’attrait pour le sucré et les compulsions alimentaires. Il ne faut pas non plus se priver de protéines. Je pense à ceux qui mangent une grande salade à midi en croyant garder la ligne, alors que c’est tout à fait inadapté sur le plan nutritionnel. C’est justement le moment où nous avons besoin de protéines. Un manque va se répercuter en fin de journée avec des envies de sucre importantes.

Nous devons comprendre que le cerveau est programmé génétiquement pour faire basculer l’organisme en mode stockage aussitôt qu’il enregistre une restriction trop importante. C’est un héritage que nous avons reçu de nos ancêtres. En un demi-siècle, nous avons basculé dans une société de surabondance, mais l’organisme demeure naturellement adapté à la pénurie et non à l’excès. C’est ainsi qu’aussitôt terminé un régime, vous allez stocker encore plus facilement et reprendre rapidement votre poids. Les régimes qui promettent des résultats spectaculaires forcent l’organisme à fonctionner selon un métabolisme qui ne lui convient pas. Les régimes hyperprotéinés ont fait le plus de dégâts. Les toxines ont une affinité pour les graisses, elles sont donc stockées en nombre dans les cellules graisseuses. Une perte de poids trop rapide et importante entraîne la libération brutale d’une grande quantité de toxines que le foie et le système émonctoriel seront incapables de gérer. On a vu des gens déclarer une maladie grave suite à un régime trop brutal.

D’après l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), la plupart des régimes seraient dangereux s’ils sont suivis en dehors de l’accompagnement d’un professionnel. Nous sommes au moins d’accord sur ce point. Le plus souvent, les personnes qui se lancent dans un régime n’ont pas identifié leurs principales erreurs alimentaires et, sitôt la fin du régime, elles reprennent leurs mauvaises habitudes. Leur organisme n’a pas reçu le nettoyage préalable à toute démarche de perte de poids. Psychologiquement enfin, bien des gens ne sont pas prêts à un changement rapide de leur silhouette. En cas d’échec, les conséquences sur l’image de soi peuvent être désastreuses.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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