Pour consulter le site sans publicités inscrivez-vous

L’appareil manducateur, source méconnue de maux

Article paru dans le journal nº 68 Acheter ce numéro
  • L'articulation temporo-mandibulaire est l’une des articulations les plus complexes du corps humain.L'articulation temporo-mandibulaire est l’une des articulations les plus complexes du corps humain.

L’appareil manducateur, chargé des opérations antérieures à la digestion (préhension, mastication, insalivation, ventilation et déglutition) conditionne la santé bucco-dentaire. Il serait aussi étroitement lié, parfois, à des douleurs cervico-dorsales, voire à des pathologies musculaires de bras, d’épaules, de hanches, de genoux...

Sans lui, impossible de mâcher, de parler, de bâiller ou de déglutir. Mais alors qu’on s’en sert tous les jours depuis la nuit des temps, il reste méconnu… De quoi s’agit-il ? De l’appareil manducateur. Sa complexité explique sa faible notoriété : des articulations (placées à l’avant des oreilles) et des muscles unissent la mâchoire inférieure, encore appelée mandibule, à l’os du crâne. Les mâchoires garnies de leurs dents et les muscles alentour constituent ce « système manducateur ». Il est d’une précision extrême : chacun de nous est en effet capable de sentir une surépaisseur grosse d’un cheveu placée entre les dents du haut et les dents du bas.

La mandibule est indissociable de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM). Or, un dysfonctionnement de cette dernière promet une cascade de problèmes. L’ATM est l’une des articulations les plus complexes du corps humain. Elle est la seule à travailler en simultané à gauche comme à droite. Les mouvements de l’appareil manducateur s’effectuent sous l’action de nombreux muscles de la face et grâce à différents tissus de soutien (­ligaments, tendons...). La complexité de cette ATM et du système manducateur dans son ensemble est source d’une pluralité de dysfonctionnements.

Tout est relié, ou presque

Notre tête repose sur l’extrémité de notre colonne avec un décalage que la puissance des muscles compense, afin de maintenir une position équilibrée du crâne. La colonne cervicale, quant à elle, est au service du mouvement. Elle supporte la tête grâce aux muscles et joue un rôle primordial dans le positionnement des mandibules, des yeux et de l’oreille interne, mais également des pieds, des articulations, des ligaments, etc.

Côté mâchoires, un déséquilibre entre la supérieure (le maxillaire) et l’inférieure (la mandibule) crée une malocclusion, soit une inadéquation des dents ou des mâchoires entre elles – les dents du haut et du bas sont mal engrenées. Outre l’aspect esthétique engagé ici, un tel problème peut engendrer des soucis fonctionnels (sur la mastication, la prononciation, les articulations temporo-mandibulaires, etc.) et des troubles bucco-dentaires (caries, gencives). Une malocclusion peut aussi influencer le développement des mâchoires et la respiration. Elle peut enfin provoquer des maux de tête, des acouphènes, des douleurs au visage, aux cervicales, au dos...

Ces dernières années, vous avez sans doute vu fleurir de plus en plus d’appareils dans les bouches des jeunes et moins jeunes. Les orthodontistes se régalent, mais la vraie raison est ailleurs. De très nombreuses études se sont en effet penchées sur les relations entre l’appareil manducateur et la posture : certaines ont démontré la prévalence de douleurs cervico-dorsales chez la femme ; d’autres ont pointé un lien étroit entre un dysfonctionnement de l’articulation de la mâchoire et l’arrivée d’une pathologie musculaire. Au final, plus de 50 % des personnes présentant un problème sur de l’appareil manducateur souffriraient de cervicalgies.

Une cascade de troubles

Les céphalées, lombalgies et douleurs articulaires diverses sont aussi très fréquentes. Serrer les mâchoires, grincer des dents (bruxisme) ou tout simplement avoir des dents manquantes, cassées ou usées sont autant d’occasions d’engendrer ce type de maux. Un déséquilibre de la mâchoire (avant/arrière ou droite/gauche) serait également souvent responsable de contractures musculaires asymétriques. Celles-ci représentent un vrai problème, car elles vont impacter directement la position de notre tête, influer celle des yeux et, potentiellement, perturber la vision. Étant donné que notre corps essaie toujours de se corriger, les tensions vont s’accroître : un cercle vicieux s’installe.

L’occlusion dentaire, un rouage essentiel

L’occlusion représente le contact des dents supérieures et inférieures entre elles. Ce contact doit normalement avoir lieu sur les molaires, c’est-à-dire sur les dents arrière. On ne devrait pas observer de contact sur les dents avant, les incisives. En cas de malocclusion dentaire, il se produit un déséquilibre neurologique et une compensation neuromusculaire. Le système nerveux essaie de trouver des solutions pour pallier le mauvais contact dentaire en ajustant les mouvements de l’ATM. Compenser sans arrêt n’est pas sans risque ; cela engendre un stress musculaire des muscles de la mâchoire et du cou qui, dans le temps, se transforme en douleur.

Les dents tiennent toute leur place dans le schéma corporel, et leur rôle va bien au-delà de la mastication et de l’esthétique ! Par exemple, le manque de molaires demande au corps de s’adapter, provoquant parfois des sensations d’oreille bouchée, des acouphènes, des perturbations de l’ATM, une posture contrariée. Des molaires manquantes d’un côté sont aussi source de problèmes, car la mastication qui doit normalement être symétrique est perturbée, ne se faisant que d’un côté. Cette asymétrie du travail des muscles masticateurs peut déclencher des douleurs persistantes. Si l’ostéopathe ou le kiné peuvent soulager ces maux, ils ne pourront pas, en revanche, résoudre les douleurs cervicales générées par un déséquilibre du système manducateur. En cas de malocclusion, l’orthodontiste est incontournable.

Appareils ou gouttières dentaires

Il n’est jamais agréable de devoir porter un appareil dentaire qui ressemble à un chemin de fer. Et qui, au quotidien, comporte son lot de contraintes de nettoyage. Mais de nouveaux appareils, sous forme de gouttières invisibles, fort pratiques et bien plus discrètes, séduisent de plus en plus d’adolescents et d’adultes. Elles demandent toutefois une certaine discipline : les ôter pour manger, se laver les dents et faire du sport est une chose, mais s’astreindre à les porter au moins 22 h/24 n’est pas aussi facile qu’il y paraît.

En outre, ces gouttières « révolutionnaires » ne font pas l’unanimité chez les spécialistes. Il semblerait que, selon les problématiques et les réajustements, elles ne soient pas toujours optimales. Dans tous les cas, si vous devez être appareillé, n’hésitez pas à prendre des avis auprès de plusieurs professionnels.

Les points à vérifier

Commencez par être à l’écoute de votre corps. Vous avez mal à la tête, aux mâchoires, aux cervicales, aux bras, aux coudes ou aux chevilles, malgré de nombreuses séances chez l’ostéopathe ? Il vous manque des dents ? Certaines sont usées ? Vous portez un appareil dentaire ? Vos dents sont tordues, ou en avant ? L’origine occlusale des douleurs musculaires se pose systématiquement quand, malgré une bonne literie et des allers-retours chez l’ostéopathe, les douleurs persistent et vous rappellent à l’ordre dès que vous vous levez le matin.

Attention cependant, car les douleurs musculaires peuvent avoir d’autres origines : infectieuses, tumorales, traumatiques, arthritiques... voire multifactorielles. Il est donc nécessaire de faire appel à des professionnels de santé aux spécialités différentes : ORL, physiothérapeute, posturologue, dentiste, orthodontiste, orthoptiste, ostéopathe, podologue...

Faire appel au test musculaire de la kinésiologie

Ce test doit être réalisé dans différentes configurations. En configuration de référence, le patient laisse sa bouche entre-ouverte, les dents libres de tout contact. Le thérapeute teste la résistance du patient alternativement sur le bras droit et le bras gauche, résistance qui est normalement maximale. Dans un deuxième temps, une cale de faible épaisseur est placée entre les molaires du patient d’un seul côté, dans le but de créer un déséquilibre au niveau de l’ATM. Le patient ferme la bouche et serre les mâchoires, et le thérapeute teste de nouveau la résistance sur les deux bras. Le même test est répété avec la cale placée de l’autre côté. Ce genre d’exercice montre qu’une mauvaise position de l’ATM génère des dysfonctionnements dans d’autres parties du corps, même éloignées.

Apprendre à se relaxer

Peut-être vous êtes-vous rendu compte que vous serriez les dents continuellement. Ou bien on vous a glissé à l’oreille que vous grinciez des dents la nuit... Dans les deux cas, les muscles de la mastication, du cou et de la tête sont bien trop sollicités. Résultat : ça fait mal ! Apprendre à se relaxer, à relâcher les tensions, à évacuer le stress sont chaudement recommandés. Un suivi psychologique et/ou une activité relaxante (sophrologie, yoga, médiation, etc.) sont parfois indispensables pour évacuer les tensions émotionnelles et comprendre plus précisément, par exemple, les raisons de votre bruxisme (malocclusion dentaire, alimentation néfaste, métaux lourds, parasites intestinaux, stress...).

En attendant que la thérapie porte ses fruits, le dentiste peut vous conseiller de porter, la nuit, une plaque occlusale. Celle-ci atténue les douleurs, mais ne règle pas le problème de fond. Une thérapie crânio-sacrée et maxillo-faciale chez l’ostéopathe peut aussi soulager les tensions de façon efficace.

De même, des tests de posturologie, tels ceux de Mersmann et de Romberg, seront fort utiles pour poser un diagnostic : un certain nombre de paramètres sont notés au fur et à mesure des exercices réalisés par le patient : hauteur de ses épaules, de ses index en position bras tendus à l’horizontale, déviation ou non de son corps, rotation de sa hanche et de sa tête, langueur de ses jambes, convergence oculaire, etc. Puis les tests sont refaits et les mesures sont reprises après avoir intercalé une épaisseur de 2 à 3 mm entre les mâchoires de la personne, de manière à ce que les dents ne se touchent plus. L’analyse comparative de ces deux batteries de tests donne de précieuses informations sur l’origine occlusale ou non des douleurs du patient, et permet de l’orienter vers le ou les spécialistes les plus à même de résoudre ses problèmes.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

Tags sur la même thématique mal de dos ostéopathie bruxisme appareil manducateur

Pour consulter le site sans publicités inscrivez-vous