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Nutrigénomique : protéger son ADN des mutations depuis son assiette

Article paru dans le journal nº 51 Acheter ce numéro
  • Nutrigénomique : protéger son ADN des mutations depuis son assiette

Les tests génétiques deviennent de plus en plus fréquents. De nombreux Américains y ont recours pour savoir s’ils vont avoir Alzheimer ou une maladie génétique. Mais, au-delà de cette promesse de prévention, qu’est-ce que ces tests évaluent et que nous apprennent-ils vraiment ? Et surtout comment réagir face aux résultats ? Est-ce qu’il faut absolument se faire enlever ses seins ou ses ovaires si l’on découvre que l’on est porteur du fameux gène BRCA1 comme Angelina Jolie ?

Beaucoup pensent que leurs gènes décident pour eux et que les maladies qui les attendent y sont inscrites inéluctablement. L’apport de l’épigénétique sur ce sujet est de démontrer que tout n’est pas écrit dans nos gênes. Au contraire, il y a un lien entre le constitutionnel, la génétique et l’environnement. Ainsi, un stimulus de l’environnement peut avoir une influence durable sur l’individu et l’expression de ses gènes, tout comme son alimentation, son sommeil ou encore son activité physique. Nous sommes et restons donc, pour le meilleur ou pour le pire, les propres maîtres de nos destins.

Les mystères de l’ADN et les promesses de son décryptage

L’ADN ou nos gènes contiennent « le code » qui signale à chacune de nos cellules comment fonctionner et comment se réparer. À la faveur de recherches de plus en plus avancées sur le fonctionnement de notre patrimoine génétique, les tests génétiques ont aujourd’hui le vent en poupe. À l’origine était le projet « génome humain », lancé en 1996 : ce colossal projet collectif avait pour but d’établir le séquençage complet de l’ADN du génome humain. Finalisé en 2003, il a permis d’analyser l’ADN humain et d’identifier les mutations/variations importantes qui peuvent avoir un impact sur notre santé.

De là sont nés à la fois un espoir et une promesse, celle de pouvoir identifier un risque accru chez quelqu’un de développer telle ou telle maladie (maladie coronaire, infarctus, obésité, diabète de type 2, cancer du sein, etc.) pour ensuite pouvoir tenter d’intervenir en amont pour limiter ce risque. Ces progrès techniques sont un des ressorts majeurs de l’espoir d’une «médecine préventive» compatible avec la vision scientifique et moléculaire de la santé qui caractérise l’allopathie.

L’importance de l’épigénétique et du mode de vie

Tout n’est pas inscrit dans les gènes, et nous sommes maîtres de nos destins… dans une certaine limite. C’est une des leçons majeures de l’épigénétique, branche du savoir qui analyse la régulation et l’expression des gènes, notamment en fonction de notre environnement et de notre mode de vie. Autrement dit, à partir d’un même alphabet et de mêmes règles de grammaire génétiques, on écrira des histoires de vie et de santé bien différentes en fonction de la façon dont on mène nos vies. On peut par exemple avoir la malchance d’être né avec plusieurs mutations génétiques a priori problématiques, mais en menant une vie saine et sans toxines, ces gènes ne seront peut-être jamais activés. À l’inverse, quelqu’un d’autre, plus chanceux sur le plan génétique peut développer des mutations par une exposition aux toxines, une mauvaise alimentation, etc.

Les facteurs qui peuvent modifier l’expression génétique comprennent l’exposition aux  métaux lourds, aux polluants (diesel, le tabac, etc.), aux perturbateurs endocriniens,  à la radioactivité, aux virus, aux bactéries ou encore les nutriments que nous ingérons. Notre génome humain peut donc être altéré par une exposition aux toxines, une mauvaise alimentation ou encore une surconsommation de médicaments.

Prenons un exemple : imaginons des jumeaux identiques avec le même code génétique. L’un devient un homme d’affaires pressé, consommant café, alcool, vivant sous un stress permanent, l’oreille rivée à son téléphone portable. L’autre part quant à lui vivre au Tibet pour devenir moine et pratique la méditation tous les jours.

Le premier va avoir un métabolisme plus important, plus de stress, des pics réguliers de cortisol (hormone du stress), certaines parties de son cerveau et l’équilibre de ses neuromédiateurs seront affectés par sa consommation d’alcool, son exposition aux ondes et une carence de sommeil. Il est plus probable que ce premier jumeau va présenter des signes de vieillissement prématuré et un risque de morbidité plus élevé tandis que le second va plus probablement améliorer son état de santé grâce à son mode de vie plus sain.

Comment faire fructifier son capital génétique : la nutrigénomique

Partie intégrante du mode de vie et des facteurs d’influence sur l’expression de nos gènes : l’alimentation. La nutrigénomique, champs de recherche en plein essor, tente d’instaurer un nouveau dialogue entre les sciences de la nutrition et les apports de la génétique. L’objectif : étudier leurs interactions pour prévenir par l’alimentation les maladies auxquelles nous sommes génétiquement prédisposés. C’est, d’une certaine manière, la version sophistiquée (mais encore balbutiante) des approches préventives de la santé que les médecines traditionnelles (Médecine chinoise, ayurvéda, naturopathie) promeuvent de très longue date.

Un nombre croissant d’études montrent de quelle manière certains macronutriments (protéines, acides gras), micronutriments (vitamines, minéraux) ou phytonutriments (polyphénols, alcaloïdes, isothiocyanates…) régulent l’expression de nos gènes et contribuent à la protection ou la déstabilisation de notre génome.

Il est de plus en plus évident à la lumière des études que le risque de vieillissement prématuré, de développer des maladies dégénératives ou des cancers est très en lien avec les dommages subis par notre ADN et son expression, qui dépend à son tour d’un apport équilibré en nutriments. Une quarantaine de nutriments différents sont en effet nécessaires au quotidien pour faire tourner la machine et maintenir la stabilité de notre génome.

Il y a douze ans déjà, dans l’édition de mai 2005 de Carcinogenesis, une équipe de chercheurs avait identifié neuf nutriments clés pouvant avoir un impact sur l’intégrité de nos gènes :

  • La vitamine B9, la vitamine B12, la vitamine B, la vitamine E, le rétinol (vitamine A) et le calcium ont un impact protecteur sur l’intégrité de nos gènes.
  • Tandis que la vitamine B2, la vitamine B5, et la vitamine B8 augmentent les dommages que peut subir l’ADN.

Est-ce à dire qu’il faudrait privilégier les premières au détriment des secondes ? Certainement pas, car ces dernières remplissent aussi des fonctions majeures dans l’organisme. Le tout est d’avoir une approche équilibrée et d’éviter les carences dans le premier groupe.

On parle aussi beaucoup des télomères, ces structures qui protègent l’extrémité de nos chromosomes et maintiennent leur stabilité. Ils sont notamment responsables de la prévention de la déstabilisation de nos chromosomes pendant la division de nos cellules et ont tendance à se raccourcir avec l’âge, un signe du vieillissement. Dr Elizabeth Blackburn, prix Nobel de médecine, a rappelé il y a peu que la longueur de ces télomères est également dépendante d’apports suffisants en vitamine B9, vitamine B3, C et E ou qu’ils sont fragilisés par un excès de stress oxydatif. Certaines études ont également montré qu’une complémentation en vitamine D3 ou la prise de plantes comme l’astragale boostent la télomérase.

Voici trois des mutations génétiques les plus courantes et une solution nutrigénomique pour en prévenir les effets négatifs.

  • MTHFR (Méthylènetétrahydrofolate réductase) : MTHFR est une enzyme responsable de plusieurs processus dans le corps notamment la capacité d’utiliser le folate (acide folique) pour convertir l’acide aminé homocystéine en méthionine et joue également un rôle principal dans notre processus de détoxification. La mutation MTHFR peut donner une diminution ou une augmentation de l’activité de cette enzyme et ainsi créer des excès d’homocystéine dans le corps, une carence en vitamine B9 ainsi que des problèmes de détoxification. Des études montrent que les porteurs de cette mutation ont plus tendance à développer certaines maladies telles que l’autisme, l’Alzheimer, des maladies auto-immunes ainsi que de faire des fausses couches à répétition ou avoir des enfants avec une anomalie du tube neural.

La solution nutrigénomique : si on a la mutation qui s’exprime par une diminution de l’activité de cette enzyme, il est important de consommer du folate sous forme méthylée, car le corps n’arrive pas bien à le faire et de la vitamine B12 (feuilles et légumes verts tels qu’épinards, asperges, etc.). Il est également important de diminuer sa consommation d’alcool et d’aider son corps à éliminer les toxines.

  • APOE : autrement appelé le gène de la graisse, il est situé sur le chromosome 19 et responsable pour le codage d’une protéine appelée apolipoprotéine E. Cette protéine joue un rôle principal dans le métabolisme et le transport des graisses, de cholestérol et des vitamines liposolubles. Il existe trois variations de ce gène (E2, E3 et E4) et tout le monde est porteur d’une ou de plusieurs combinaisons de ces variations. Selon les combinaisons, le fonctionnement de la protéine varie. Les porteurs d’APOE4 ont par exemple un risque plus élevé de développer une maladie d’Alzheimer ou des maladies cardiovasculaires. Il se trouve également que ces mêmes porteurs tolèrent moins bien les graisses saturées (beurre, lard, huile de coco, etc.) et auraient probablement plus intérêt à manger selon un régime méditerranéen avec des graisses poly-insaturées comme l’huile d’olive. Il semblerait également que les porteurs d’APOE4 n’ont pas les bénéfices habituels de la consommation d’Oméga-3 (effet habituellement anti-inflammatoire).

La solution nutrigénomique : Mangez et vivez de la façon la plus saine et équilibrée possible. Évitez également les graisses saturées et les Oméga-3.

  • CYP1A2 (ou le métabolisme du café) : ce gène contrôle l’activité de l’enzyme P4501A2, responsable du métabolisme du café. Il existe deux variantes de ce gène : une qui diminue le métabolisme du café et l’inverse. Ces deux variantes expliquent probablement la raison pour laquelle les résultats des études sur les bienfaits du café sont aussi contradictoires. En effet, pour quelqu’un qui métabolise lentement le café, même une consommation modérée augmente de façon importante le risque d’AVC ou d’hypertension artérielle. Une consommation de café au quotidien peut même entraîner des problèmes de fertilité chez les femmes qui métabolisent lentement le café ainsi que des risques de fausse couche. À l’inverse, pour les personnes qui métabolisent vite le café, même de façon importante et au quotidien, le café semblerait protéger contre ces mêmes problèmes (AVC, hypertension, etc.).

La solution nutrigénomique : éviter le café si on le métabolise lentement et l’inverse. Nul besoin de faire un test génétique. De façon générale je pense que l’on sent soi-même les effets du café sur notre corps. Si vous avez du mal à vous endormir le soir après un café pris en fin d’après-midi, cela peut vouloir dire que vous mettez du temps à métaboliser le café (il reste plus longtemps dans votre sang).

Tests génétiques préventifs : les faire ou pas ?

Notre conseil est d’essayer de ne pas se laisser tenter par ces tests génétiques : en effet, nous ne disposons pas vraiment d’assez d’éléments à ce stade pour les analyser précisément, et surtout pour pouvoir y répondre de manière totalement satisfaisante étant donné les multiples liens de causalité dont certains nous échappent encore. Mais manger de façon saine, équilibrée et dense en nutriments, pratiquer du sport de façon régulière, bien dormir et diminuer son stress.

Rappelons que les recherches sont toutes convergentes pour montrer le lien entre une grande consommation de fruits et légumes, qui la principale source de micronutriments et d’antioxydants, et la réduction du risque de cancer (jusqu’à 50 % pour certains d’entre eux).

Si toutefois, vous vous laissiez tenter, rappelez-vous que la réaction à adopter face à ces tests génétiques n’est surtout pas la résignation, mais une modification en profondeur de votre mode de vie.

 

Références :

« A Brief History of Epigenetics ». Gary Felsenfeld, janvier 2014.

"Nutrigenomics : The Genome-Food Interface", M. Nathaniel Mead, Environmental health Perspect, 2007.

Coffee, CYP1A2 genotype, and risk of myocardial infarction. Cornelis MC, El-Sohemy A, Kabagambe EK, Campos H, JAMA 2006.

« Caffeine Intake, CYP1A2 polymorphism and the risk of recurrent pregnancy loss ». Mol Hum Reprod. Sata F, et al., 2005.

« Prolonged postprandial responses of lipids and apoliproteins in triglyceride-rich lipoproteins of individuals expressing an apolipoprotein epsilon 4 allele »., N Bergeron and R J Havel, 1996

"Low intake of calcium, folate, nicotinic acid, vitamin E, retinol, beta-carotene and high intake of pantothenic acid, biotin and riboflavin are significantly associated with increased genome instability--results from a dietary intake and micronucleus index survey in South Australia", Fenech M1, Baghurst P, Luderer W, Turner J, Record S, Ceppi M, Bonassi S.

"Anticancer Properties of Fruits and Vegetables, A Scientific Review", Ajaikumar B Kunnumakkara & al., 2015

“Association between telomere length in blood and mortality in people aged 60 years or older,”, Cawthon, R.M., Smith, K.R., O’Brien, E., et al, Lancet 2003.

“Resveratrol-induced augmentation of telomerase activity delays senescence of endothelial progenitor cells.”, Wang XB & al, Chin Med J., 2011

A Natural Product Telomerase Activator Lengthens Telomeres in Humans: A Randomized, Double Blind, and Placebo Controlled Study.Salvador L, Rejuvenation Res.

Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com
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