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Risque nucléaire : prendre de l’iode en prévention, bonne ou mauvaise idée ?

Article paru dans le journal nº 99 Acheter ce numéro
  • Une prise excessive et quotidienne d’iode peut s'avérer délétère. Une prise excessive et quotidienne d’iode peut s'avérer délétère.

Depuis l’éclosion de la guerre en Ukraine, le risque nucléaire est souvent abordé par les politiques et dans les médias. Résultat : les demandes de pastilles d’iode en pharmacie et les ventes sur Internet explosent. Mais une supplémentation en iode ne doit pas être prise à la légère.

L’iode est un oligoélément d’origine naturelle essentiel à notre organisme. Il contribue principalement à la fabrication des hormones produites au sein de la glande thyroïde, dont le rôle est primordial pour la croissance et le développement des enfants. À l’âge adulte, il continue d'agir, notamment sur la régulation de la température corporelle, sur le fonctionnement du système nerveux ou encore dans la production d’énergie. L’apport journalier en iode nécessaire au bon fonctionnement de notre corps avoisine les 150 microgrammes (μg) pour les adultes et provient principalement de notre alimentation, voire de l’air que l’on respire si l’on a la chance d’habiter près de la mer.

Si une carence avérée en iode est une cause majeure de dérèglement thyroïdien, tout excès est également délétère. En effet, une prise excessive d’iode (supérieure à 600 μg/j chez l’adulte et à 200-300 μg/j chez l’enfant) peut notamment entraîner diarrhées, maux de tête, dysfonctionnement cardiaque, mais également, sur le long terme, déclencher une thyroïdite d’Hashimoto, voire provoquer la mort si l’on dépasse les 2 à 3 g par jour.

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L’iode pour se protéger de la radioactivité

En France, la réglementation de la distribution et de l’achat en pharmacie d’iode en prévention des risques nucléaires est très stricte, car réservés aux situations d’urgence. Ainsi, il n’existe qu’un médicament spécifique autorisé sur le marché et il est commercialisé par la Pharmacie centrale des armées. Produit sous forme de pastilles de 65 mg d'iodure de potassium – soit bien plus que les doses journalières préconisées –, il n’est disponible que dans les pharmacies et pour les personnes installées dans un rayon de 20 km d’une centrale nucléaire.

Ainsi, cette prise massive d’iode « stable » a pour but de saturer préventivement la thyroïde. L’objectif : que cette dernière n’absorbe pas d’iode radioactif issu d’un accident nucléaire (qui peut contaminer aussi bien l’air, l’eau que les aliments par les sols), un facteur de risque pour le cancer de la thyroïde. En outre, pour que ce processus de saturation soit optimal, il doit être réalisé seulement deux heures avant l’exposition radioactive et jusqu'à six à douze heures après (la protection baisse de moitié). Il est donc inutile de consommer de l’iode longtemps à l’avance en l’absence de risques avérés, en particulier sous cette forme au dosage bien trop élevé. Précisons en outre que la prise d’iode « stable » ne protège pas contre d’autres éléments radioactifs, tels que le césium 137 ou le strontium, répandus dans l’environnement lors des accidents de Tchernobyl et de Fukushima par exemple.

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Des algues pour faire le plein d'iode ?

S’il existe d’autres préparations de pharmacie contenant de l’iode et de l’iodure de potassium en grande quantité, elles sont destinées aux patients en préparation d’une ablation totale ou partielle de la thyroïde, ou souffrant de thyrotoxicose grave (généralement en lien avec une maladie de Basedow). Quant à la supplémentation avec des compléments alimentaires dédiés (ampoules) ou des complexes multivitaminés courants, elle n’a pas grand sens dans ce contexte, car leurs dosages en iode, en France, respectent toujours les AJR (150 μg) et ne suffiraient pas, sans en prendre une quantité extravagante, à saturer la thyroïde.

Ainsi, si vous préférez prendre vos précautions en ayant chez vous de quoi faire le plein d’iode le moment venu – soit, rappelons-le, deux heures avant exposition – si par malheur le besoin devenait à la fois réel et imminent, il serait sans doute plus simple de se tourner vers les algues brunes (fucus vésiculeux, kombu ou encore wakamé) qui peuvent contenir jusqu’à 10 mg d’iode par gramme de végétaux ! Mais là encore, rien d’évident, car la concentration en iode de ces algues est très variable et rarement connue du consommateur...

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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