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Hydne hérisson : un champignon médicinal pour les neurones

Article paru dans le journal nº 74 Acheter ce numéro
  • Hericium erinaceus Hericium erinaceus

Ce champignon de la pharmacopée chinoise est actuellement l’objet de nombreuses études qui mettent en lumière des potentiels prometteurs, notamment dans la protection et la réparation des fibres nerveuses devant des affections comme la dépression, Alzheimer, Parkinson et l’épilepsie.

En MTC, un antifatigue et un protecteur du système digestif

L’Hericium erinaceus (HE), connu aussi sous les appellations d’hydne hérisson en français ou Lion’s Mane en anglais, se déploie en filaments blancs retombants, qui peuvent faire penser à une chevelure ou une crinière. En médecine traditionnelle chinoise , il est réputé pour traiter les inflammations de l’estomac et du tube digestif , ulcères et gastrites, tout particulièrement en présence d’ Helicobacter pylori, bactérie contre laquelle HE active une voie immunitaire spécifique.

La littérature chinoise ancienne le donne également comme un reconstituant et un antifatigue physique et cognitif, vertus pour lesquelles plaide sa composition variée en minéraux (dont les précieux sélénium et germanium), acides aminés, vitamines et polysaccharides, pour ne citer que ceux-là. Une étude de 2015 a notamment révélé qu’HE réduit les taux d’acide lactique dans le sang, et qu’il augmente la teneur en glycogène des tissus et l’activité des enzymes anti-oxydantes.

Confirmation scientifique des propriétés protectrices et régénérantes d'Hericium erinaceus sur les neurones

Le stress oxydatif et l’inflammation subis par les cellules nerveuses et gliales du système nerveux, en particulier dans le cerveau, sont des facteurs-clés dans l’apparition des maladies neurodégénératives. Jusqu’ici, les médicaments couramment utilisés contre ces pathologies ont montré des bénéfices assez limités, pour des effets secondaires souvent rébarbatifs. Ces dernières décennies, avec le regain d’intérêt pour les remèdes traditionnels, différentes études scientifiques ont validé les propriétés protectrices et anti-inflammatoires d’Hericium erinaceus sous forme de poudre crue, de décoction ou d’extrait alcoolique vis-à-vis des cellules nerveuses, sans aucun désagrément collatéral identifié.

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Des composés uniques qui traversent la barrière hémato-encéphalique

Comme de nombreux autres champignons, l’Hericium erinaceus est très riche en bêta-glucanes, une famille particulière de polysaccharides aux multiples vertus (immunitaires, métaboliques…). Mais la spécificité de l’Hericium tient à sa teneur en deux familles de molécules de petite taille, les héricénones et les érinacines, capables de franchir la barrière hémato-encéphalique.

Ces composés stimulent la production de NGF (nerve growth factor, ou facteur de croissance nerveuse), le premier connu d’une famille de facteurs nécessaires à la survie et la différenciation des neurones. Les recherches plaident pour un rôle essentiel du NGF dans la récupération anatomique et fonctionnelle des tissus nerveux lésés , ainsi que dans la prévention et l’amélioration de la dégénérescence neuronale.

Le NGF est fabriqué par un grand nombre de cellules, mais sa production diminue avec l’âge et la maladie. Utiliser directement le NGF en prévention est malheureusement stérile car c’est un peptide de gros poids moléculaire incapable de franchir la barrière hémato-encéphalique. C’est pourquoi les héricénones et les érinacines, capable de promouvoir la synthèse du NGF de l’intérieur, attisent l’intérêt des scientifiques, pour des problèmes aussi différents que l'épilepsie, les troubles de l'humeur et du sommeil, la déficience cognitive liée à l'âge ou Alzheimer, et même la longévité.

Épilepsie

L’épilepsie se caractérise par une augmentation soudaine de l’activité électrique dans le cerveau ou seulement une région précise, entraînant une perturbation temporaire de la communication entre les neurones. On ignore ce qui provoque ce phénomène et s’il est une maladie en soi ou plutôt un symptôme d’une souffrance neuronale sous-jacente. Des observations à l’IRM et des examens histologiques sur des patients décédés pendant un épisode convulsif généralisé montrent, chez une partie des sujets, une importante perte neuronale et une gliose aigue au niveau de l’hippocampe.

Une étude coréenne (1) sur la souris a montré que la prise d’extraits crus d’HE protégeait les neurones de l’hippocampe après un épisode épileptique , à des doses de 60 et 120 mg/kg. Une autre étude a mis en évidence que la prise d’un extrait alcoolique d’HE induisait un effet anti-inflammatoire significatif sur les cellules nerveuses et gliales de l’hippocampe.

Troubles de l’humeur et du sommeil

Les données épidémiologiques indiquent que les personnes sujettes au surpoids et à l’obésité ont un risque accru de développer des troubles de l’humeur (dépression, anxiété, troubles du sommeil et des comportements alimentaires…). Sur une période d’essai de 8 semaines, une étude milanaise (2) constate qu’une supplémentation d’HE par voie orale réduisait la dépression, l’anxiété et les troubles du sommeil , selon un questionnaire d’auto-évaluation.

En plus de ce dernier, les chercheurs ont également mesuré les taux sanguins de pro-BDNF (pro-brain-derived neurotrophic factor), un facteur de croissance neuronal proche du NGF qui fait consensus en tant qu’indicateur de la dépression. Après les 8 semaines de prise d’HE, les niveaux sanguins de pro-BDNF avaient augmenté significativement .

Ces améliorations sur l’humeur et la qualité du sommeil sont d’ailleurs extensibles au-delà du seul groupe des personnes en surpoids, comme l’indique une autre étude (3), japonaise cette fois.

Alzheimer : les promesses des champignons

Une étude chinoise (4) a investigué les propriétés d’HE dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer sur des souris. L’administration orale du champignon d’une part, de son extrait alcoolique d’autre part, ont réduit l’agrégation protéique composant les plaques amyloïdes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives. Simultanément, la prise d’HE a augmenté les niveaux de l’enzyme IDE (Insulin Degrading Enzyme), désormais connue pour son habileté à dégrader la bêta-amyloïde.

Le nombre de cellules gliales touchées par la plaque amyloïde dans le cortex et l’hippocampe a ainsi diminué, tandis que les taux de NGF et la neurogénèse y progressaient. Ces progrès se sont exprimés par une amélioration des aptitudes aux activités de la vie quotidienne des souris.

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pour prévenir les troubles cognitifs

Hydne hérisson et déficience cognitive légère liée à l’âge

Une étude japonaise (5) a mesuré l’efficacité d’une supplémentation orale de Yamabushitake (nom usuel d’Hericium erinaceus au Japon) sur un groupe de personnes âgées de 50 à 80 ans ayant fait l’objet d’un diagnostic de déficience cognitive légère. Les sujets ont reçu quatre tablettes de 250 mg composées à 96 % de poudre de Yamabushitake et ce, trois fois par jour pendant 16 semaines.

Ceux qui avaient reçu le complément ont montré une amélioration de leurs scores cognitifs dès la huitième semaine et jusqu’à la fin de l’essai , en comparaison avec ceux qui recevaient le placebo. Cependant, un mois après la fin des 16 semaines de supplémentation, les scores ont diminué significativement. Les bénéfices d’HE sont donc bien réels, mais seulement dans le cadre d’une consommation régulière.

Champignon et longévité

Les nombreuses propriétés d’HE ont donné à certains l’envie d’en connaître l’impact sur la longévité. Une étude coréenne (6) de 2018 a donc évalué cet aspect sur la mouche du vinaigre ( Drosophila melanogaster) et la souris. Les résultats révèlent que la supplémentation en HE a bien augmenté la longévité tant de la mouche que de la souris, avec des maximums de 32 % et 23 % respectivement par rapport aux groupes contrôle.

De plus, les chercheurs ont observé une diminution des niveaux de TBARS, un marqueur de l’oxydation des lipides servant d’indicateur de l’intensité du stress oxydatif, et une augmentation de l’activité enzymatique anti-oxydante (notamment la superoxide dismutase, la catalase et la glutathion peroxydase). Enfin, comme l'explique

Il reste encore beaucoup à apprendre sur cet extraordinaire champignon, dont la recherche continue de découvrir les actifs. Mais le public n’a pas attendu pour le plébisciter ; on peut le trouver facilement de nos jours sous forme de complément alimentaire en poudre, gélules ou comprimés dans les rayons des magasins diététiques.

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Références

(1) « The Neuroprotective Effect of Hericium erinaceus Extracts in Mouse Hippocampus after Pilocarpine-Induced Status Epilepticus ». International Journal of Molecular Science, 2019

(2) « Hericium erinaceus Improves Mood and Sleep Disorders in Patients Affected by Overweight or Obesity: Could Circulating Pro-BDNF and BDNF Be Potential Biomarkers? », Evidence Based Complementary Alternative Medicine, 2019

(3) « Reduction of depression and anxiety by 4 weeks Hericium erinaceus intake », Biomedical Research, 2010.

(4) « Erinacine A-enriched Hericium erinaceus mycelium ameliorates Alzheimer's disease-related pathologies in APPswe/PS1dE9 transgenic mice », Journal of Biomedical Science, 2016

(5) « Improving effects of the mushroom Yamabushitake (Hericium erinaceus) on mild cognitive impairment: a double-blind placebo-controlled clinical trial. », Phytotherapy Research, 2009.

(6) « Erinacine A-enriched Hericium erinaceus mycelia promotes longevity in Drosophila melanogaster and aged mice », Plos One, 2019

 

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