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La contraception naturelle : quelles alternatives à la pilule ?

Article paru dans le journal nº 57 Acheter ce numéro
  • La contraception naturelle : quelles alternatives à la pilule ?

Bien souvent les femmes ne connaissent pas tous les moyens de contraception dont elles disposent et ne sont pas complètement informées sur ceux qu’elles utilisent. Bien au contraire, leur composition, leur fonctionnement, leur fiabilité et les effets secondaires sont souvent insuffisamment connus. Certaines se tournent vers les méthodes de contraception naturelles dénuées de toute hormone de synthèse. Réputées peu fiables, elles seraient pourtant très efficaces, à certaines conditions d’après les experts qui forment à ces méthodes. Tour d’horizon des méthodes actuellement utilisées.


Quand on parle de contraception, on pense tout de suite à la pilule. « 90% des Françaises nées après 1950 ont pris ou prendront au moins une fois dans leur vie la pilule », écrit Sabrina Debusquat, journaliste indépendante, spécialiste des questions de santé. Les récents scandales concernant les pilules de 3e et 4e génération, accusées d’être à l’origine d’AVC de jeunes femmes et soupçonnées de favoriser des embolies pulmonaires, ont poussé beaucoup de femmes à s’en détourner et à s’interroger sur les moyens de contraception à leur disposition.

La pilule : cette avancée pour les femmes au goût amer


Fatigue chronique, anémie, diabète, cholestérol, allergies alimentaires, kystes aux ovaires, infections urinaires et vaginales, prise de poids, perte de libido… Rares sont les femmes qui ne sont pas alertées sur les effets indésirables liés à la pilule ou n’en ont pas fait elles-mêmes l’expérience. En revanche, beaucoup n’en mesurent pas précisément l’ampleur.

En 2012, une jeune femme, lourdement handicapée après un AVC, portait plainte contre le laboratoire Bayer, fabricant de la pilule Méliane (pilule de 3e génération) qu’elle jugeait responsable de son accident. 130 autres plaintes ont suivi, visant 29 marques de pilules de 3e et 4e génération, huit laboratoires et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le parquet avait alors décidé d’ouvrir une information judiciaire, mais au terme de quatre ans d’enquête l’affaire a été classée. Dans sa décision datée du 16 juin, le parquet a estimé que les investigations n’ont pas permis de « caractériser » une infraction pénale.

Mais cette affaire a provoqué une prise de conscience. Depuis, les études, notamment celles de l’ANSM, ont montré que les risques de thrombose étaient deux fois plus élevés pour les femmes prenant une pilule de 3e et 4e génération que celles qui prennent une pilule de 2e génération et quatre fois plus élevés que celles ne prenant pas la pilule. En conséquence, depuis 2012, les parts de marchés des pilules contraceptives de 1re et 2e génération par rapport aux dispositifs de troisième et quatrième générations sont en constante augmentation.


Cependant, les pilules de 1re et 2e génération présentent elles-mêmes d’autres risques non moins négligeables. Les pilules, toutes générations confondues, utilisées dans 90% des cas sont dites « combinées ». Elles contiennent des œstrogènes et de la progestérone synthétiques, imitant les hormones naturelles du cycle féminin. Les compositions ont évolué au fur et à mesure des générations pour être plus faiblement dosée en œstrogènes, afin de limiter ces effets indésirables.


Pour autant, aucune pilule n’est exempte d’effets secondaires, comme l’explique Sabrina Debusquat dans son livre J’arrête la pilule. Les principaux effets secondaires des pilules dites de 1re génération sont « les nausées, les migraines et les tensions mammaires ». Elles ont donc été remplacées du fait de leur dosage hormonal jugé bien trop élevé. Les pilules dites de 3e  génération diminuent quant à elles « l’acné et les effets négatifs sur le système cardio-vasculaire » par rapport aux pilules des précédentes générations, mais augmentent « le risque de thromboembolie », conclut Sabrina Debusquat. Elle cite la chercheuse britannique Ellen Grant qui a travaillé sur le développement de la contraception orale en Grande-Bretagne : « On croit qu’il suffit de changer les doses d’œstrogènes et de progestatifs (les hormones contenues dans les différentes pilules) pour supprimer les effets secondaires sur le métabolisme », or ce sont simplement « des effets différents ».


Le Pr Henri Joyeux, très critique sur les questions de contraception, décrit la pilule comme « une méthode chimique qui n’est jamais expliquée aux femmes ». Dans la préface du livre de Milène Clichy, Vivre naturellement sa fertilité, dans lequel elle explique sa méthode des indices combinés pour suivre les étapes de son cycle – il affirme que lorsqu’on prescrit la pilule aux femmes, on ne leur explique pas « comment elle empêche l’ovulation », ni que « les doses d’hormones reçues par l’organisme sont incomparablement plus fortes que celles fabriquées naturellement par les ovaires ». Par ailleurs, le centre de pharmacovigilance de l'OMS vient d'alerter sur le fait la contraception hormonale peut, chez certaines femmes, faire fluctuer le désir sexuel… voire l’anéantir totalement.


De fait, l’imprégnation hormonale artificielle de femmes sous pilule parfois tout au long de la vie n’est pas anodine. La prise massive de la pilule contribue d’ailleurs à un problème de santé publique plus large, celui des perturbateurs endocriniens. Au même titre que d’autres résidus médicamenteux, des résidus hormonaux de pilules passent dans les eaux usées (via les urines et les matières fécales), les rivières, les mers et, en bout de chaîne, l’alimentation et probablement l’eau du robinet.

Au-delà des problèmes cardiovasculaires, la prise continue et longue de la pilule génère des risques accrus de certains cancers. Sabrina Debusquat s’est appuyée sur des études de l’Inserm pour avancer que les femmes nées après 1950 ont « 2,5 fois plus de risques de développer un cancer du sein que celles nées en 1910 et n’ayant pas connu la pilule ». Une étude du CIRC de 2005 réactualisée en 2012 rapportait un risque accru de cancers du sein, du col de l’utérus et du foie en lien avec la prise des pilules combinées. La pilule microprogestative peut elle aussi faire augmenter le risque de cancer du sein et de l’utérus. D’autres études récentes, citées par Sabrina Debusquat, indiquent que la contraception orale doublerait les risques de cancer du sein. De ce fait, l’ANSM recommande aux professionnels de santé que les pilules (toutes générations confondues) ne soient prescrites qu’en deuxième recours, après le stérilet.

Le stérilet : entre mythes et habitudes tenaces


Son vrai nom est DIU pour dispositif intra-utérin. Il en existe deux sortes : DIU cuivre et DIU hormonal qui contient une hormone progestative. Dans les deux cas, il s’agit d’un petit dispositif en forme de T que l’on introduit dans la cavité utérine. Il est, dans le monde, le deuxième moyen de contraception le plus employé (22%), derrière la stérilisation (30%) et loin devant la pilule (14%).


En France, il est beaucoup moins utilisé. Sabrina Debusquat pointe du doigt une réalité persistante dans l’hexagone : les médecins ne le présentent que rarement aux jeunes femmes et parfois sans raison médicale fondée, préférant proposer la pilule. Pendant longtemps, on l’a pensé réservé aux femmes ayant déjà eu des enfants. En octobre 2014, l’Académie américaine de pédiatrie mettait en avant l’efficacité du DIU par rapport à la pilule, le recommandant également aux adolescentes de plus de 15 ans. En France, depuis 2004, les autorités sanitaires recommandent l’utilisation du dispositif intra-utérin, depuis qu’il a été démontré qu’il n’y a pas plus de risques d’infections, de salpingites ou d’infertilité que chez les femmes ayant déjà eu des enfants. Mais les habitudes et les soupçons sont tenaces. Alors que le DIU est « plus efficace et moins dangereux, écrit Sabrina Debusquat, de nombreux médecins français refusent toujours de le prescrire ».


Le DIU en cuivre a l’avantage d’être naturel, à la différence du DIU hormonal dont le fonctionnement est semblable à celui de la pilule. Il dispose d’un réservoir qui contient une hormone, le lévonorgestrel, qui est une copie chimique de la progestérone. Les stérilets fonctionnent différemment de la pilule. Qu’il s’agisse du DIU en cuivre ou à la progestérone, ils ne bloquent pas l’ovulation mais empêchent la nidation d’un embryon. La présence du corps étranger génère une inflammation locale (stérilet en cuivre) ou une atrophie (stérilet à la progestérone).
Certains gynécologues, n’étant favorables ni à la pilule ni au stérilet, recommandent tout simplement l’utilisation de préservatifs, arguant que les hommes doivent prendre leur part dans la contraception.

Les méthodes de contraception naturelles


« La chimie est-elle vraiment faite pour diriger le corps de la femme qui est lui-même géré par une symphonie hormonale aussi précise qu’une horloge ? », interroge le Pr Joyeux. Conscientes des problèmes posés par la contraception hormonale, de plus en plus de femmes font le choix d’adopter des méthodes de contraception dites naturelles. Elles ont l’avantage de n’avoir aucun effet secondaire mais demandent un certain investissement personnel. Elles reposent sur l’observation du cycle et sur les signes corporels que la femme peut percevoir pour en déduire sa fertilité, comme la glaire cervicale, la température et les modifications du col de l’utérus.

Milène Clichy a été sous pilule (Diane 35) pendant 5 ans. Elle a souffert de nombreux effets secondaires : troubles psychiques (fatigue, changements d’humeur constants, crise de larmes inexpliquées) et physiques (infections urinaires de plus en plus violentes, jusqu’à évacuer des caillots de sang). Elle a alors décidé d’arrêter la pilule et s’est mise à rechercher une méthode « naturelle et écologique » qu’elle pouvait estimer fiable. Aujourd’hui formatrice en planning familial naturel, elle forme les femmes à gérer leur fertilité naturellement avec la méthode des indices combinés, méthode créée par la gynécologue irlandaise Anna Flynn au début des années 1980.

Quels indices sont utilisés par ces différentes méthodes ?

  • Calendrier

Du nom du médecin japonais qui l’a inventée, la méthode dite Ogino ne repose sur aucun des indices précédents, mais sur un comptage calendaire. On estime que l’ovulation se produit 14 jours avant la date du 1er jour des règles, on sait également que les spermatozoïdes peuvent survivre pendant 5 jours en attendant l’ovulation et que l’ovule, lui, ne vit que 2 heures. Une femme doit donc s’abstenir ou utiliser des méthodes barrières de la période allant de 6 jours avant l’ovulation jusqu’à 2 jours après. Autant dire que pour une femme aux cycles irréguliers cette méthode est à proscrire (d'où l'expression "bébé Ogino"). Seules des femmes n’ayant pas peur de tomber enceinte peuvent se lancer.

  • La glaire cervicale

La sensation et l’observation vont compter : est-ce qu’elle est apparente, quel est son aspect, la femme se sent-elle humide ou mouillée ? Les méthodes Billings et Creighton, par exemple, recommandent d’observer quotidiennement la glaire cervicale et de s’abstenir en période fertile. Milène Clichy note cependant un problème avec la glaire, lié à notre alimentation : nous mangeons « des produits chimiques, des hydrocarbures, des OGM, des pesticides ». Résultat : l’information que l’on déduit en observant une sécrétion perd en fiabilité et ce seul indice ne peut suffire.Très peu de méthodes s’intéressent au col de l’utérus. Mais il l’est par exemple dans la méthode des indices combinés par Milène Clichy qui préfère employer tous les indices disponibles pour une fiabilité optimale. L’ouverture, la sensation, la position et la glaire au col seront les quatre indices à observer.

  • La température

La température est une donnée objective, elle s’élève après l’ovulation. Nos grands-mères utilisaient cette vieille méthode naturelle, les unions avaient toujours lieu en deuxième partie de cycle, après l’ovulation. Seul inconvénient, comme la pilule, il faut la prendre tous les jours à heure fixe, de préférence au réveil. Heureusement, aujourd’hui, il existe des thermomètres qui sont de véritables ordinateurs portables, comme Lady-Comp, certains modèles sont de la taille d’un téléphone comme Pearly ou Daysy. Ils intègrent un réveil pour vous rappeler de prendre votre température chaque matin en vous levant. Vous prenez votre température sous la langue et en fonction de la lumière qui s’affiche sur l’écran, vous savez si vous êtes en période fertile ou non. Il existe également des applications pour smartphone qui fonctionnent presque de la même façon : vous renseignez les informations concernant votre cycle via l’application, vous prenez également votre température tous les matins et vous voyez apparaître un message « fertile » ou « non fertile » s’afficher. Lady-Comp, Pearly, Daysy et certaines applications reposent sur un logiciel de prévision qui interroge et compare avec les données de cycles de milliers d’autres femmes. En gros il s’agit d’un algorithme qui choisit toujours l’option la plus sûre et préférera afficher « fertile » en cas de doute. Il est donc très fiable pour la plupart des femmes, mais moins bien adapté aux cycles irréguliers.

Des méthodes préfèrent combiner les deux derniers indices pour plus de sécurité, comme la méthode du Cler ou la symptothermie. Pour la méthode du Cler, il est recommandé d’être épaulée par un moniteur pendant plusieurs séances (trois à cinq séances d’une heure). Il y a d’abord une formation générale pour expliquer notamment l’anatomie, le déroulement du cycle puis des entretiens individuels pour voir comment se déroule l’observation et s’il y a des difficultés.

Ces méthodes naturelles ne peuvent être fiables que si elles sont rigoureusement observées et demandent un investissement personnel, ne serait-ce que pour être capable de les utiliser. Milène Clichy estime qu’il suffit « d’une journée de formation, une fois dans sa vie pour être capable dès le lendemain de s’observer seule ». Mais s’observer seule implique de le faire consciencieusement tous les jours.

Quelle fiabilité ?

Il est difficile de savoir quelle méthode de contraception peut nous convenir. Aucune n’est efficace à 100%, mais l’indice de Pearl peut nous donner de sérieuses indications. Il permet de mesurer la fiabilité des méthodes de contraception et donne deux indices de fiabilité, un théorique et un pratique. Prenons les plus fiables selon l’indice de Pearl :

 

  • Les DIU, avec un taux d’échec annuel de 0,8% pour les stérilets en cuivre et 0,1% pour les stérilets hormonaux. Néanmoins certaines femmes ne le supportent pas et ils peuvent notamment provoquer des règles plus douloureuses ou bien plus abondantes et plus longues.
  • La méthode Creighton est aussi l’une des plus fiable avec un taux d’échec de 0,1% à 0,5% par an si on l’utilise parfaitement, mais dans l’utilisation courante sa fiabilité diminue et le risque monte jusqu’à 5%. Le problème vient de l’observation de la glaire qui implique une part de ressenti et peut de plus être brouillée par notre alimentation, comme expliqué plus haut.
  • Pour le préservatif, le risque n’est que de 2% mais, dans la vie courante, les échecs peuvent être plus importants, allant jusqu’à 15%.
  • La pilule présente un risque de seulement 0,3% si on l’utilise parfaitement mais qui atteint 8% en pratique. La prise tous les jours et à heure fixe est bien souvent difficile à tenir, sans oublier les nombreux effets secondaires détaillés plus haut
  • Une méthode de contraception naturelle fait également partie des plus fiables, la méthode de symptothermie présente un risque de 2%, qu’il s’agisse de l’utilisation théorique ou de l’utilisation courante. Mais à une condition : que le couple opte pour l'abstinence en période fertile (10 à 15 jours par mois). Dans les faits, les couples optent plutôt pour des "méthodes barrières" (préservatifs masculin et féminin, diaphragme, etc.) durant cette période fertile, et c'est donc l'indice de confiance de la méthode barrière choisie qui va s'appliquer (voir lien en fin d'article).


Les autres méthodes de contraception naturelles ne sont pas considérées comme les méthodes les plus fiables selon l’indice de Pearl.

La contraception naturelle au temps des applis


Pour ce qui est des applications de plus en plus nombreuses (une centaine sur iTunes et Google Play) se proposant de calculer vos jours de fertilité, des chercheuses de l’université de Georgetown aux États-Unis en ont soumis 40 à des tests de fiabilité sur la base de 10 critères objectifs, chacun noté sur une échelle de 5. Il ressort de cette étude de 2016 que sur les 40 applications sélectionnées, 30 prédisaient les jours de fertilité, et 10 non… Les cinq applications les plus précises et ayant reçu les meilleurs scores d’évaluation dans l’étude sont dans l’ordre : Ovulation Mentor, sympto.org, iCycleBeads, LilyPro, Lady Cycle.


Références :


Indice de Pearl de toutes les méthodes selon l’OMS

- Sabrina Debusquat, J’arrête la pilule, éd. Les liens qui libèrent, 2017.

- Milène Clichy & Stéphan Técher, Vivre sa fertilité naturellement avec les indices combinés, éd. le Hêtre Myriadis, 2014.

- Pr Henri Joyeux : Femmes si vous saviez. Les hormones, de la puberté à la ménopause, éd. François-Xavier de Guibert, 2004. Comment enrayer l’épidémie des cancers du sein et des récidives, avec le Dr Bérengère Arnal, éd. François-Xavier de Guibert, 2007.

- Étude ANSM

-Ibarlueza J.J et al., « Breast cancer risk and the combined effect of environmental oestrogens », Cancer Causes and Control, 2004.

- « The Performance of Fertility Awareness-based Method Apps Marketed to Avoid Pregnancy », American Board of Family Medicine, 2016

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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