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Complément alimentaire :
des règles floues

Article paru dans le journal nº 83 Acheter ce numéro
  • Une récolte ­mécanique pénalise la quantité de molécules actives et leur qualité.Une récolte ­mécanique pénalise la quantité de molécules actives et leur qualité.

Le chiffre est éloquent : 350 200 milliards de dollars. C’est le poids du marché mondial du complément alimentaire (dont 1,9 milliard d’euros en France), où foisonnent toutes sortes de formulations et de laboratoires proposant une offre vaste, florissante de promesses. Pourtant, dans ce domaine, a priori sans risque selon sa définition, bien choisir demande tantôt du discernement, tantôt de l’expertise…Mais également de connaitre et d'avoir conscience de leurs modes de productions.

Nombreux sont les laboratoires producteurs de compléments alimentaires. Cette profusion peut apporter l’embarras du choix. Certains se tourneront vers des marques renommées là où d’autres choisiront la proximité. Les gros laboratoires seront tantôt perçus comme un gage de confiance, tantôt comme une industrie qui, dans ce contexte, est dépréciatif. Les petits producteurs, ne proposant qu’une gamme réduite et ciblée, auront, eux aussi, leur valeur auprès d’un certain public alors qu’ils manqueront de crédibilité pour d’autres. Les critères de choix varient autant que les besoins des consommateurs diffèrent. Et il n’y a pas de règles quant à l’identification de bons ou de mauvais producteurs. Les gros ne sont ni meilleurs ni moins bons que les petits, c’est du cas par cas. À l’épreuve des hypothèses biologiques ou au regard des méthodes de culture, récolte, production, extraction… être un « gros labo » n’est pas toujours un critère de confiance.

Que contient un complément alimentaire ?

On peut y trouver vitamines, minéraux, extraits de plantes, aliments divers, acides aminés, huiles essentielles, enzymes… de manière unitaire ou en complexe. Les compléments prennent diverses formes, nécessitant tantôt des solvants (eau, glycérine, alcool), tantôt des agents de charge, de texture, des colorants, ou une enveloppe pour les contenir (gélule, capsule).

Élaboration des produits

Récoltes manuelles contre mécaniques, procédés d’extraction qui n’ont rien de naturel ou qui n’extraient que peu de molécules, oubli de la notion de totum en phytothérapie, là aussi, tous les ­compléments ne se valent pas. Une récolte ­mécanique pénalisera la quantité de molécules actives et leur qualité (stade de maturité non perçu par la machine), tout comme des procédés ­d’extraction rapide, de stockage performant. Il sera alors préférable de choisir un laboratoire qui ­favorise les récoltes manuelles et une extraction lente, sans solvant chimique, ainsi qu’un conditionnement en verre ambré quand c’est possible.

Formes galéniques

Les poudres de plantes ont l’avantage de proposer leur totum, 
là où les extraits présentent l’intérêt d’être plus concentrés en une molécule particulière. Il est souvent intéressant de combiner les deux. Dans les formes liquides, on trouve des extractions utilisant divers solvants (alcool, eau, glycérine), ou des enzymes consommant 
la cellulose pour ne garder que les actifs. L’inclusion dans des 
liposomes augmente la biodisponibilité. La méthode la rendant disponible est aussi importante que la molécule elle-même.

L’origine des ingrédients

Voilà bien un domaine où il est difficile d’avoir de la visibilité. Le consommateur a souvent du mal à se représenter la forme que prend la culture d’une plante ou l’élevage de tel ou tel animal. Il est pourtant reconnu que certaines cultures sont largement « intoxiquées » selon leur zone. Dans la filière du poisson, les zones de pêche ou d’élevage manifestent parfois des conditions qui posent question pour leur usage, d’un point de vue sanitaire, éthique ou environnemental. En général, les laboratoires soucieux de leurs composants mettent ces arguments en avant. Cela peut être un indice de confiance, mais pas toujours.

Prenons le cas de la célèbre vitamine D d’origine végétale. On la met en avant par opposition à la vitamine D issue de lanoline de mouton pour laquelle les élevages supposent d’entreposer des bêtes en masse sous des lampes UV uniquement pour utiliser leur laine, car ces dernières ­rendront le reste de l’animal impropre à la consommation. La D3 végétale prend alors tout son sens. En revanche, personne ne précise que le lichen boréal duquel elle est extraite est ­prélevé en masse dans une zone qui voit un ­drastique recul de sa biodiversité mettant en danger d’extinction plusieurs espèces animales, et l’équilibre entier des forêts froides. Il existe très peu de laboratoires tirant leur vitamine D végétale d’autres variétés de lichens.

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Du bio timide et pas si bio

Qui dit complément alimentaire peut faire penser à des produits naturels, donc biologiquesLa place du bio sur ce marché n’est pourtant que de 4 % selon le Syndicat national des compléments alimentaires (Synadiet). Cela laisse pas mal d’interrogations sur la qualité des ingrédients et sur les éventuelles traces parfois nocives que l’on y trouve. Prendre un complément chaque jour en pensant amener quelque chose de sain à son corps n’exclut pas le risque de le charger aussi en molécules néfastes. Toutefois ce n’est pas parce qu’un produit n’est pas labellisé qu’il est issu d’une méthode ne respectant pas la vie. Ce label est obtenu si le laboratoire respecte un cahier des charges précis, parfois très onéreux, et pourtant pas si « propre » qu’on le pense… Pour exemple, les gélules utilisées en label bio doivent être HPMC (hypromellose ou hydroxypropylmethylcellulose ou encore E464). Elles sont issues de cellulose ­végétale comme le pin ou le riz. C’est un processus qui consiste à appliquer une transformation issue de la chimie de synthèse sur de la cellulose végétale. On obtient ainsi une gélule finalement moins naturelle que son alternative, non autorisée en bio en France, la gélule pullulan, issue d’une fermentation d’amidon de manioc par l’action d’un champignon, processus naturel. C’est d’ailleurs le grand standard au Japon.

Au niveau législatif

« Contrairement aux médicaments, la commercialisation des compléments alimentaires ne nécessite pas d’autorisation individuelle de mise sur le marché », rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Il arrive donc que les laboratoires vantent l’usage d’une molécule prometteuse de résultat, ou bénéficient d’une bonne publicité alors que la quantité d’actifs présente dans le produit est finalement burlesque ! Soit parce que son coût ne permet pas de commercialiser des dosages intéressants, soit parce que la législation n’autorise pas le conditionnement ou la prise de telle quantité.

 

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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