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Le microbiote, ce n’est pas que dans l’intestin

Article paru dans le journal nº 69 Acheter ce numéro
  • L’idéal est de se laver les dents trois fois deux minutes par jour.L’idéal est de se laver les dents trois fois deux minutes par jour.

Depuis la publication, en 2015, du Charme discret de l’intestin, ouvrage à succès de la gastro-entérologue allemande Giulia Enders, le microbiote est passé du statut de mot déroutant à celui d’axe de recherche parmi les plus plébiscités chez les scientifiques. Il faut dire que la flore dépasse largement la sphère digestive…

Le microbiote peut se définir comme un ensemble de micro-organismes : bactéries aérobies et anaérobies, champignons, virus et amibes. Parmi eux, certains sont nos meilleurs amis, jouant un rôle bénéfique sur notre santé. D’autres au contraire sont nos pires ennemis, car potentiellement pathogènes. Quand les populations amies et ennemies sont équilibrées et cohabitent en harmonie, tout va bien ; on parle de microbiote en « eubiose ». Mais si l’équilibre est rompu, laissant place à une « dysbiose », la situation se complique ; de nombreux problèmes de santé peuvent se déclarer.

Les recherches portent aujourd’hui volontiers sur les liens entre les micro-organismes installés dans notre corps et notre état de santé. Il y a quelques années, elles se concentraient prioritairement sur les bactéries de notre intestin, constituant le fameux microbiote, mais l’intérêt scientifique s’étend désormais aux autres flores que nous hébergeons : buccale, cérébrale, vaginale ou de l’estomac. Nous évoquerons ici les trois premières.

Des bactéries dans le cerveau

Des chercheurs britanniques ayant observés de curieux bâtonnets dans des coupes de cerveau post-mortem sont éclairés depuis 2018 sur leur nature : il s’agit de souches de bactéries habituellement présentes dans l’intestin. Pour l’instant, le mystère subsiste sur la façon dont elles ont migré jusqu’au cerveau, au cœur des astrocytes ainsi qu’à proximité des gaines de myéline entourant les axones. Les mêmes bactéries ont été observées depuis dans le cerveau de souris en bonne santé ; la confirmation de leur présence dans des cerveaux humains sains est encore en attente. En attendant, les questions abondent sur le rôle de ce microbiote cérébral et sur les bactéries qui le composent. Quelles actions, directes ou indirectes, ont-elles sur notre comportement ? Sur notre activité immunologique ? Sur notre humeur ? On n’a pas fini de parler du microbiote… Affaire à suivre.

Tout un écosystème dans la bouche

Les bactéries que nous abritons dans notre bouche – pas moins de 700 espèces – jouent de toute évidence un rôle majeur sur la santé bucco-dentaire. Le microbiote buccal a en commun avec les autres flores de l’organisme certains spécimens, tels le champignon Candida albicans et la bactérie Helicobacter pylori. Des bactéries aérobies et anaérobies sont toutefois spécifiques à la bouche, réparties entre la flore supra-gingivale, en contact avec la salive, l’oxygène et les aliments, et la flore sous-gingivale, composée majoritairement de bactéries anaérobies.

Si les micro-organismes pullulent bien au chaud dans notre cavité buccale, ils ont la capacité de se protéger les uns les autres et sont très difficiles à éliminer. Une flore commensale (équilibrée) joue un rôle protecteur des dents, des gencives et des muqueuses ; elle agit telle une barrière. Mais, avec le temps, les spécimens rebelles ennemis vont provoquer des réactions inflammatoires locales (gingivite, stomatite, parodontite, etc.) ou des caries, voire des réactions à distance, se logeant par exemple au niveau des poumons (abcès) ou des yeux (conjonctivite).

Encore une fois, une alimentation réfléchie est capitale pour atténuer les risques de caries ; à l’inverse, un régime trop riche en sucre ou acidifiant (excès de protéines notamment) favorisera leur apparition. Mais l’alimentation n’est pas seule en cause dans les soucis buccaux : l’âge, le facteur héréditaire, l’état de santé général et l’hygiène ont chacun leur part de responsabilité.

En cas de problèmes de dents et de gencives récurrents et très pénibles, le dentiste peut demander une analyse de la flore buccale, afin de déterminer quelles solutions apporter – antibiotiques, probiotiques, huiles essentielles et conseils alimentaires – pour éradiquer les micro-organismes pathogènes. Sans céder à l’affolement, quand les soucis perdurent, il est toujours bien de se demander si les soins et/ou prothèses reçus jusqu’alors sont irréprochables. En effet, des manquements ou soins hasardeux peuvent facilement engendrer des nids à microbes. Radios et scanners ôteront ici les doutes sur la question. En outre, et on nous le rabâche dès l’enfance, le brossage des dents n’est pas à négliger. L’idéal est de se les laver trois fois deux minutes par jour, si possible avec une brosse électrique. Il sera tout aussi bon de changer de brosse tous les trois mois, d’aller chez le dentiste pour une vérification au moins une fois par an (plus souvent si vous avez des soucis de gingivite ou parodontite), de se faire faire un détartrage régulièrement et de traquer la plaque dentaire riche en glucides dont raffolent les bactéries.

Choisissez par ailleurs une marque de dentifrice avec le moins possible d’additifs (Terre à bouche, Pur Aloé, Citridental, Candiz, Weleda...) et ignorez les publicités qui vantent les mérites des produits au fluor, dont on sait aujourd’hui qu’ils abîment sévèrement les os et les dents. Les bains de bouche aux compositions plus que douteuses et les fils dentaires ne sont pas non plus la panacée. Il semblerait même qu’utiliser du fil dentaire dans une bouche submergée de mauvaises bactéries pourrait accélérer leur propagation.

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Conseils classiques

Restent, bien entendu, les sempiternelles recommandations : évitez de fumer, car les risques de parodontite sont en moyenne quatre fois plus élevés chez les fumeurs – le tabagisme est également le facteur de risque le plus important du cancer de la bouche. Limitez l’alcool et les sucres rapides, le stress et les médicaments. À ce stade, une petite cure de probiotiques pour la sphère buccale est une excellente idée. Le laboratoire Pileje, par exemple, propose en la matière des produits de qualité, tel le Lactibiane buccodental. De manière générale, les mycoses de la langue, les aphtes, les candidoses, les réfractions de gencives, la mauvaise haleine et les saignements persistants doivent alerter sur un probable déséquilibre de la flore buccale, pouvant être associée à une infection.

Chouchouter sa bouche est aussi un moyen de prévenir certains troubles ­sévères. Ainsi, une parodontite aggrave le risque de diabète. La bactérie Porphyromonas gingivalis, nichée dans les espaces entre dents et gencive, augmente les risques d’AVC et de cardiopathies. Elle provoque des ­inflammations au niveau des articulations dans la polyarthrite rhumatoïde et est également soupçonnée de jouer un rôle non négligeable dans les neuropathies de type Alzheimer. Enfin, d’autres bactéries buccales auraient un lien avec des troubles ORL et pulmonaires.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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