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Médecine des 4P la vision de l’anticipation

Article paru dans le journal nº 87 Acheter ce numéro
  • La médecine des 4 P pourra traiter des sujets qui n’ont pas encore développé la maladie.La médecine des 4 P pourra traiter des sujets qui n’ont pas encore développé la maladie.

Depuis quelques années une nouvelle médecine a émergé. La médecine dite des 4 P : personnalisée, préventive, prédictive et participative. Notre médecine conventionnelle héritée d’une vision cartésienne cherchait à « segmenter » l’être humain en différents appareils corporels et psychiques. Nous entrons désormais dans une ère nouvelle, holistique et porteuse d’espoirs pour de nombreuses pathologies.

L’être humain n’était plus une ­personne dans sa globalité, mais un assemblage d’organes habitant un corps d’un côté et un esprit de l’autre. Entre ces parties, une frontière ­hermétique. Coeur, poumons, reins, glandes endocrines… chaque ­organe a ses spécialistes. Au sein de chaque spécialité se sont développées des « surspécialités ». Il y a les cardiologues interventionnels, les rythmologues, des tensiologues… Bien évidemment, les patients ont bénéficié de cette évolution qui a permis de soigner des maladies de plus en plus complexes en augmentant la longévité.

Pour autant, qu’en est-il de la « qualité de vie » ? Cette médecine s’est polarisée sur la maladie et non sur la santé. Nous avons en France, des institutions santé : ­ministère de la Santé, Haute Autorité de santé, Santé Publique France… Pour ­autant ces organismes n’ont qu’un but : soigner la maladie en préservant autant que faire se peut l’Assurance maladie, censée garantir la solidarité, un de nos trois fondements : liberté, égalité, solidarité.

Mais qu’est-ce que la santé ? Dans le ­préambule de sa constitution, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définit ainsi : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Tout est dit. La santé n’est pas l’absence de maladie, mais plutôt sa prévention. Comme dans la médecine chinoise où le patient paye le médecin pour être en bonne santé et cesse de le payer en cas de maladie. Nous voyons ainsi tout l’effet pervers de notre manière occidentale de gérer la maladie qui devient un outil de profit. Plus il y a de malades, plus l’industrie du médicament prospère. La prévention, elle, coûte peu au patient, mais ne rapporte rien. Après cette définition, l’OMS conclut : « Une opinion publique éclairée et une coopération active de la part du public sont d’une importance capitale pour l’amélioration de la santé des populations ». Notre médecine conventionnelle opposait bien souvent le « sachant », le médecin à « l’ignorant », le patient. Internet et l’évolution de la ­société ont changé la donne. Les patients ne veulent plus être passifs. Ils s’informent sur les différents traitements, s’organisent en association, notent les soignants par des avis Google. Outre les aberrations et les excès de cette évolution qui nuisent au rapport de confiance soignant soigné, cette révolution a mis en lumière ­l’approche de la médecine 4P.

Quatre fondamentaux

En 2013, Leroy Hood, de l’Institute for ­Systems Biology, définit la médecine 4P, avec ces quatre principaux attributs :

  • La médecine 4P est personnalisée, c’est-à-dire qu’elle tient compte du profil génétique et épigénétique de l’individu. Aux États-Unis, la dose administrée de certains traitements anticoagulants se fait après la détermination du profil génétique du récepteur cellulaire du patient à ces médicaments.
  • La médecine 4P est préventive, car elle prend en considération les problèmes de santé en se concentrant sur le mieux-être et non sur la maladie. Elle revient ainsi à la base de la définition de la santé. Le nombre de maladies chroniques a explosé dans nos sociétés (hypertension, diabète, syndrome métabolique...) alors que ces maladies peuvent être en grande partie prévenues par un mode de vie adapté.
  • La médecine 4P est prédictive, en indiquant les traitements les plus appropriés pour le patient et en tentant d’éviter les réactions aux médicaments. Comme pour la personnalisation, une connaissance précise du patient permet d’anticiper d’éventuels effets secondaires.
  • La médecine 4P est participative, amenant les patients à être plus responsables en ce qui concerne leur santé et leurs soins. C’est, à mon sens, une notion essentielle. Il est parfois question d’empowerment. Les études montrent bien que la combativité du patient face à sa maladie aide à la guérison.

Un cinquième P pourrait être associé : la médecine positive. On rattacherait derrière ce mot, le concept de pensées et de placebo. Si le diagnostic est du ressort du médecin, le pronostic, lui dépend du patient, de l’observance du traitement, mais aussi de son mindset, de son état d’esprit et de sa combativité. L’enpowerment, la pensée positive, la croyance en la guérison et le placebo sont curatifs. Une psychologue, Kelly Turner, a étudié ainsi plus de 1 000 cas de guérisons spontanées à travers le monde. Cette chercheuse a constaté neuf points communs dans ces guérisons. Parmi eux, elle note deux facteurs dus au mode de vie et sept facteurs psycho-­émotionnels ! Les facteurs dus au mode de vie sont l’alimentation et la supplémentation en compléments alimentaires. Les facteurs psycho-émotionnels sont : la gestion de sa santé, le respect de son intuition, la libération des émotions refoulées, le soutien social, la spiritualité et l’envie de vivre.

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Le rôle des émotions

"Au cours de mes nombreuses années d’études de médecine, je n’ai jamais eu le moindre cours consacré au placebo ou aux liens entre le corps et l’esprit. Ce n’est qu’à travers l’hypnose, le coaching, l’EFT et la médecine anti-âge, que je me suis ouvert à ces concepts."

Dans son livre L’erreur de Descartes le neuroscientifique Antonio Damasio rapporte le cas de Phinéas Gage, un ouvrier qui à la suite d’un accident (il a reçu une barre métallique dans le crâne) change de personnalité. Les émotions peuvent être considérées comme le chaînon manquant entre les pensées conscientes et le corps.

Tout le monde en a fait l’expérience : une pensée consciente peut entraîner une émotion. Cette émotion se traduit toujours par un ressenti corporel. Si vous pensez à quelque chose que vous ­détestez (une araignée par exemple), vous ­pouvez ressentir de la peur accompagnée d’une ­accélération du rythme cardiaque ou des poils qui se hérissent. Pensez à une personne que vous aimez et vous sentirez des « papillons dans le ventre ». Les expressions comme « avoir la boule au ventre », « en avoir plein le dos » ou une « prise de tête » reflètent bien cette notion d’un ­effet physique des émotions. Le stress est considéré comme le mal du siècle. Pour autant, c’est une émotion fascinante, partagée par toutes les espèces. Le stress est l’émotion la plus primaire qui permet la survie. Il est lié au cerveau « reptilien » avec trois réponses au stress : fight, flight, freeze. La lutte, la fuite ou la soumission.

Le stress est aussi une réaction neurochimique. Il met en action l’axe hypothalamo-hypophysaire avec une cascade d’hormones, notamment le cortisol. Ce cortisol est essentiel à la vie puisque son épuisement est le signe biologique du burn out. En même temps, le cortisol a des effets néfastes comme l’augmentation de la glycémie et la diminution de la réponse immunitaire aux infections. Ce concept a fait naître une nouvelle science : la psycho-neuro-endocrino-immunologie. Les effets des pensées sont même cellulaires.

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Les gènes ne sont pas une fatalité

Parmi l’arsenal préventif de la médecine des 4P, l’épigénétique compte parmi les armes les plus prometteuses et affûtées. Contrairement à ce que déplorait la médecine il y a quelques décennies, la génétique et l’hérédité ne sont pas une fatalité ou une programmation immuable. Et c’est à l’aune de l’épigénétique que nous devons de voir autrement nos gènes. Elle affirme que notre environnement et notre mode de vie peuvent perturber (et a contrario optimiser) le fonctionnement de nos gènes. L’hygiène de vie, l’environnement familial et social, le stress, l’exposition à des pollutions sont autant de facteurs impactant l’expression des gènes. En les exprimant ou en les sous-exprimant (par le biais de la micronutrition, du changement de comportement et d’habitude, la pratique d’exercice physique, le sommeil), l’épigénétique vise à permettre aux gènes de retrouver un fonctionnement normal.

Un suivi médical adapté à chaque profil

Certains centres en France, comme la MS4P (maison de santé des 4 P), propose un protocole précis de suivi médical, basé sur cinq points du mode de vie de chacun d’entre nous. La nutrition, l’activité physique, le sommeil, la gestion du stress et les addictions. En considérant comme unique chaque patient, le suivi est donc personnalisé et adapté à chaque profil. Chaque patient, en bonne ou en mauvaise santé, est invité à prendre sa santé en main, à se comporter comme un « actient » et non comme un patient. En outre, la « cartographie » du patient (par l’exploration fonctionnelle, biologique, voire radiologique) permet au médecin 4P d’appréhender le plus précisément possible son patient.

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Pensées positives

L’influence des pensées positives sur le corps a été rapportée par de nombreuses études. Les chercheurs ont découvert que les effets de la pensée positive sont :

  • L’augmentation de la durée de vie.
  • La réduction du taux de dépression.
  • Une meilleure résistance aux infections.
  • Une meilleure santé cardio-vasculaire.

Le coach américain Tony Robbins, insiste sur le « Peak State », c’est-à-dire qu’il suggère de se tenir droit, de se forcer à éprouver des émotions positives en criant « Yes ». Au-delà de l’aspect quelque peu ­caricatural de la méthode, son efficacité n’est pas qu’empirique. Amy Cuddy, ­professeure de l’université de Harvard a introduit le concept de « Power Posture ». Elle a montré que le fait de se tenir droit, de s’étirer, d’avoir une gestuelle ouverte, augmentait la testostérone, l’ocytocine et baissait le cortisol ! Alors soyez positif dans votre attitude et les pensées suivront !

En étant préventive et personnalisée, la médecine des 4 P a des applications concrètes sur de nombreuses pathologies. En oncologie, elle permet de caractériser une tumeur avant de choisir un immunomodulateur, notamment les modulateurs de check-point qui sont des traitements avec une efficacité personnalisée. Autre exemple, les personnes ­atteintes de polyarthrite rhumatoïde sont aujourd’hui traitées dès les premières ­semaines ­d’apparition des symptômes et dès que le diagnostic est posé. La médecine des 4 P pourra traiter des sujets qui n’ont pas encore développé la maladie, durant la « fenêtre préclinique ». Comment ? En disposant d’éléments de plus en plus nombreux pour identifier de façon ­précoce, notamment au sein des familles de polyarthritiques, les sujets à hauts risques de développer une PR.

On sait que les auto-­anticorps de la polyarthrite rhumatoïde, en particulier les ACPA (anticorps anti-peptides citrullinés ou anti-CCP) sont souvent présents dix ou quinze ans avant l’apparition des symptômes. Même si tous les patients souffrant de PR ne développent pas ces auto-­anticorps, ou les développeront des années après l’apparition de leurs symptômes, on peut considérer les ACPA comme des marqueurs prédictifs. Si certains patients ont des ACPA élevés sans polyarthrite, mais avec des douleurs articulaires, il est important de les suivre pour savoir s’ils vont évoluer vers une véritable PR. C’est à ce stade précoce que la médecine des 4P pourra stopper la maladie en mettant en place des stratégies préventives. Ces ­stratégies, vaccinales (au sens immuno-vaccinales) calmeront un système immunitaire trop actif pour éviter la maladie. On ne peut qu’employer le futur car on en est au stade de la recherche de ces stratégies, mais avec bien de promesses.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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