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PEA, l’antidouleur naturel encore méconnu

Article paru dans le journal nº 86 Acheter ce numéro
  • Le PEA est un bon substitut aux médicaments antidouleurs.Le PEA est un bon substitut aux médicaments antidouleurs.

En influant sur les mécanismes de contrôle au sein de nos cellules, le PEA a les capacités d’atténuer considérablement l’inflammation, les douleurs et le stress cellulaire. Bien qu’il partage nombre de propriétés avec le cannabidiol ou CBD en cours d’expérimentation en France, le PEA ne connaît pas le même engouement alors que les études scientifiques lui confèrent des vertus remarquables.

Le palmitoyléthanolamide (PEA) est un lipide bioactif à longue chaîne comptant 18 atomes de carbone. C’est une substance grasse, en somme, que notre propre organisme fabrique pour réduire l’inflammation et la douleur. Cette molécule de santé a été étudiée pendant plus de quatre-vingts ans, avec pour particularité d’être synthétisées par le corps lorsque le besoin se fait sentir, par exemple en situation de stress (psychologique ou physique), en cas d’infection (bactérienne ou virale, rhinite ou de grippe), d’inflammation variée, de traumatisme, d’allergies, de douleur, de pathologies cardiaques et rénales, d’obésité. Il est synthétisé dans l’organisme à partir des phospholipides que l’on retrouve dans toutes les membranes. Le PEA est important puisqu’il agit non seulement en tant que messager cellulaire transmettant des informations en va-et-vient dans le corps, mais aussi comme une solution rapide aux besoins cellulaires.

À l’état naturel, on le trouve notamment dans les abats, le jaune d’œuf de poule, l’huile d’olive, la lécithine de soja et de carthame, les arachides. Le PEA et l’hydrolase des amides d’acides gras (FAAH pour Fatty acid amide hydrolase) sont liés au système endocannabinoïde (SEC) qui fait partie des systèmes majeurs de régulation de l’organisme au même titre que les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire. Il faut s’attarder sur ce système. Si nous en avons déjà parlé longuement, une piqûre de rappel est toujours utile.

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L’organisme dispose de divers systèmes qui l’aident dans sa régulation et le maintien de son bon état de fonctionnement de ses systèmes nerveux, circulatoires, immunitaires ou encore hormonaux, entre autres intérêts comme la communication intra et intersystèmes.

Dans les années 1990, les scientifiques ont découvert un nouveau système de l’organisme : le système endocannabinoïde (SEC). Il contribue à réguler la douleur, l’inflammation, l’appétit, l’humeur, la température corporelle, l’immunité, la réponse au stress, les dommages liés aux dommages causés par les UV… Comme son nom l’indique, le système endocannabinoïde a été découvert grâce au cannabis. Le SEC répond à l’activation de trois catégories de cannabinoïdes :

  • Les endocannabinoïdes
  • Les endocannabinoïdes-­like
  • Les phytocannabinoïdes.

Le PEA appartient à la deuxième catégorie tandis que le THC (responsable de l’effet psychoactif du cannabis) et le CBD (cannabidiol, le composant principal du cannabis thérapeutique) appartiennent à la troisième catégorie. PEA et CBD ont des modes d’action très similaires.

Endocannabinoïde-like, le PEA scruté à la loupe

Le PEA est fabriqué à partir de lipides prélevés dans la membrane interne de la cellule soumise à un état de stress tel qu’un traumatisme, une inflammation ou encore un manque d’oxygène. Le PEA est capable de se fixer à des récepteurs spécifiques tel que le récepteur PPAR-alpha, activateur d’organites cellulaires intervenant dans la régulation des gènes de la douleur et de l’inflammation. On dit de lui qu’il est bioactif pour mettre en lumière son rôle informationnel. Il fait passer des messages qui influent sur les processus biologiques en cours au niveau cellulaire. En se liant au récepteur PPAR-alpha, le PEA permet de réduire la sensibilité périphérique et, de ce fait, diminue la sensation de douleur dans de nombreuses situations, mais pas seulement. Une réduction des triglycérides sériques, une augmentation du cholestérol HDL sérique et un meilleur contrôle de la glycémie constatés contribueraient à une amélioration du métabolisme.

Activité anti-inflammatoire

L’activité anti-inflammatoire du PEA a été confirmée scientifiquement sur divers animaux et divers œdèmes, comme celui de la patte de la souris ou de l’oreille, la colite, ou encore sur divers irritants appliqués localement. Les scientifiques ont identifié deux approches de l’action anti-inflammatoire. Pour la première, le PEA inhibe aussi bien l’activation de cellules immunitaires, telles que les mastocytes, que la libération de substances comme l’histamine ou les cytokines inflammatoires. Pour la seconde approche, le PEA stimulerait une protéine, le PPAR-alpha (que l’on retrouve notamment dans le foie, le cœur, les muscles, les tissus adipeux) qui, par un mécanisme complexe, bloque la cascade inflammatoire.

Un miracle antidouleur sans effets secondaires ?

Aujourd’hui, en France, plus d’une personne sur quatre souffre de douleurs chroniques depuis au moins six mois, autant dire un chiffre alarmant ! Rappelons qu’on appelle douleur chronique une douleur constante ou récurrente qui dure depuis au moins trois mois et que les traitements médicamenteux n’arrivent pas à enrayer. Si le PEA a été identifié dans les années 1950, c’est la prix Nobel de médecine Rita Levi-Montalcini qui place le PEA sur le devant de la scène dans les années 1990. Des chercheurs ont ensuite pris la relève et ont mis en évidence les capacités du PEA à soulager les douleurs chroniques. Malgré ces découvertes très encourageantes, les médicaments antidouleur restent indétrônables ! On connaît pourtant leurs effets indésirables et leur risque de dépendance en cas d’utilisation à long terme, sans parler des overdoses mortelles dues aux antalgiques opioïdes !

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Si nombre de pays de l’Union européenne ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, en France, ça traîne ! Mais il y a de l’espoir puisqu’en octobre 2019, l’Assemblée nationale a entériné l’expérimentation du cannabis à usage médical… Nous voici donc partis pour deux années d’expérimentation avec 3 000 patients souffrant de cinq pathologies (soins palliatifs, certaines formes d’épilepsie, douleurs neuropathiques, effets secondaires de chimiothérapie, sclérose en plaques). Le PEA agissant sur la même voie de contrôle de la douleur, pourquoi n’aurait-il pas droit à davantage de considération ? Pour l’instant, il est disponible sans prescription médicale sous forme de complément nutritionnel (évidemment non remboursé). Il ne provoque aucun effet secondaire, aucune accoutumance et il n’existe pas de risque de surdosage pour la simple raison que l’organisme est doté d’un système régulateur des taux de PEA. Le PEA éventuellement présent en excès est dégradé, transformé et recyclé. Des atouts qu’on ne peut pas ignorer ! La puissante activité analgésique du PEA est inespérée contre de nombreuses douleurs, qu’elles soient aiguës ou chroniques. Le PEA permet de soulager des douleurs d’origine différente : les douleurs inflammatoires, les douleurs neuropathiques et les douleurs mixtes (qui peuvent être à la fois inflammatoires et neuropathiques).

Les études, qui se sont multipliées depuis les années 1970, montrent nettement son efficacité thérapeutique. Il peut être utilisé en substitution des antalgiques classiques, en complément d’un traitement contre la douleur dans l’optique d’optimiser le traitement et de diminuer les antalgiques classiques et enfin, en cas d’échec des traitements classiques. Le PEA a démontré ses qualités dans nombre de situations. En voici quelques-unes :

  • Canal carpien
  • Douleurs pelviennes
  • Endométrioses
  • Migraines avec aura
  • Fibromyalgie
  • Lombalgie
  • Sciatique
  • Douleurs neuropathiques
  • Douleurs rhumatismales
  • Postopératoires
  • Douleurs cancéreuses
  • Douleurs dentaires…

Puisque le PEA semble également réduire l’inflammation dans le cerveau, il est très prometteur pour contribuer à surmonter le déclin cognitif ainsi que la dépression associée à la douleur chronique.

Protection neurologique

Lorsque l’inflammation implique le système nerveux, elle devient particu­lièrement dangereuse. On parle ici de neuro-inflammation. Des cellules nerveuses gliales (microglie, astrocytes), immunitaires (mastocytes) sont essentielles pour lutter contre l’inflammation. Mais si cette dernière est chronique (comme dans le cas du diabète, de l’obésité), ces cellules activées de manière aiguë sont délétères pour le cerveau. Elles peuvent engendrer divers troubles neurologiques, tels que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, la sclérose en plaques ou latérale amyotrophique, l’ischémie cérébrale. Comme les taux de PEA sont très élevés dans le système nerveux central, cela suggère qu’il peut jouer un rôle remarquable dans la neuro­protection. Produit localement et dégradé dans les mastocytes et la microglie, le PEA participe à moduler leur comportement. Une étude sur les animaux a prouvé qu’une supplémentation en PEA améliorait la survie neuronale et assurait une prévention de la neuro-inflammation.

Études à l’appui

De nouvelles études ciblent les effets antidépresseurs et un rôle protecteur contre les effets néfastes de l’anxiété et du stress ainsi que ses effets bénéfiques sur la mémoire et sur l’autisme. Les doses généralement préconisées vont de 600 à 1 200 mg/jour (selon la sensibilité de chacun et l’intensité des douleurs), à prendre en trois prises au cours des repas pendant les deux premiers mois, puis diminuer les doses d’un tiers les deux mois suivants et enfin finir avec 300 ou 400 mg pendant un mois. Préférez si possible la forme naturelle de la PEA à la forme synthétique, toutes deux disponibles sur le marché.

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Afin de confirmer l’intérêt d’une supplémentation en PEA, une vaste étude a été menée, en 2015, par Jan M. Keppel Hesselink et David J. Kopsky à l’Institut pour la douleur neuropathique, aux Pays-Bas, auprès de 636 personnes, souffrant de douleurs sciatiques*. Âgées de 19 et 72 ans, celles-ci ont été réparties en trois groupes : le premier a reçu un placebo, le second a reçu une dose quotidienne de 300 mg de PEA et le troisième a reçu une dose quotidienne de 600 mg. Les chercheurs ont très clairement mis en évidence une réduction de la douleur perçue chez les personnes supplémentées ainsi qu’une amélioration de leur qualité de vie. D’après ces résultats, plus la dose quotidienne en PEA est élevée, plus les améliorations sont significatives. Ce résultat remarquable n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Le PEA est d’autant plus intéressant que le signal d’alarme sur la gestion de la douleur a déjà été tiré. En 2018, le Pr Serge Perrot, président de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (Sfetd), faisait part de l’inquiétude des algologues face à l’abandon de la considération de la douleur dans le plan Ma santé 2022. « Depuis 2010, aucun plan dédié à la lutte contre la douleur n’a été élaboré… Premier motif de consultation chez le médecin et le pharmacien, elle altère la qualité de vie dans de nombreuses affections et est un facteur de risque de morbidité et de mortalité. » Raison de plus pour ne pas se priver des molécules qui fonctionnent ! Le PEA est incontestablement l’une d’entre elles.

*Palmitoylethanolamide, a neutraceutical, in nerve compression syndromes: efficacy and safety in sciatic pain and carpal tunnel syndrome, 2015.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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