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COVID-19 : la micronutrition, grande oubliée du débat

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  • COVID-19 : la micronutrition, grande oubliée du débat

Alors que la polémique fait rage autour de la chloroquine, très peu de voix s’élèvent pour parler des défenses naturelles de l’organisme, alors que c’est pourtant la base. En particulier, le statut micronutritionnel de chaque individu a une importance de plus en plus documentée sur nos capacités à affronter une attaque bactérienne ou virale. Chaque rouage du système immunitaire fonctionne grâce à des nutriments particuliers que notre alimentation est censée nous apporter. Si ce n’est pas le cas, nous allons au combat avec un désavantage certain.

Encadrer l’inflammation et la production de radicaux libres

Les nombreux cas de détresse respiratoire, souvent fatale, chez les personnes atteintes du Covid-19 ont marqué les esprits. Il s’agit de personnes en hyperinflammation, dont le système immunitaire réagit de manière à la fois excessive et imprécise. Ce n’est pas le virus qui les tue mais les dégâts collatéraux causés par leur propre système immunitaire. Pour prendre une image, leur armée manque de tireurs de précision. Face à l’ennemi, elle lance des grenades indistinctement, ce qui va faire des trous dans des murs, et si la bataille dure trop longtemps, le bâtiment peut s’effondrer. Pourtant, un certain nombre de ces cas pourraient être évités. L’inflammation est sous le contrôle d’un certain nombre de micronutriments, présents en quantité insuffisante chez beaucoup de personnes. Par exemple, les prostaglandines qui déclenchent ou stoppent l’inflammation sont très dépendantes du statut en acides gras (oméga 3 et 6), parent pauvre de l’alimentation moderne.

Lors d’une bataille immunitaire, une des conséquences est la libération d’une quantité importante de radicaux libres. Il ne s’agit pas de ceux habituellement produits comme déchets du fonctionnement des mitochondries (centrales énergétiques des cellules), mais délibérément produits comme arme du système immunitaire. Les globules blancs vont larguer massivement ces radicaux libres pour neutraliser l’ennemi. Nos propres cellules peuvent en être les victimes collatérales si nous manquons d’antioxydants pour les protéger, en sachant qu’inflammation et surproduction de radicaux libres sont des processus interdépendants. En pleine bataille, des globules blancs macrophages dépourvus de leur bouclier antiradicalaire risquent littéralement d’exploser, aggravant l’inflammation générale. Afin de préserver nos cellules d’un stress oxydatif, les micronutriments mitochondriaux doivent être présents en quantité suffisante : vitamines A, B1-2-3-5, C et E, sélénium, zinc, cuivre, coenzyme Q10. Malgré le manque de recul face aux coronavirus, ces micronutriments commencent à être suggérés dans la littérature scientifique.(1)

Par ailleurs, le glutathion réduit (GSH), qui permet de régénérer les antioxydants, aurait lui-même une activité thérapeutique directe. Une étude suggère son efficacité face à l’inflammation pulmonaire dans un contexte d’épisode grippal. La teneur en GSH est corrélée à la capacité des cellules à agir sur la réplication du virus et ce, à différents stades du cycle viral.(2) Pour le Pr Vincent Castronovo, cancérologue et chercheur en sciences biomédicales à l’université de Liège, « L’importance du GSH est démontrée dans l’inflammation pulmonaire. Il peut être déterminant pour éviter la mort et devrait être injecté aux patients en réanimation. Personne n’en parle à la télévision. »

La glutamine, carburant du système immunitaire et de l’intestin

C’est un acide aminé semi-essentiel qui est le carburant principal des cellules à renouvellement rapide, comme celles des muqueuses respiratoires et intestinales. Elle devient un acide aminé essentiel en cas d’infection, puisqu’elle est nécessaire à la multiplication (amplification clonale) des lymphocytes et des cellules de l’immunité. Si une situation trop compliquée oblige le système immunitaire à en surconsommer, les muqueuses peuvent alors en manquer, risquer la perméabilité excessive et donc l’inflammation. La prudence pourrait cependant être invoquée chez les personnes ayant déjà une réponse immunitaire exagérée. Est-il judicieux d’accroître dans ce cas le nombre de cellules immunitaires ? Cependant, comprenons bien que le métabolisme d’une personne aux prises avec une infection majeure est sans comparaison avec un métabolisme habituel. Les taux bas de glutamine présents dans le plasma et les tissus chez les patients atteints de maladies sévères suggèrent que les besoins de l’organisme excèdent ses capacités à y répondre. La littérature scientifique actuelle va dans le sens d’une supplémentation aussi bien chez le patient immunodéprimé que chez celui qui se trouve en hyperinflammation. Un essai randomisé (3) a montré l'intérêt de l’administration de L-glutamine chez des patients atteints d’un syndrome de réponse inflammatoire systémique (SIRS).

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La vitamine D, grande médiatrice

Dans l’esprit collectif, elle est la vitamine du métabolisme osseux alors qu’elle est d’abord la vitamine modulatrice de la réponse immunitaire. Nous en avons souvent parlé dans nos colonnes . La vitamine D réduit la production de cytokines pro-inflammatoires et stimule les lymphocytes T-Reg, les casques bleus de l’immunité. Elle est aussi nécessaire à la production des peptides antimicrobiens, présents notamment sur les muqueuses respiratoire et intestinale, qui repoussent les pathogènes et opportunistes tentés de s’aventurer au-delà.

Une carence prédispose aux affections respiratoires. Une étude randomisée du réseau Cochrane nous montre qu’une supplémentation en vitamine D contribue à prévenir les infections respiratoires aiguës. Dans l’étude, le risque diminue pour l’ensemble du groupe ayant reçu la supplémentation, bien que les résultats soient plus visibles chez les personnes effectivement carencées.(4) Les gens concernés par les infections à répétition (réponse insuffisante), les allergies (réponse exagérée) ou les maladies auto-immunes (réponse imprécise) ont souvent en commun une carence en vitamine D. On estime que 70 % de la population occidentale se situe en dessous du taux acceptable.

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Zinc : une attention toute particulière

Cet oligo-élément est le principal activateur enzymatique de la réponse immunitaire. Il est facteur limitant de l’amplification clonale, c’est-à-dire qu’une carence va ralentir le déploiement de tous les soldats de notre immunité. En particulier, il est nécessaire pour informer les lymphocytes qu’ils doivent produire des anticorps. Le zinc ne permet pas seulement à l’organisme de se défendre mais aussi de le faire d’une manière mesurée. Sans surprise, puisque le zinc est le cofacteur de nombreuses enzymes régulant et encadrant la réponse immunitaire. Nous savions déjà qu'une carence majeure favorise une immunodépression, c’est-à-dire une forte diminution de nos capacités de défense et donc plus grande vulnérabilité aux infections. Nous découvrons que des microcarences chroniques augmentent l'inflammation, via une production accrue de cytokines pro-inflammatoires.(5) Ce qu’il faut éviter, vous l’aurez compris, face au Covid-19. Le zinc semble heureusement participer à la neutralisation de ces cytokines.(6)

Le zinc montre par ailleurs une activité antivirale directe. Il inhibe le déshabillage des virus et la transcription de leur génome, ce qui les empêche de se répliquer. Sur culture cellulaire, le zinc montre de telles capacités sur le SARS-COV-2, en inhibant l’ARN polymérase.(6) L’enzyme de conversion de l'angiotensine, dont le récepteur cellulaire ACE2 semble servir de point d’entrée aux coronavirus, est une enzyme qui nécessite du zinc. Un manque de zinc pourrait expliquer ce point de faiblesse. Des médecins généralistes français ont d'ores et déjà intégré la prescription de zinc dans leur protocole de soin des patients atteints de Covid-19.

Un détail qui interpelle est que le zinc est impliqué dans la perception du goût. Or, un des symptômes du Covid-19 est la perte de ce sens, ce qui suggère que la forte sollicitation du système immunitaire entraîne une baisse de la disponibilité du zinc, déjà insuffisante chez de nombreux sujets. Les taux de zinc ont tendance à décliner avec l’âge. Une supplémentation pendant un an, chez des sujets âgés de 55 à 87 ans, s’est avérée efficace pour réduire la fréquence des infections ainsi que les marqueurs biologiques du stress oxydatif.(7) Enfin, les oligo-éléments sont interdépendants, d’où l’intérêt de les utiliser en synergie. Le cuivre par exemple, qui doit s’équilibrer avec le zinc, est nécessaire à la réplication des polynucléaires neutrophiles.

La médecine nutritionnelle à prendre au sérieux d’urgence

Les chercheurs de l’Université de médecine de Zhejiang, qui ont géré le Covid-19 de manière multidisciplinaire et individualisée, estiment que le statut nutritionnel de chaque patient infecté devrait être évalué avant même l’administration des traitements.(8) Sous nos latitudes, il serait scientifiquement intéressant et d’utilité publique d’un point de vue sanitaire, de mesurer les taux de micronutriments essentiels chez les catégories de population à risque. Pour les personnes faisant partie de ces catégories, le Pr Vincent Castronovo conseille pour sa part une prise quotidienne de 1 500 mg de L-glutamine, 40 mg de zinc, 3 000 UI de vitamine D et 1 500 mg de N-Acétyl-Cystéine, précurseur du glutathion. Et d'insister : « une bonne barrière immunitaire est plus efficace qu’un masque, allons au combat avec des armes adaptées. » C'est d'autant plus vrai pour les personnes âgées, premières victimes et presque toujours carencées. Remettre le système immunitaire dans un environnement micronutritionnel lui permettant de fonctionner correctement est aujourd'hui un enjeu de société majeur.

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Références :

  1. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0033062020300372

  2. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3048347/

  3. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0883944110000821

  4. https://qmro.qmul.ac.uk/xmlui/handle/123456789/56757

  5. https://www.sciencedaily.com/releases/2015/03/150323142839.htm

  6. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7074432

  7. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17344507

  8. https://www.cambridge.org/core/journals/proceedings-of-the-nutrition-society/article/micronutrients-and-ageing-intakes-and-requirements/A2FC20A512D3036ADE4E7FC3AFF559DD

 

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