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La peau : grande muraille du corps humain

Article paru dans le journal nº 72 Acheter ce numéro
  • Le toucher est un besoin fondamental qui contribue à la construction de tout individu.Le toucher est un besoin fondamental qui contribue à la construction de tout individu.

La peau est le plus grand organe du corps humain. Elle pèse chez l’adulte environ quatre kilos et sa superficie peut atteindre deux mètres carrés. Aborder la peau est donc un vaste sujet. Loin d’être un vulgaire parapet, elle enveloppe et protège le corps et est capable de repousser les pires menaces.

La peau est composée de trois couches : la plus superficielle, l’épiderme, abrite pléthore de terminaisons nerveuses et, malgré sa finesse (environ 0,1 mm), c’est une ­cuirasse ­efficace. Elle est essentiellement constituée de cellules kératinocytes qui se renouvellent sans cesse et confèrent à la peau solidité et imperméabilité et de mélanocytes, qui produisent un pigment sombre protégeant la peau des rayons du soleil. Le derme, juste en dessous, partie la plus épaisse, très vascularisé, regroupe de petites usines biologiques extrêmement actives : les glandes sudoripares et sébacées productrices de sébum et de sueur, les terminaisons nerveuses responsables de la sensation de toucher, les vaisseaux lymphatiques et les tissus conjonctifs, qui donnent notamment à la peau sa souplesse et sa fermeté (fibres élastiques, collagène…) et qui se dégradent dans le temps, au grand dam des partisans des peaux sans rides. La couche inférieure, ­l’hypoderme, ressemble à un petit matelas graisseux, ­isolant et vascularisé, essentiel pour le maintien de la température corporelle et pour amortir les chocs mécaniques.

Rappelons que, lors du développement du fœtus, la peau et le système nerveux sont issus du même feuillet embryologique appelé ectoderme, une information qui prend tout son sens pour mettre en lumière le lien entre la peau et les tensions nerveuses et psychiques.

Toucher fait vivre

La peau marque la frontière entre notre monde intérieur et extérieur. La stimulation des points d’acupuncture et des zones réflexes par le biais d’aiguilles, d’acupression ou de massages sont des techniques de choix pour établir des liens entre ­l’intérieur et l’extérieur de notre corps.

Le toucher est un besoin fondamental qui contribue à la construction de tout individu. Il a été à de nombreuses reprises démontré la valeur des effets du toucher auprès des enfants prématurés, des personnes âgées ou dans la prise en charge de certaines maladies, sa reconnaissance reste pourtant marginale ! On se rappelle encore avec horreur ces orphelinats roumains, sous la dictature Ceausescu, où l’absence totale de toucher entraînait d’importants retards de croissance et des altérations des facultés mentales. Un enfant privé de toucher n’a pas conscience de son corps, et ne trouve pas la sécurité affective et les ressources pour grandir. Nous avons tous besoin du toucher. Il calme les angoisses et le stress, améliore l’attention et renforce le système immunitaire. Les entreprises qui font appel aux massages pour leurs salariés en ont très bien compris l’intérêt.

La peau, limite la plus externe et la plus superficielle du corps, est directement exposée aux agressions externes de toutes sortes, aussi bien physiques que psychiques. Véritable bouclier de l’organisme, elle va faire son maximum pour lutter contre ces attaques.

Le point de vue de la médecine chinoise

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) parle d’une énergie particulière, wei qi, gouvernée par les poumons, qui circule à la surface du corps. Cette énergie de défense et de régulation protège le corps des énergies climatiques (chaud, froid, sécheresse, vent, humidité) et des agents pathogènes externes.

Elle participe également à l’adaptation du corps, à son environnement notamment via l’ouverture et la fermeture des pores. Si la peau est effectivement en relation avec l’énergie des poumons qui gouverne sa physiologie, elle est également intimement liée à l’état du sang qui la nourrit, lui-même notamment influencé par les déséquilibres du foie et de l’estomac. Poumons et peau ­entretiennent constamment des échanges avec l’extérieur via la respiration et sont donc très sensibles à la qualité de l’air. L’énergie des poumons a un impact sur le système pileux et également sur l’espace entre la peau et les muscles. La peau est une super usine à éliminer les déchets du corps : liquides organiques, sang et toxines en tout genre (odeurs, transpiration, dermatoses). La qualité de la peau est donc très dépendante des liquides organiques qui assurent sa correcte humidification. Une alimentation trop riche et déséquilibrée ainsi que les abus (sucre, alcool, tabac, drogue) vont contrarier la bonne santé de la peau. Les textes anciens précisent que le sang est le logis de l’esprit et qu’il entretient, de ce fait, un lien étroit avec la sphère psychoémotionnelle. Un déséquilibre au niveau du sang peut avoir de réelles incidences au niveau psychique et la peau est un organe privilégié pour évacuer les tensions psychiques.

Le lien entre la peau et les émotions est évident ! Qui n’a pas rougi, transpiré ou eu la chair de poule lorsque l’on est confronté à une émotion intense ? Outre les explications énergétiques des pathologies de la peau, telles que l’eczéma et le psoriasis, les difficultés à gérer le ressenti d’agressions et à exprimer ses émotions sont également avancées. Le corps évacue, dans certains cas, les tensions et les déséquilibres par la peau. Contrairement aux traitements allopathiques, qui cherchent à arrêter cette expression par la peau, la MTC recherche d’où vient le déséquilibre énergétique, puis le corrige.

La dermatologie en MTC est une spécialité à part ­entière riche d’enseignements. Le praticien de MTC est très attentif à l’apparence de la peau, une mine précieuse d’informations qu’il utilise pour établir son diagnostic. Sa couleur, son hydratation, les œdèmes, les veinules, les boutons, tout est porteur de sens. Notons qu’une peau rouge indique la présence d’une chaleur pathogène qui affecte le poumon ou l’estomac et qui chasse le sang vers la surface corporelle et la peau. Une peau sèche est un signe de vide, une insuffisance du sang du foie, un œdème signe un vide de yang du rein ou une stagnation du qi. Des séances ­régulières de soins en MTC, accompagnées de pharmacopée chinoise, sauront faire face aux problématiques de peau les plus coriaces. L’aloe vera, la baie d’argousier, le ginseng, l’orchidée ­jacinthe, les baies de goji et les fleurs de lotus font partie des plantes majeures pour l’éclat de la peau. On peut les utiliser sous forme de tisanes, de décoctions, de compléments alimentaires ou les appliquer directement sur la peau, mélangées à des huiles végétales comme l’huile d’onagre ou de bourrache.

Les conseils de la médecine ayurvédique

En ayurvéda, la peau est traitée et soignée selon ses caractéristiques individuelles. Elle donne une place majeure à l’alimentation qui a un impact direct sur la qualité de la peau. Se tartiner le visage de crème hydratante ne suffit évidemment pas à la bonne santé de la peau. Il est primordial de connaître son type de peau afin de manger les aliments qui conviennent et d’adapter les soins spécifiques. Il va de soi qu’il faut éviter les excès alimentaires, physiques et le stress émotionnel chronique qui ruinent la santé et la peau !

Seul un thérapeute en ayurvéda saura définir votre constitution, vata, pitta ou kapha et préciser le régime, ­l’exercice, la routine quotidienne et d’autres mesures adaptées à votre organisme. À condition de respecter les règles de bon sens, l’ayurvéda considère que le soleil est une véritable nourriture pour la peau, mais elle doit être protégée, exposée à petites doses et pas entre 12 heures et 16 heures.

Les corps physiques, biologiques des êtres vivants sont constitués de sept tissus essentiels selon l’ayurvéda. Ces tissus appelés dhâtus sont la lymphe, le sang, les muscles, les graisses, les os, le système nerveux et le système de reproduction. La dermatologie ayurvédique cible en premier lieu le traitement de ces ­dhâtus grâce aux plantes, aux recommandations diététiques et aux traitements spécifiques. La cause du vieillissement de la peau est à chercher dans les radicaux libres qui oxydent les cellules. En cause : la pollution de l’air, le stress, l’alimentation, les soins de peau non adaptés. La prise en compte individuelle de la constitution de la peau est le fondement de la dermatologie ayurvédique globale.

 

  • La peau vata est tendre, froide, souple, satinée, aux pores fins avec une légère coloration rosée ou brune qui ne supporte pas bien le soleil. En cas de déséquilibre, elle devient facilement cassante, sèche et vieillit prématurément. Parmi les nombreux conseils, le plus simple est de masser délicatement le visage et le corps avec de l’huile chaude de sésame, d’avocat, d’olive, d’amande ou de noix. Des compresses chaudes, masques nourrissants et sudations complètent avantageusement l’effet du massage aux huiles. Ce protocole est soutenu par une alimentation riche en jus de fruits naturels et en soupes de riz, en épeautre, en pommes de terre, en carottes, en fenouils et en asperges, des plats épicés (fenouil, gingembre, safran) et au moins deux cuillères à soupe d’huile d’olive par jour.
  • La peau pitta est facilement reconnaissable à son hypersensibilité, à sa tendance à rougir, à ses taches de rousseur et à ses grains de beauté. En cas de déséquilibre, irritations, inflammations, acné, taches et allergies sont à craindre. Pour le massage quotidien, les huiles d’amande, de noix de coco, de tournesol, d’olive calment et rafraîchissent la peau. Des masques et des compresses à l’eau de rose, au lotus et à la lavande mélangés à du yaourt font un bien fou. Côté alimentation, évitez les ­aliments acides et épicés comme les tomates, les produits laitiers acides, la viande, le café et le vinaigre, ­choisissez plutôt des légumes verts, légèrement amers comme les artichauts ou les ­endives et des fruits doux et juteux (raisins, pommes, grenades).
  • La peau kapha est d’une autre nature. En pleine forme, elle est onctueuse, ­résistante, mais à tendance un peu grasse. Quand apparaissent les pustules ou ­l’eczéma qui démange, il est grand temps de se prendre en main. Huiles de colza, de maïs, de pépins de raisin, d’amande ou d’abricot sont excellentes. Choisissez l’une de ces huiles, mélangez-la avec quelques gouttes, au choix, d’huile essentielle de ­citron, de cyprès, de genièvre, de patchouli, ­d’eucalyptus, de camphre, de clou de girofle, de lavande ou de bergamote, puis massez afin de drainer et d’éliminer les toxines bien incrustées. L’application régulière de compresses chaudes au gingembre ou au curcuma ajoutera un effet purificateur qu’il est primordial d’accompagner de repas légers aux épices piquantes telles que le poivre, le gingembre, le curcuma, le cumin et l’ail.

 

Trop de savon rend la peau vulnérable

La peau a beau être souple, résistante, imperméable et lavable, la noyer chaque jour sous les gels douche, même les moins agressifs, n’est vraiment pas une bonne idée. L’eau est de loin la meilleure amie de notre peau. Nettoyer régulièrement les parties intimes et celles submergées par la transpiration d’accord. Mais le savon, attention ! Il a un pH qui n’est pas celui de la peau. Donc il chamboule la flore foisonnante composée de petites bactéries, de levures et de champignons. La peau devient alors plus vulnérable aux allergènes et aux infections. Optez pour un adoucisseur d’eau et adoptez un savon pH neutre ou un soin sans savon adapté à votre type de peau.

Le soleil fait des dégâts

Il importe de garder à l’esprit que le soleil fait prématurément vieillir la peau. Les UVA et UVB sont des agresseurs qui font des dégâts considérables et le bronzage n’est rien d’autre qu’une défense de votre peau. Et pour ceux qui croient encore que les cabines de bronzage préparent leur peau au soleil, c’est faux ! Bien au contraire, vous aggravez considérablement le risque de mélanomes. La peau bronzée comme critère 
de beauté est une aberration culturelle occidentale…

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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