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Les parasites intestinaux : ennemis ou alliés ?

Article paru dans le journal nº 52 Acheter ce numéro
  • Nippostrongylus brasiliensisNippostrongylus brasiliensis

Certains parasites sont considérés à juste titre comme des risques de santé publique majeurs, notamment dans les pays tropicaux et à malnutrition rampante. Mais si le fait d’avoir des vers logés dans l’intestin n’était pas toujours une mauvaise chose ? Depuis des temps immémoriaux, le corps humain abrite différents parasites tels que des vers, et des relations symbiotiques complexes se sont créées. S’il est aujourd’hui vivement conseillé de se battre contre diverses colonisations parasitiques pour des raisons d’hygiène et de santé, de plus en plus de recherches mettent au jour le rôle positif que pourraient avoir ces ennemis intimes.


Les parasites intestinaux touchent chaque année 2 milliards de personnes dans le monde. La plupart du temps, de telles infections sont asymptomatiques et les fardeaux individuels sont faibles dans les pays du Nord. Mais, une fois un diagnostic posé, nous cherchons à nous en débarrasser au plus vite, et c’est bien compréhensible. Nous avons d'ailleurs consacré tout un article aux solutions naturelles pour se débarasser de certains de ces parasites importuns. Pourtant, de plus en plus d’études l’affirment : les helminthes, ou parasites intestinaux, sont parfois utiles au fonctionnement de notre corps. En rompant cette relation multimillénaire avec ces invités peu ragoûtants, avons-nous favorisé le développement exponentiel de maladies auto-immunes comme le pensent certains ?

Il existe de nombreux parasites intestinaux dont les plus connus sont l’oxyure, l'ascaris et le ver solitaire (ou ténia). De manière générale, ces parasites modifient notre microbiote et, de ce fait, modifient également notre fonctionnement immunitaire et notre état de santé général. Plutôt que de s’embarquer dans la chasse toujours plus acharnée aux parasites, William Gause, directeur du Centre Immunité et Inflammation de l’Université Rutgers aux Etats-Unis, s’intéresse avec son équipe aux possibles thérapies fondées sur l’utilisation de ces vers. Cela pourrait nous aider, dit-il avec d’autres,  à combattre le diabète de type 1, certaines maladies chroniques inflammatoires intestinales (MICI), voire des troubles cardiovasculaires, métaboliques ou allergiques. Les parasites intestinaux feront–ils partie de l’arsenal thérapeutique du futur ?  Pour le moment, voici déjà 4 pistes thérapeutiques associées aux parasites intestinaux.

Lutter contre les maladies chroniques inflammatoires intestinales par les vers ?

Alors même que certains médicaments utilisés dans la prise en charge des MICI sont de plus en plus montrés du doigt pour leurs effets indésirables – à l’instar des anti-TNF alpha, soupçonnés depuis peu d’augmenter le risque de lymphome – il semblerait que les parasites intestinaux puissent jouer un rôle pour freiner le développement de la maladie de Crohn. En effet, selon Deepshika Ramanan et son équipe à l’université de Harvard, le développement des maladies inflammatoires de l’intestin, telles que la maladie de Crohn serait dû notamment à la diminution de la colonisation de l'intestin par les parasites intestinaux et à l’altération du microbiote qui en résulte.

Son raisonnement : un environnement microbien changeant façonne notre vulnérabilité à la maladie inflammatoire. Or, en présence de certains parasites intestinaux, notre organisme favorise la présence dans l’intestin de Clostridium leptum, une bactérie protectrice contre les maladies inflammatoires de l’intestin. Symétriquement, l’organisme tend à limiter la présence des bactéries Bacteroidia, pro-inflammatoires. Elle a pu constater que le traitement vermifuge réduisait les niveaux de Clostridiales et augmentait les Bacteroidia, augmentant donc le risque de MICI. Des études animales, sur des souris susceptibles de développer la maladie de Crohn, confirment cet effet protecteur des Clostridiales. De ces constats au développement de « vers-médicaments », il y a certes un pas à sauter, mais peut-être pas si lointain.

Le Trichuris suis contre la sclérose en plaques ?

La sclérose en plaques est la principale cause de handicap neurologique dans les pays industrialisés. Les symptômes de cette maladie auto-immune sont multiples : troubles sensitifs, spasmes, névrite optique ou encore fatigue anormale. Mais une étude pilote présentée au congrès de l’Académie américaine de neurologie propose d’atténuer ces symptômes grâce à une espèce particulière d’helminthes : le Trichuris suis.

La seule présence du vers Trichuris suis, un parasite intestinal du porc, dans l’intestin de personnes atteintes de sclérose en plaques aurait des vertus thérapeutiques. En effet, là encore, la présence de parasites dans l’intestin modifie notre réponse immunitaire. Pendant trois mois, cinq cobayes ont ingéré 2 500 oeufs vivants de ce parasite intestinal de porc toutes les deux semaines. Leur système immunitaire de défense a réagi en cessant d’attaquer la gaine de myéline entourant les nerfs, un symptôme majeur de la maladie.

Nippostrongylus brasiliensis contre la polyarthrite rhumatoïde ?

Vous l’aurez compris, l’infection par un parasite intestinal module notre réponse immunitaire. Or parmi les maladies auto-immunes, on compte aussi des pathologies articulaires dégénératives comme la polyarthrite rhumatoïde, où le système immunitaire attaque par erreur les articulations. La réponse immunitaire déclenchée par l'infection par le nématode Nippostrongylus brasiliensis, un parasite intestinal du rongeur, semble pouvoir soulager la polyarthrite rhumatoïde. Aussi intéressante que soit cette dernière découverte, les scientifiques n’envisagent pas que l’on ingère ces vers, car leur présence dans le corps est également associée à une détérioration des fonctions respiratoires (de type emphysème). Ils cherchent en revanche à créer un médicament qui pourrait mimer les effets du vers sur le système immunitaire des patients concernés.

Les ankylostomes pour lutter contre l’asthme ?

Les ankylostomes, des petits vers ronds qui habitent les intestins de plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde, sont dangereux à bien des titres : problèmes digestifs, impacts sur le système nerveux, risques d’anémie, risques pour le développement du foetus notamment. Ils sont la cause de 65 000 décès annuels selon l’OMS. Pourtant, aussi dangereux soient-ils, les molécules chimiques qu’ils sécrètent dans le corps pourraient, par leurs vertus anti-inflammatoires, offrir une réponse thérapeutique intéressante dans la suppression de l’asthme, comme le montrent des études animales. Séverine Navarro, chercheuse française, a dans le cadre de sa thèse isolé la protéine responsable de ce phénomène, appelée AIP-2. Elle et son équipe envisagent de l’utiliser pour développer un nouveau traitement pour lutter contre l’asthme allergique et les maladies allergiques.

Comme le montrent ces différents exemples et ces différentes pistes de recherche, les parasites intestinaux sont des « ennemis » plus ambivalents qu’il n’y paraît. À l'instar d'autres parasites ayant eu des centaines de milliers d'années de coévolution avec l'homme comme la toxoplasmose, ils ont un impact complexe sur le fonctionnement de notre organisme dont on découvre à peine les implications. Ils pourraient détenir le secret de la lutte efficace contre certaines maladies, notamment auto-immunes et les recherches doivent se poursuivre. Une question demeure : sommes-nous prêts à être ou à rester colonisés par ces créatures pour accéder à une meilleure santé ? 


Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com
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