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Mal de dos : haro sur les idées reçues !

Article paru dans le journal nº 98 Acheter ce numéro
  • Les douleurs s’enracinent bien souvent sur une peur de se faire mal..Les douleurs s’enracinent bien souvent sur une peur de se faire mal..

Un kinésithérapeute et une ostéopathe, passionnés par leur métier, démontent 50 mythes sur le mal de dos. Infatigables instagrameurs, ils publient un livre* facile pour dédramatiser la prétendue fragilité du dos et retrouver confiance en ses capacités. S’appuyant sur nombre d’études, Antoine Couly et Olivia Ferrand montrent qu’il n’existe ni de bonne ni de mauvaise façon de se tenir, mais un corps capable de bien plus qu’on ne le croit.

" Tiens-toi droit, sinon tu vas finir voûté ! " L’injonction, aussi poussiéreuse qu’un manuel de savoir-vivre, n’aurait aucune validité scientifique. Il semble même que se tenir avachi soit une position plutôt naturelle. Une étude a comparé trois façons de se tenir chez des sujets jeunes ayant un travail de bureau et pas de douleurs de dos : avachi, parfaitement droit et légèrement penché en avant.

Après une heure, les chercheurs ont évalué l’inconfort ressenti par chaque sujet. La position la plus agréable était, sans conteste, la position avachie. Une autre étude a comparé l’impact de cette posture sur la qualité des disques intervertébraux, ces amortisseurs dont l’épaisseur varie au cours de la journée (raison pour laquelle nous sommes plus grands le matin que le soir). Après 10 minutes de test, les disques des cobayes avachis avaient gagné 9 millimètres.

Conclusion : on s’affale parce que c’est confortable, et le mal de dos n’a pas de lien direct avec la façon de se tenir ! Au contraire, s’obliger à rester droit est le meilleur moyen de créer des tensions. Alors pourquoi le mythe " droit comme un i " résiste-t-il aussi fort ? " Au cabinet, nous recevons quotidiennement des gens qui affirment se tenir mal. Nous n’avons jamais entendu un patient nous dire qu’il se tenait bien ", annoncent d’entrée Antoine Couly, kiné, et Olivia Ferrand, ostéopathe, auteurs d’un nouveau livre ludique et déculpabilisant. Alors que 70 % des personnes souffriront au moins une fois dans leur vie de lombalgie, les jeunes praticiens démontent les idées reçues les plus courantes sur la santé du dos, et ça soulage.

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Parfaitement imparfaits

"J’ai une jambe plus courte que l’autre " ; " j’ai les pieds plats " ; " je suis trop cambré ", " je n’ai pas assez d’abdos ", entendent-ils en consultation comme autant d’autodiagnostics des douleurs de dos récurrentes. En réalité, quasiment tous les individus ont une jambe plus courte que l’autre. En dessous de 20 millimètres de décalage, pas de raison de s’inquiéter. Quant au lien entre la forme du pied et les maux de dos, il n’a pas été clairement établi. Les auteurs rapportent une étude menée sur près de 2 000 patients d’environ 60 ans, qui montre que le nombre de personnes présentant des pieds plats et souffrant de douleurs au dos n’est pas franchement supérieur au nombre de personnes aux pieds " normaux " et souffrant elles aussi de douleurs. Idem pour les blessures chez les coureurs : les blessés et les non-blessés présentent les mêmes caractéristiques morphologiques des pieds.

Autre fait intéressant : une étude récente comparant plus de 900 individus victimes de douleurs chroniques au dos et plus de 700 sans douleurs révèle que ces derniers ont tendance à être un peu plus cambrés que ceux qui souffrent du dos. Même la sacro-sainte sangle abdominale n’est pas la garante d’un dos serein, comme le prouve cette étude qui a suivi deux groupes de personnes aux abdominaux considérés comme faibles : un groupe coaché dans des exercices de renforcement et l’autre non. Au bout d’un an de suivi, aucune différence de prévalence du mal de dos n’a été observée.

Études scientifiques à l’appui, les deux auteurs affirment que les douleurs s’enracinent bien souvent sur une peur de se faire mal. " Nous sommes conditionnés à souffrir du dos à cause de cette idée qu’il s’agit du mal du siècle, lance Antoine Couly, et c’est probablement une des explications au fait que les troubles musculo-squelettiques et les lombalgies ne cessent d’augmenter. Puis on retrouve des troubles anxio-dépressifs chez la plupart des patients qui viennent pour des maux de dos. " De là à dire que c’est dans la tête, il n’y a qu’un pas… que les deux thérapeutes ne franchissent pas (complètement).

Ce n’est pas dans la tête… mais bien dans le cerveau

Il n’empêche que la séance de kinésithérapie, d’ostéopathie ou de chiropraxie soulage ! Si l’on se sent mieux après manipulation, la loi de causalité veut que ce soit parce qu’il y avait un problème au départ. " Bien sûr, il ne s’agit pas de dire aux personnes qui souffrent que leur douleur est imaginaire ", rassure Antoine Couly. Mais il est intéressant de comprendre à travers l’ouvrage que certains ressentis, très courants et très handicapants, comme se pincer un nerf ou se déplacer une vertèbre n’ont, en fait, aucune réalité anatomique. Une vertèbre ne se " déplace " pas comme ça. Un nerf peut être irrité, comprimé par d’autres structures, mais ne peut pas être pincé par quoi que ce soit. Même faire un " faux mouvement " ne veut rien dire. D’ailleurs, l’expression n’existe pas à l’étranger et, du coup, ne se retrouve pas dans la littérature scientifique.

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Ces représentations appartiennent à une vision biomécanique ancienne, que l’on n’enseigne plus dans les formations aux thérapies manuelles. " Aujourd’hui, on ne sait pas expliquer l’apparition d’une douleur, pas plus que sa disparition, mais il est clair que les manipulations agissent sur les perceptions de la douleur ", un système d’alarme certes perfectionné mais nourri par une peur, très contemporaine, de s’abîmer. " Venir en prévention n’est même pas pertinent, d’après moi. C’est de la croyance. " Prendre rendez-vous avant d’avoir mal pour se rassurer illustrerait assez bien le rôle du cerveau dans le rapport au dos. " Prenez l’arthrose, comment expliquer que grâce à nos séances les douleurs disparaissent mais que l’arthrose soit toujours visible sur l’imagerie médicale ? " interroge Antoine Couly.

C’est un ensemble de choses qui font du bien : le toucher qui enclenche la production de molécules anti-inflammatoires au niveau des médiateurs mais aussi l’effet placebo de la relation thérapeutique elle-même. " Nous ne sommes pas des mécanos mais des accompagnants. " Écoutez et touchez quelqu’un qui souffre, et sa peine s’en trouvera déjà allégée.

D’accord, mais que faire, et quand ?

  • Je travaille assis 7 heures par jour

Les individus qui sont assis plus de 8 heures par jour ont un peu plus de risque de développer un mal de dos que ceux qui sont assis moins de 6 heures ; et ceux qui sont assis entre 6 et 8 heures ont autant de risque. C’est le résultat d’une étude danoise sur 200 ouvriers, mais on retrouve un résultat similaire dans une étude menée auprès d’employés de bureau. Sédentarité et douleur ne sont pas systématiquement corrélées. D’ailleurs, Antoine Couly et Olivia Ferrand racontent rencontrer plus de douleurs du coude ou de l’épaule que de douleurs du dos chez les personnes qui ont un travail sédentaire.

Le conseil : se lever de sa chaise pour marcher régulièrement et travailler assis sur un ballon.

  • J’ai de l’ostéoporose

Surtout ne pas arrêter de bouger ! Les os sous contrainte se renforcent naturellement. On appelle cela la mécanotransduction : le corps est capable de convertir un signal physique (la contrainte) en un signal chimique (facteurs de croissance, facteurs de " renfort "). Faire de l’exercice permet de lutter contre l’évolution de l’ostéoporose.

Le conseil : faire des exercices avec port de charges.

  • J’ai une hernie discale

Comme l’arthrose, la hernie est un phénomène naturel et répandu. À 20 ans, 35 % de la population a une hernie débutante. À 30 ans, c’est 50 %. À 50 ans, cela passe à 80 %. La hernie n’est pas retrouvée systématiquement chez les personnes qui ont mal au dos. De même, toutes les personnes atteintes de hernie ne souffrent pas forcément de douleurs. En outre, plus la hernie est importante, plus elle a de chances de se résorber d’elle-même sans chirurgie.

Le conseil : explorez les mouvements à l’aide de techniques corporelles douces et prenez rendez-vous avec un kinésithérapeute ou un ostéopathe.

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  • Le cartable est trop lourd

Une étude portugaise a évalué le rapport entre le poids du sac à dos chez des collégiens et lycéens et le risque de développer une scoliose. Plus de 40 % des ados portaient des sacs qui excédaient 10 % de leur poids. Sur les 397 ados qui portaient un sac jugé trop lourd pour eux, 65 avaient une scoliose. C’est déjà trop, mais sur les 569 qui portaient un sac avec un poids considéré́ comme adéquat, 82 avaient une scoliose. On retrouve donc environ la même prévalence et ce, quelle que soit la façon de porter le sac.

Le conseil : pour bien grandir, continuer à se renforcer en portant son sac à dos ou, s’il est vraiment trop lourd, opter pour le cartable à roulettes.

Plie les genoux quand tu te baisses

On l’a compris, porter une charge, de façon progressive et adaptée, renforce les muscles, tendons, ligaments, os et disques. Une étude a tout de même cherché à vérifier quelle position était la meilleure pour soulever un poids. Le protocole consistait à saisir une boîte de 15 kilos en utilisant deux techniques : le dos arrondi sans plier les genoux puis en pliant les genoux. L’objectif était de déterminer si l’une des deux applique plus de contraintes sur les disques intervertébraux et les articulations intervertébrales. Résultat : la colonne subit tout autant de contrainte avec un dos rond qu’en pliant les genoux. Pour des objets de moins de 15 kg, il semble que porter genoux pliés ou genoux tendus amène sensiblement aux mêmes contraintes pour votre dos. Moralité : pour ramasser un stylo, vos clés ou un petit objet, ne vous posez pas trop de questions. Au-delà, fléchissez !

 

Allez plus loin :

Sur Instagram

Antoine Couly : @cerveaumuscle

Olivia Ferrand : @touchofscience

* Tiens-toi droit ! ? 50 idées reçues enfin démystifiées ! éd. Flammarion, 2022, 19,90 €.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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