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Santé du bébé : avant même la conception

Article paru dans le journal nº 74 Acheter ce numéro
  • Chaque jour, nous sommes exposés à plus de 900 substances chimiques. Chaque jour, nous sommes exposés à plus de 900 substances chimiques.

Les caractères divers du petit être à naître sont largement déterminés par la qualité de la période périconceptionnelle: la grossesse «s’ébauche» avant la conception. Il conviendrait de mettre en place une hygiène de vie visant à favoriser l’épigénétique, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles l’être commence sa vie, quelques mois auparavant.

La génétique concerne l’ADN, les gènes codés, qui ont un caractère irréversible, et l’épigénétique influence la santé à très long terme en modifiant l’expression des gènes sans en changer le code ni le génome. Celle-ci est réversible, même si ses conséquences ne le sont pas toujours. L’expression des gènes est, entre autres, modulée par les signaux moléculaires des rythmes circadiens ainsi que par les signaux qualitatifs et quantitatifs nutritionnels, au gré de la diversité de l’ensemble des stimuli environnementaux. Une analogie courante propose de comparer la génétique à une partition, l’épigénétique au musicien qui l’interprète et l’environnement au lieu dans lequel il joue sa musique. Tous affectent la musique au final, bien que la partition ne change pas.

Quand l’épigénétique intervient-elle ?

Les déséquilibres alimentaires et métaboliques subis au cours de la vie fœtale quant à eux, peuvent avoir des répercussions à l’âge adulte et impliquer des situations de « non-retour ». En effet, le façonnage des tissus et organes (réplication, différenciation, apopotose) répond à des programmes génétiques et épigénétiques précisément coordonnés. Des apports (qualitatifs et quantitatifs) de nutriments ou de métabolites inadaptés aux besoins précis de ces processus, s’opérant, en outre, dans un espace/temps limité, peuvent aboutir au développement anormal voire à l’absence de types cellulaires spécialisés. Toutefois, des substances connues pour agir sur l’acétylation des histones et la méthylation de l’ADN peuvent interférer et supprimer, chez l’adulte, les conséquences de comportements maternels pré et postnatal inadéquats.

Dispositifs d’adaptation

Le caractère héréditaire de certaines pathologies ou particularités n’est alors pas si fatalement prévisible, contrairement à la croyance collective encore bien ancrée. C’est d’ailleurs ce concept qui a fait la popularité de cette discipline, suite aux découvertes successives qui ont fait l’objet de plus de 18 000 publications depuis les années 1990. On s’accorde à dire que l’adaptation épigénétique est cumulative et transmissible, selon deux types d’action, métabolique, ou morpho-fonctionnelle et cognitive. Les processus de cette dernière prennent beaucoup plus de temps, traçant une « trajectoire génétique» dans laquelle il y a une relation étroite entre habitude et expression génétique. À l’inverse, l’adaptation métabolique s’opère rapidement, sur une à quelques générations, influencée majoritairement par les phénomènes de stress oxydatifs. C’est ainsi que le risque de développer un diabète génétique est augmenté de 10% dès la première génération suite à la consommation excessive pendant la grossesse de sucres ou de farines raffinées. Sont très concernés par ces problématiques tous les produits issus de l’alimentation industrielle aux antipodes d’une alimentation naturelle.

Expression des gènes

Quelque 93 % du génome ne code pas la synthèse d’une protéine mais sert à faire fonctionner les gènes codants, en inhibant le fonctionnement ou en permettant la transcription. Un des mécanismes, le plus populairement étudié, en cause dans l’inhibition ou l’activation de certains gènes est la méthylation. L’établissement de profils aberrants de méthylation est impliqué dans certaines maladies. On compte de nombreux facteurs de stress oxydatif encourageant l’hyperméthylation de certains gènes, où toxines et toxiques en sont à la fois la cause et la conséquence. Il en est ainsi d’un organisme au polymorphisme nul sur un gène qui contrôle l’activité de l’enzyme qui régule le glutathion, un de ses systèmes antioxydants les plus importants du corps, qui verra sa capacité détoxifiante réduite et ainsi augmenter son stress oxydatif, encourageant à nouveau des perturbations dans les mécanismes de méthylation. C’est d’ailleurs un exemple non anodin, qui concerne la moitié des types «blanc-caucasien». À ce propos, cette mutation est apparue il y a 100 000 ans, mais ne s’est révélée que récemment, dès lors que la pollution environnementale a obligé les organismes à réagir activement par l’intermédiaire de ce système antioxydant. Les individus ayant ce polymorphisme réagissent moins bien à la gestion de ce niveau de pollution. De nombreuses  autres études mettent en évidence l’implication de ces réactions inadaptées de la méthylation dans des pathologies aussi diverses que multiples.


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Environnement au crible

L’épigénétique se définit comme la branche de la biologie qui étudie les interactions entre les gènes et l’environnement. Ses effets sont plus ou moins durables, sur l’ordonnancement cellulaire, l’organogenèse, les voies métaboliques et la physiologie. Par « environnement », on entend ainsi l’hygiène de vie – alimentation, activité physique, gestion du stress et des émotions, gestion du rythme circadien – ou plus généralement le mode de vie – en considérant aussi le plaisir de ce que l’on fait, le réseau social et familial – mais aussi les toxiques environne- mentaux, les troubles hérités. On compte au demeurant 100 000 nouvelles molécules créées depuis soixante ans, dont la présence de certaines persiste malgré leur interdiction, car n’ont pas pu être dégradées, dans la terre notamment. Nous sommes ainsi exposés, chaque jour, à plus de 900 substances chimiques.

L’exposition au stress

Le stress est l’une des composantes environnementales agissante, chez les deux géniteurs. En effet, toute exposition à un stress, physique ou psychologique, entraîne une série de réponses immédiates de l’organisme. Les gènes impliqués dans la réponse au stress subissent ainsi des modifications chimiques (méthylation). Cette expression génomique impliquée dans la régulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien est transmise telle quelle à l’enfant. Concrètement, la capacité du père à gérer son stress au moment de la fabrication du spermatozoïde qui entrera dans l’ovule aura une conséquence directe sur le psychisme de l’enfant (hypersensibilité, stress). D’autre part, on observe des vulnérabilités psychiatriques chez les enfants dont la mère a été exposée à un grand stress pendant sa grossesse ou ayant subi des maltraitances dans son enfance. Plus étonnant encore, on constate une transmissibilité dans l’ADN des événements exceptionnellement marquants, jusqu’au vécu chez un individu de symptômes de stress post-traumatiques similaires aux générations précédentes, sans même avoir fait l’expérience du trauma lui-même.

Équilibrer la détoxination hépatique

Protéger l’organisme des composés issus de la première phase en utilisant des antioxydants non enzymatiques tels que les vitamines A, D3, E, C, B2, B3, B6, B12, des minéraux comme le calcium, le magnésium et le fer, des bioflavonoïdes (agrumes), de la quercétine, de la curcumine, la coenzyme NADH et la N-Acétylcystéine. Puis favoriser la seconde phase avec l’apport d’acides aminés soufrés (dans les crucifères par exemple, la taurine, la cystéine) et de L-Glutamine.


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Préparer la grossesse

Excès toxiniques et carences nutritionnelles sont au cœur des préoccupations lors de la période périconceptionnelle, tout comme le mental et les émotions, le taux d’inflammation... Idéalement, la conception d’un enfant se prépare plusieurs mois avant la procréation. L’élimination des substances indésirables et la modification des processus physiologiques peuvent prendre du temps. Certaines aptitudes sont transmises par le géniteur par le biais de ses spermatozoïdes, dont la conception est de 72 jours et s’effectue en fonction des conditions dans lesquelles l’organisme se trouve à ce moment-là : celui qui pénétrera dans l’ovule au moment de la procréation est donc déjà âgé de deux mois et demi !

  • La détoxination et la détoxication profondes de l’organisme doivent intervenir trois mois avant la conception. Jeûne intermittent ou monodiètes rythmées seront éventuellement les bases du programme, tout comme la suppression des xénobiotiques et notamment les perturbateurs endocriniens. La phytothérapie à visée émonctorielle complétera l’élimination. Pour les métaux lourds, la chlorella en petites cures, la klamath, la zéolite, l’ail des ours, la coriandre et l’aloe vera concourent à leur prise en charge. La silice, pour l’aluminium, est présente dans les diatomées, la prêle ou l’ortie.
  • Il importe de réduire alcool et café et éliminer pesticide et tabac, une recommandation malheureusement émise uniquement aux femmes, et une fois la grossesse déjà bien entamée. Ils sont notamment tous incriminés dans les processus d’hyperméthylation, et dans la suractivation de la première phase de détoxination hépatique (cytochromes P450) au détriment de l’activation de la seconde phase de solubilisation pour l’élimination réelle. Des toxines dégradées s’accumulent et se recombinent dans d’autres processus organiques et deviennent alors néfastes.
  • La seule prescription médicale préventive actuelle est la vitamine B9 sous forme d’acide folique. Les carences sont cou- rantes (47 % des femmes de 20-25 ans), et l’éventail des troubles liés est très large, chez la mère et l’enfant. Pourtant, de nombreux autres nutriments, y compris chez l’homme, sont essentiels (lire l’encadré). Les oméga-3 sont à part, car indis- pensables à une bonne spermatogenèse et à l’identité cellulaire, tout en réduisant les réactions inflammatoires (par la voie des prostaglandines). Les vitamines C et E sont indispensables à leur assimilation. Le sélénium est, quant à lui, primordial pour la fabrication du système génétique héré- ditaire (ADN-ARN). Les autres vitamines B sont capitales chez les deux parents, la B1 et la B6 sont d’ailleurs elles aussi en carence chez 30 à 50 % des femmes.

Préférer les folates à l’acide folique

Certains chercheurs en micronutrition s’interrogent et mettent en garde quant à l’utilisation de l’acide folique. Ce n’est pas une forme réduite des folates, au contraire, elle nécessitera une intervention enzymatique, qui est variable d’un individu à l’autre selon l’expression des gènes qui la contrôlent, pour être convertie en folates, la seule forme utilisable par l’organisme. Selon eux, l’acide folique saturerait les récepteurs aux folates, ce qui diminuerait encore leur assimilation.

Mesures politiques?

L’épigénétique apparaît, pour les chercheurs, comme une opportunité de combattre l’épidémie des maladies chroniques qui frappe nos sociétés. Mais pour les futurs parents, ce sont autant de découvertes affolantes et cela va aussi allonger la liste de conseils dont ils sont déjà submergés. Il est bien facile de responsabiliser les femmes de l’état de santé de leur futur enfant au point de créer des générations de mères hypercoupables. Mais jusqu’où pouvons-nous considérer que ces actions de sauvegarde doivent être portées par les couples ? À l’aune des divers éléments présentés précédemment, on comprend que cet hypercontrôle est tant infernal qu’illusoire. Ne devrions-nous pas plutôt attendre, de la part de nos politiques et agences de santé publique, la mise en place de mesures visant à assainir notre environnement ? Le principe de précaution et les preuves actuelles ne sont-elles pas suffisants pour que ces autorités promettent activement des conditions plus favorables à la perpétuation de la vie ?


 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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