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"Dans l’affaire des bébés sans bras, l’État a négligé la santé de la femme enceinte et du fœtus", Mélanie Déchalotte

  • ©hannah assouline /©hannah assouline /"L’eau a été envisagée comme vecteur possible de la molécule qui a empoisonné les mères durant leur grossesse".
Article paru dans le journal nº 115

Frappée par le manque d’intérêt des pouvoirs publics français pour les naissances de bébés sans bras survenues sur des sites similaires, la journaliste Mélanie Déchalotte a poursuivi l’enquête. Elle a rencontré des scientifiques, des médecins, des agriculteurs impliqués dans l’affaire. Elle s’est également rendue auprès des familles directement touchées par ces malformations et a consigné le fruit de ses investigations dans une bande dessinée saisissante, illustrée par Pierrick Juin, dessinateur chez Charlie Hebdo.

Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser à cette affaire ?

Comme tout le monde, j’ai pris connaissance de l’existence de plusieurs clusters de « bébés sans bras » en lisant la presse, quand l’affaire a éclaté en 2018. Ce qui m’a immédiatement interpellée, c’est l’inaction des autorités de santé, alors que Le Monde avait publié des articles très clairs dénonçant l’existence de ces clusters dans l’Ain, en Bretagne et en Loire-Atlantique. À cela s’ajoutait une débauche de moyens pour discréditer Emmanuelle Amar, la directrice du registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera). Véritable lanceuse d’alerte, c’est elle qui a révélé l’existence d’un cluster dans l’Ain.

Au vu des rapports fallacieux publiés par Santé publique France (SPF) en octobre 2018 pour discréditer le Remera, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, a fini par réagir. Elle a notamment promis que le Remera ne fermerait pas ses portes et a ordonné une nouvelle enquête à propos de ces clusters. Sauf que, fait très surprenant, l’enquête a été confiée à ceux-là mêmes qui refusaient de reconnaître l’existence du cluster de l’Ain, à savoir Santé publique France.

Quelles ont été les conclusions de l’enquête de Santé publique France ?

SPF a publié de nouveaux rapports en 2019 et 2020 dont les conclusions sont absolument identiques à celles des rapports précédents. Cela n’a, semble-t-il, gêné personne, d’autant que le Covid est arrivé, et les « bébés sans bras »1 ont été oubliés. Les questions qui, pour moi, restaient en suspens portaient sur le devenir de ces familles, dont certaines s’étaient énormément investies. Et puis, que pensait Emmanuelle Amar de ce fiasco ? Des pistes environnementales avaient été suggérées par le Remera. Aucune d’entre elles n’avait été sérieusement investiguée par les autorités de santé. Il fallait une enquête de terrain. Avec Pierrick Juin, coauteur de la bande dessinée, nous avons eu à cœur d’explorer les pistes principales.

Que vous ont-elles appris ?

Notre enquête, ralentie par les différents confinements, a duré deux ans. Nous nous sommes déplacés à la rencontre d’Emmanuelle Amar, de scientifiques, d’agriculteurs et auprès des familles concernées dans les zones des clusters. En échangeant avec ces dernières, nous avons compris que les agents de SPF, qui ont parfois discuté avec certaines familles, avaient adapté leurs discours aux profils socioculturels des parents afin de les leurrer et de les dissuader de porter plainte.

Lire aussi Oui, il y a bien un cluster de « bébés nés sans bras » dans l’Ain

Quelles sont les pistes les plus probables de cette malformation ?

Il y en a plusieurs. L’eau a été envisagée comme vecteur possible de la molécule qui a empoisonné les mères durant leur grossesse. Un spécialiste a, en effet, pointé du doigt les failles communes aux réseaux d’eau potable alimentant les familles des clusters.

Ensuite, la piste des pesticides – qui s’est révélée très complexe : un ingénieur agronome, qui a longtemps travaillé au ministère de l’Agriculture, ...

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Références bibliographiques

  1. Il s’agit d’une anomalie congénitale de type réductionnel, c’est-à-dire qui se caractérise par l’absence totale ou la malformation importante de l’un des avant-bras de l’enfant.
  2. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
  3. Inspection générale des affaires sociales.

 

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