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Un mal pour un bien

Article paru dans le journal nº 77 Acheter ce numéro
  • Le système judiciaire sait se montrer impitoyable, espérons que c'est affaire fasse jurisprudence.Le système judiciaire sait se montrer impitoyable, espérons que c'est affaire fasse jurisprudence.

Nous avons vécu une séquence politique extraordinaire. Un candidat aux élections municipales 2020 à Paris, ex-secrétaire d’État de l’Économie et des Finances, ex-porte-parole du gouvernement, Benjamin-Blaise Griveaux, a retiré sa candidature un mois avant les élections. En cause, la divulgation via les réseaux sociaux, de vidéos à caractère sexuel.

On pourrait s’interroger sur le bien-fondé de ce retrait, car dans notre pays, ce genre d’affaire n’a jamais défrayé la chronique. Souvenez-vous de Félix Faure. Président de la République, il est retrouvé mort au Palais de l’Élysée en 1899, après une partie de jambes en l’air avec sa maîtresse. Cet épisode a tant fait rire l’opinion publique que les blagues se sont multipliées. On se souvient encore de la célèbre remarque attribuée à Clémenceau : « Il a voulu vivre César et il est mort Pompée. » Quelques décennies plus tard, l’affaire Markovic révélait l’existence des présumées parties fines des Pompidou, et que dire de l’appétit sexuel de Mitterrand ou de Jacques Chirac que l’on surnommait « Cinq minutes douche comprise ». Aucun d’entre eux n’a jamais songé à démissionner (surtout pas Félix Faure et pour cause !), tout simplement parce que les Français s’en contrefichent. Pire, les historiens rappellent que l’opinion publique préférait de loin les rois qui, à l’instar d’Henri IV ou de Louis XIV, étaient des « hommes à femmes » (pour rester poli), à la fadeur de rois tels que Louis XVI, réputé pour avoir une libido en berne (pour rester sympa).

Non, ce qui marque dans cette séquence politique, c’est le déploiement judiciaire inédit pour ce genre d’affaire. Dès lors qu’il s’agit d’un homme politique qui montre volontiers ses attributs (sans en avoir visiblement assez pour assumer, diraient les mauvaises langues), la justice se révèle impitoyable. Mais qu’en est-il de toutes ces femmes, souvent anonymes, qui ont vécu la même situation ? Ont-elles pu compter sur les gros bras de la justice pour atténuer l’opprobre jetée en un coup de clic sur elles, leur intimité, leur vie privée ?

Citons Veronica, 32 ans, Madrilène et mère de deux enfants qui s’est suicidée en 2019 après qu’une vidéo intime a été diffusée. Citons Juliette, qui en 2016, à l’âge de 15 ans, s’est jetée sous un train entre Deauville et Lisieux, après que des photos d’elle dénudée ont circulé dans tout son lycée. Citons Karina, Brésilienne de 15 ans, qui a mis fin à ses jours pour les mêmes raisons, et pire encore, dont la photo du cadavre a circulé également. Citons Tiziana, italienne de 31 ans. Citons Goo Hara, star de la K-Pop (la pop musique coréenne…). Si les chiffres ne sont pas encore établis, une étude australienne de 2017 indiquait que sur un échantillon de personnes âgées de 16 à 49 ans, 1 sur 5 déclarait avoir déjà été victime de revenge porn (vengeance porno, ou porno divulgation).

La petite affaire de Benjamin-Blaise Griveaux a le mérite de projeter la lumière sur ces anonymes et de prouver que lorsqu’il s’en donne les moyens, le système judiciaire sait se montrer redoutable. Espérons que cette affaire fasse jurisprudence et prouve aux victimes de revenge porn que la justice saura les protéger et condamner fermement les auteurs de cette forme pitoyable de délation.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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