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Covid-19 : la piste des polyphénols pour lutter contre l’infection

Article paru dans le journal nº 100 Acheter ce numéro
  • L'EGCG du thé vert, un des nombreux polyphénols étudiés contre le Covid-19L'EGCG du thé vert, un des nombreux polyphénols étudiés contre le Covid-19

Les polyphénols, aux vertus antioxydantes bien connues, pourraient être de précieux alliés contre le Covid-19 comme le suggèrent, depuis les débuts de la pandémie, de nombreuses recherches. Où en sont ces recherches ? Et comment agissent ces molécules organiques ?

Article mis à jour le 10/05/2022

Nous évoquons régulièrement les propriétés bénéfiques de ces composés présents dans les fruits, légumes et certaines plantes. Les polyphénols sont notamment abondants dans le thé, le café, le marc de raisin et le vin rouge. Ils sont l’objet de plus en plus de recherches comme moyens de prévenir ou de lutter contre les infections virales, et en particulier contre le SARS-CoV2.

De nombreuses recherches ont été menées sur ces métabolites permettant de mieux connaître leurs mécanismes d'action et leurs propriétés. Ainsi, ces recherches ont permis de mettre en évidence deux modalités d’action : la première, indirecte, passe par la modification du microbiote intestinal ; la seconde, directe, permet d'envisager localement des remèdes contre l'infection.

Une action indirecte via le microbiote intestinal

Le microbiote intestinal joue un rôle essentiel dans l'infection par le SARS-CoV2 : on sait que les patients atteints de formes sévères de Covid-19 présentent également souvent une dysbiose (déséquilibre du microbiote), mais aussi que le virus peut infecter les cellules de la muqueuses intestinales et s'y reproduire. D'ailleurs, les selles des patients contaminés par le virus contiennent de l'ARN viral. Les polyphénols, en modulant le microbiote intestinal, pourraient contribuer à prévenir et à traiter le Covid-19.

Dans une revue de la littérature scientifique (1), des chercheurs chinois précisent par exemple que des polyphénols du thé vert et noir, testés sur des animaux atteints de diverses pathologies (mais pas du Covid-19...) :

  • favorisent la croissance des probiotiques
  • inhibent sélectivement la croissance de bactéries pathogènes
  • participent à l'équilibre du microbiote intestinal
  • contribuent à éviter le déclenchement de certaines maladies, telles que les maladies cardiovasculaires, inflammatoires, ou encore les cancers, en agissant sur diverses voies métaboliques ou de signalisation.

Comment cette modification du microbiote pourrait-elle lutter contre le Covid-19 ? Il se trouve que certains métabolites produits par les bactéries intestinales agissent comme des antiviraux.

Ainsi, une étude très « solide » de l'université Rockefeller de New York parue à la fin 2021 (2) a porté sur quelque cinquante souches de bactéries fréquemment retrouvées dans le microbiote intestinal humain. Les chercheurs en ont isolé les composants chimiques dont la structure suggérait potentiellement une activité antivirale. Ils les ont ensuite testés un par un in vitro sur des modèles cellulaires infectés par le SARS-CoV2. L'un de ces composants s'est avéré plus efficace que le médicament Remdesivir auquel il était comparé.

De quoi conforter une hypothèse formulée par certains scientifiques dès le début de l'épidémie de SARS-CoV2 selon laquelle la stimulation de certaines populations bactériennes du microbiote intestinal pourrait être un moyen naturel de combattre la maladie... Concrètement, on pourrait modifier la composition du microbiote des personnes en leur administrant des polyphénols, stimulant ainsi la production de certaines bactéries ciblées dont les métabolites sont capables d’anéantir le virus au sein de l’intestin.

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Une action directe sur les cellules épithéliales

Les polyphénols semblent aussi pouvoir agir directement sur les cellules pour empêcher l'infection ou l'éliminer. Très schématiquement, des recherches ont montré que certains polyphénols avaient la capacité de « bloquer» les récepteurs ACE2 des cellules épithéliales (présentes dans les muqueuses, donc dans les intestins, les poumons et la bouche), ceux-là même que le SARS-CoV2 utilise pour se fixer, infecter les cellules et s'y multiplier à l'insu du système immunitaire. Certains polyphénols sont même capables d'inhiber la protéine 3CLpro du virus qui commande sa réplication (à l’instar du médicament Plaxovid récemment mis sur le marché !), fonctionnant ainsi comme de véritables antiviraux.

Il en va ainsi de la corilagine (3), un ellagitanin que l'on trouve dans des fruits tels que le longane (Dimocarpus longan) et le myrobolan emblique, également appelé amla en médecine ayurvédique (Phyllanthus emblica) ; ou bien encore du gallate d'épigallocatéchine (EGCG), une catéchine qu’on retrouve dans le thé blanc, le thé vert et dans une moindre mesure le thé noir (4). Boire du thé suffirait-il donc à éviter l'infection ? Pas si sûr, même s'il a été montré que les extraits de thé noir et de thé vert étaient capables, in vitro, d'inactiver très rapidement le SARS-CoV2 dans la salive (5) !

Spray, bains de bouche ? Faire barrage au virus

Une équipe allemande a quant à elle mis au point un spray pour la gorge à base de sorbitol/lécithine contenant un extrait concentré de thé vert (6). Ce spray contenant un extrait concentré de thé vert vise à empêcher de manière mécanique la fixation du virus en formant une mince couche protectrice sur la muqueuse buccale.

L'équipe a montré que, testé in vitro sur des particules virales du SARS-CoV2, le spray empêchait bien la réplication du virus ! Et ce n'est pas tout : testé in vivo chez des personnes saines, ce spray pourrait être utilisé de manière préventive, imprégnant suffisamment les cellules épithéliales buccales pour empêcher le virus de s'y fixer et de s'y répliquer... Les chercheurs ont ainsi pu constater sur des volontaires sains ayant utilisé ce spray que leur mucus pharyngé contenait bien plus de tanins (polyphénols) de thé vert que nécessaire pour détruire le virus !

Certains chercheurs envisagent de mettre au point des produits d'hygiène très dosés, agissant aux endroits où le virus du SARS-CoV2 est réputé s'accumuler : dans les cellules épithéliales des glandes salivaires et de la muqueuse buccale. Ainsi, l'usage de bains de bouche riches en polyphénols pourrait avoir tout son intérêt afin de réduire localement la charge virale en cas d’infection, mais aussi en prévention, en faisant barrage au virus.

Bien d'autres recherches ont été menées sur l'intérêt de nombreux polyphénols dans le Covid-19 (7) : l'astaxanthine, caroténoïde rouge présent dans certaines microalgues ou dans le krill, l'hespéridine, flavonoïde des agrumes, la glycyrrhizine de la racine de réglisse, la curcumine… Nous avions déjà évoqué dans nos colonnes les recherches sur la quercétine, la lutéoline et l'isorhamnétine, présentes notamment dans la pomme, les myrtilles, l’oignon rouge, l’aubépine, la carotte, le vin rouge, ou bien sur l'acide ellagique, polyphénol présent dans les noix, les fruits rouges et la grenade.

Le duo quercétine et curcumine pour diminuer les symptômes ?

À l’hôpital Delta de Bruxelles, un essai clinique de haut niveau de preuve est récemment parvenu à diminuer la sévérité des symptômes du Covid de patients hospitalisés pour formes graves en leur administrant, en plus des soins standards, 8 comprimés quotidiens d’un complément alimentaire déjà commercialisé, le Nasafytol. Visant à renforcer le système immunitaire, ce dernier est à base de deux polyphénols, la curcumine et la quercétine, ainsi que de vitamine D3. Après une semaine, 76 % des patients du groupe Nasafytol avaient quitté l’hôpital contre 42 % du groupe contrôle et l’on observe une réduction de 50 % de leurs symptômes cliniques. Au quatorzième jour, 92 % des patients du groupe Nasafytol avaient quitté l’hôpital contre 83 % du groupe vitamine D.

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La propolis, de plus en plus étudiée contre le Covid

On peut également enfin citer la propolis, particulièrement riche en polyphénols tels que quercétine ou le kaempférol. C’est probablement une des substances naturelles les plus prometteuses, riche qu’elle est de pas loin de 300 molécules naturelles et principes actifs différents. Dernièrement, une étude finlandaise (8) a recensé les nombreux essais cliniques sur le Covid qui ont été menés avec les produits de la ruche, riches certes en phénols mais également en zinc.

On retiendra particulièrement un essai clinique mené par l’hôpital de São Rafael au Brésil ayant porté sur 124 patients atteints du Covid et hospitalisés (PCR positive, avec des symptômes dans les 14 jours précédents) et qui a montré une division par deux de la durée médiane d’hospitalisation pour le groupe ayant pris de la propolis (à hauteur de 800mg par jour, dont 60 % de propolis verte et 40 % de propolis brune) en plus de leur soins médicamenteux conventionnels.

Une autre étude menée auprès des professionnels de santé des services d'urgences (médecins, infirmières, secrétaires médicales) de deux hôpitaux universitaires turques a mis en évidence que la supplémentation en propolis (40 gouttes de propolis par jour) avait un effet protecteur significatif (98%) en prévention de l’infection au Covid. Deux autres études montrent l’intérêt de l’usage de sprays oraux ou de sirops à base de propolis contre les symptômes de l’infection.

On attend que des études cliniques similaires soient mises en place pour analyser plus de ces actifs végétaux dont on perçoit désormais l’énorme potentiel. Aussi prometteuses qu’elles soient, beaucoup de ces recherches sur les polyphénols n'en sont, en effet, qu'à un stade préliminaire. Il reste souvent à définir les quantités de substances actives nécessaires – et sans risque, certains polyphénols consommés en excès comme l’EGCG pouvant générer des dommages hépatiques (9) - pour mettre au point des nutraceutiques ciblés, capables de prévenir ou d'aider à traiter l'infection au SARS-CoV2.

Que cela ne vous empêche pas néanmoins d’ores et déjà de consommer une grande quantité de fruits et légumes colorés au quotidien, car de nombreuses études ont démontré l’importance d’une alimentation saine et riche en antioxydants pour réduire de manière substantielle le risque de Covid sévère et la mortalité.

 

Références

(1) « Tea Polyphenols Prevent and Intervene in COVID-19 through Intestinal Microbiota », Foods, janvier 2022. 10.3390/foods11040506

(2) « Metabolites with SARS-CoV-2 Inhibitory Activity Identified from Human Microbiome Commensals », mSphere, novembre-décembre 2021. 10.1128/mSphere.00711-21

(3) « Corilagin prevents SARS-CoV-2 infection by targeting RBD-ACE2 binding », Phytomedicine, juillet 2021. 10.1016/j.phymed.2021.153591

(4) « Epigallocatechin gallate from green tea effectively blocks infection of SARS-CoV-2 and new variants by inhibiting spike binding to ACE2 receptor », Cell & Bioscience, août 2021. 10.1186/s13578-021-00680-8

(5) « Rapid inactivation in vitro of SARS-CoV-2 in saliva by black tea and green tea », Pathogens, juin 2021. 10.3390/PATHOGENS10060721

(6) « SARS-CoV-2 neutralizing activity of polyphenols in a special green tea extract preparation », Phytomedicine, avril 2022. 10.1016/j.phymed.2022.153970

(7) « Can nutraceuticals assist treatment and improve Covid-19 symptoms? », Natural Product Research, (sous presse, publication en ligne anticipée) février 2022. 10.1080/14786419.2021.1914032

(8) « New Insights into Potential Beneficial Effects of Bioactive Compounds of Bee Products in Boosting Immunity to Fight COVID-19 Pandemic: Focus on Zinc and Polyphenols », Nutrients, mars 2022. 10.3390/nu14050942

(9) https://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/180418

"Polyphenols as alternative treatments of COVID-19", 2021

 

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