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Comment agit la psilocybine sur le cerveau ?

  • Comment agit la psilocybine sur le cerveau ?
Article paru dans le journal nº 107

Selon deux récentes études de pointe, la psilocybine (contenue dans certains champignons hallucinogènes) ne fonctionnerait pas sur le cerveau à la manière d’un simple antidépresseur. Ses bénéfices, dans certains troubles mentaux, dépasseraient en effet son impact sur nos récepteurs à la sérotonine. Elle aurait notamment une influence positive sur la plasticité cérébrale.

Article mis à jour le 29/03/2024 par Sabrina Debusquat

De plus en plus d’études rapportent l’impact potentiellement bénéfique, efficace et durable qu’aurait la psilocybine (molécule hallucinogène et psychédélique présente dans certains champignons) sur les troubles psychiques tels que la dépression, l’anxiété, l’addiction ou encore le stress post-traumatique. Les résultats jusqu’ici obtenus sont si encourageants que récemment l’État américain, à travers le National Institutes of Health (NIH), a même décidé de financer une vaste étude sur les effets thérapeutiques de la psilocybine avec de premières conclusions prometteuses.

La psilocybine active les récepteurs de la sérotonine, l'hormone du bonheur

Reste que les scientifiques cherchent encore à éclaircir les mécanismes d’action de cette molécule stupéfiante, et comment elle impacte notre psychisme et notre cerveau. C'est dans ce cadre que des chercheurs associés à l’Allen Institute for Brain Science (États-Unis) ont voulu analyser l’influence de cet hallucinogène sur certains types de neurones. Pour ce faire, l’équipe scientifique a tenté de stimuler, grâce à la psilocybine, les récepteurs de la sérotonine de morceaux de cerveau humain (extraits lors d’opérations sans lien avec l’étude). Étant donné les effets constatés de cette substance sur le bien-être psychique de certains patients dans les études cliniques disponibles, ils avaient initialement émis l’hypothèse que le psychédélique allait « hyperactiver » toutes les cellules portant le récepteur spécifique de « l’hormone du bonheur ». Or, au lieu de cela, si certaines de ces cellules se sont bien activées, d’autres au contraire se sont désactivées, mais surtout la plupart n’ont pas réagi à son contact. Des résultats intrigants qui ont été présentés à la mi-novembre au moment de la conférence 2022 de la Society for Neuroscience à San Diego.

Sérotonine et dépression : une mauvaise piste ?

Sérotonine et psilocybine

Ce qui de premier abord pourrait paraître surprenant, ne l’est peut-être pas tant que ça. En effet, il y a quelques mois, Alternative Santé relayait des doutes de la communauté scientifique quant au rôle de la sérotonine dans la pathogenèse de la dépression.

En effet, comme l'affirme une équipe de chercheurs du Collège universitaire de Londres : « Il n’y a aucune preuve convaincante que la dépression soit associée ou causée par des concentrations ou une activité de sérotonine plus faibles, il est temps de reconnaître que la théorie de la dépression fondée sur la sérotonine n’est pas étayée empiriquement ». Ainsi, l’efficacité de la psilocybine couplée aux résultats de l’étude américaine précédemment citée montre bien que la recherche d’un traitement contre la dépression doit explorer de nouvelles pistes.

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La psilocybine améliore la plasticité cérébrale pour reprogrammer les pensées négatives

Une autre équipe de chercheurs de l’Imperial College London (Royaume-Uni) a fait le choix d’analyser les réseaux neuronaux du cerveau dans leur globalité quand soumis à cette molécule. Pour ce faire, ils ont directement administré des doses de psilocybines à des patients souffrant de troubles dépressifs majeurs. Outre des améliorations nettes observées sur les symptômes dépressifs des participants, les résultats obtenus par IRM se sont avérés surprenants. Ils ont révélé que la molécule psychédélique activait de nouvelles connexions neuronales tout en inhibant en parallèle d’autres réseaux neuronaux habituels chez la personne suivie.

Cette réorganisation des réseaux neuronaux s’apparente donc à une augmentation de la plasticité cérébrale des participants. En d’autres termes, la psilocybine permettrait de « déprogrammer » plus facilement les circuits de pensées négatives chez les personnes dépressives, et de favoriser de nouveaux liens neuronaux et psychiques, potentiellement plus positifs. Pour le Dr David Nutt, un des auteurs de l’étude, la récupération d’une certaine flexibilité neuronale grâce à la psilocybine pourrait grandement expliquer son efficacité dans le traitement des symptômes dépressifs « Les personnes déprimées sont continuellement autocritiques. Elles continuent de ruminer, revenant encore et encore sur les mêmes pensées négatives, anxieuses ou craintives. Les psychédéliques perturbent cela. Les pensées critiques sont plus faciles à contrôler, et la pensée est plus flexible. »

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Une perturbation de quelques semaines qui améliore la flexibilité mentale

Une nouvelle étude publiée en juillet 2024 dans la revue Nature nous en dit un peu plus sur la façon dont la psilocybine agit sur notre cerveau. Sept adultes ont reçu une dose élevée de psilocybine (25 mg) et de méthylphénidate (la forme générique de la Ritaline, 40 mg) à une à deux semaines d’intervalle, puis l’on a observé leur cerveau avec de nombreuses IRM (18 en moyenne) durant les trois semaines suivant l’expérience.

Il s’est avéré que la psilocybine ne perturbe que temporairement les réseaux cérébraux impliqués dans la pensée introspective, comme la rêverie et la mémoire. Ces changements persistent pendant des semaines, mais ne sont pas permanents. « L’effet initial est massif, et une fois qu’il disparaît, il reste un effet ponctuel », a déclaré le coauteur principal Nico Dosenbach, professeur de neurologie.

« C’est exactement ce que l’on souhaite voir pour un médicament potentiel. On ne veut pas que les réseaux cérébraux des gens soient anéantis pendant des jours, mais on ne veut pas non plus que tout redevienne comme avant immédiatement. On veut un effet qui dure suffisamment longtemps pour faire une différence », ajoute-t-il.

Ainsi, c’est en augmentant la flexibilité cérébrale que la psilocybine contribuerait à la santé mentale.

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Risques de la psilocybine et cadre légal

Sérotonine et psilocybine

À l’instar d’autres substances psychédéliques, la psilocybine reste classée comme une drogue (son usage étant, à ce titre, illégal) dans de nombreux pays comme la France, du fait de son effet stupéfiant. La consommation de psilocybine (et des champignons hallucinogènes en contenant) génère en effet, c’est connu, une modification des perceptions et du sens de la réalité (hallucinations visuelles, auditives, modification de la perception du temps, etc.). Cet impact psychotrope considérable donne parfois lieu à certains effets indésirables d’ordre psychologique (paranoïa, attaques de paniques…) ou plus physique (augmentation du rythme cardiaque, de la tension, etc…).

On l’aura compris, l’usage de cette molécule n’a rien d'anodin, qu’il soit récréatif ou même dans le cadre des études scientifiques menées actuellement. C’est sans doute la crainte de ces effets indésirables qui explique l’attrait croissant du grand public pour la pratique du micro-dosing (c'est-à-dire de la prise régulière, mais à doses infimes de la molécule) en vue de bénéficier des possibles effets thérapeutiques de la molécule sans avoir à en subir les effets psychotropes puissants. Ce contexte d’avancée de la recherche et de multiplication des essais cliniques, mais aussi d’intérêt grandissant des personnes pour le potentiel thérapeutique des psychédéliques, ouvre probablement la voie à une décriminalisation progressive de la psilocybine dans un cadre médicalement contrôlé. C’est le cas, par exemple, dans l'État américain d’Oregon depuis novembre 2020 ou dans le Colorado en 2022. Le 5 février 2023, l’Australie a voté la possibilité de prescription de psilocybine, dans un cadre médical, pour les cas de stress post-traumatique ou de dépression résistante.

Quoi qu’il en soit, ces nouvelles études sur l’impact chimique complexe de la psilocybine sur le cerveau invitent ainsi à une compréhension plus large et polyfactorielle des mécanismes de la dépression, et des moyens d’en sortir.

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