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Des bactéries dans les tumeurs cancéreuses, une bonne nouvelle ?

Article paru dans le journal nº 72 Acheter ce numéro
  • Quelle est la relation complexe entre cancer, microbiote et immunité ?Quelle est la relation complexe entre cancer, microbiote et immunité ?

L’histoire commence par une étude publiée cette année dans la revue scientifique Cell et qui nous apprend que des tumeurs du pancréas hébergent un microbiote. Deuxième surprise, les bactéries présentes ne sont pas les mêmes chez les malades qui survivent à ce cancer que chez ceux qui y succombent. Troisième surprise, un transfert de microbiote fécal – donc agissant sur le microbiote intestinal – semble enrichir le microbiote tumoral et augmente la durée de vie des malades. Une nouvelle preuve de l’interconnexion des microbiotes et de la septicité naturelle du corps humain.

Les patients montrant les meilleures chances de survie ont, à la fois, un système immunitaire plus actif au niveau de la tumeur et un microbiote tumoral plus diversifié, et riche en bactéries connues pour leurs effets bénéfiques sur la santé. Les chercheurs ont notamment observé que les cellules immunitaires ayant infiltré la tumeur pour la combattre étaient beaucoup plus actives en présence de ces bonnes bactéries. Ces activités sont-elles directement imputables aux bactéries de la tumeur, ou bien faut-il en rechercher l’origine dans le microbiote intestinal, maître de tous les microbiotes ? L’aptitude de ce dernier à réguler le système immunitaire n’est plus à présenter.

Précédemment, un microbiote régulier avait été découvert dans le sein. Vous vous en doutez, ce microbiote est différent en cas de cancer du sein. Une analyse métagénomique a d’ores et déjà permis d’établir un profil bactérien de la zone tumorale. Dans les cancers hormono-dépendants, la bactérie Streptococcus pyogenes perturbe la glucuronidation, ce qui empêche le recyclage des estrogènes dont les taux augmentent alors dans l’environnement mammaire. Or, dans l’intestin, les bactéries de putréfaction en surnombre produisent beaucoup de bétaglucuronidase, une enzyme qui bloque la glucuronidation. Le lien avec une augmentation du risque de cancer du sein est déjà connu.

C’est sans doute au niveau du système immunitaire de l’intestin (GALT) que tout se joue. Les bactéries symbiotiques libèrent des molécules de signalisation qui gardent éveillées les cellules immunitaires de la barrière intestinale. Il faut que ce soit les bonnes bactéries et dans les bonnes proportions, sans quoi la réponse immunitaire peut prendre un mauvais départ. Dans ces échanges, les bactéries vont à un moment donné présenter aux cellules immunitaires des motifs moléculaires semblables à ceux d’une cellule cancéreuse. Une fois qu’elles savent à quoi ressemble une cellule cancéreuse, les cellules immunitaires voyagent à travers l’organisme et vont peut-être un jour rencontrer une tumeur.

Cependant, les bactéries présentes dans les tumeurs ou à proximité ne sont pas forcément de bon augure. Dans certains cancers du côlon, on peut observer la présence d’un biofilm bactérien, une forme d’organisation microbienne tenace et souvent malfaisante. De tels biofilms ont également été aperçus dans des métastases au niveau du foie . Il est évident qu’il ne s’agit pas des mêmes espèces bactériennes et qu’elles ne produisent pas les mêmes molécules immunoactives.

Des transplantations fécales ont déjà obtenu des résultats bénéfiques chez des patients atteints de mélanome métastatique, un cancer de la peau. Les microbiotes cutané et intestinal fonctionnent donc bien ensemble. Fait inhabituel, le donneur n’était pas sain, c’était une personne cancéreuse ayant répondu favorablement à l’immunothérapie. Ce qui montre que les leviers physiologiques associés au microbiote sont transférables d’un individu à l’autre. D’autres pistes, comme la phagothérapie, sont envisagées. Chaque virus bactériophage ciblant une bactérie précise, on pourrait s’en servir pour sélectionner certaines bactéries, fragiliser les tumeurs et renforcer l’action des traitements anticancéreux.

En prévention, l’alimentation demeure incontournable. Nous entretenons les bactéries que nous nourrissons. On a observé que les personnes ayant une alimentation riche en fibres avaient moins de cancer du côlon, la dégradation des fibres par le microbiote produisant des substances qui favorisent une bonne différenciation cellulaire. Traiter un cancer par l’arsenal médical tout en poursuivant une alimentation génératrice de métabolites cancérigènes semble peu indiqué. Quant aux transplantations fécales, en conserver les bénéfices nécessite un régime approprié.

 

Lire aussi Antibiotiques et maladies intestinales : les probiotiques sont-ils nécessaires ?

Sources :

"Tumor Microbiome Diversity and Composition Influence Pancreatic Cancer Outcomes", Cell, 2019.

"A comprehensive analysis of breast cancer microbiota and host gene expression", Plos One, 2017

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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