Méthodes vidéos

Covid-19 : de nombreuses études montrent l'intérêt de la vitamine D en supplémentation précoce

Un nombre conséquent de recherches démontrent aujourd'hui l'importance d'un apport suffisant en vitamine D pour résister au Covid-19 et limiter les complications associées. Bilan mis à jour des études existantes.

la rédaction

Dès le mois d'avril 2020 Alternative santé pointait à l'intérêt possible de la supplémentation en vitamine D contre le Covid-19 et se faisait l'écho de nouvelles recherches sur le sujet. Dès le mois de mai 2020, différentes institutions de santé, dont notre Académie de médecine, mettaient en avant la vitamine D comme composante indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire, spécialement devant l’épidémie de Covid-19. La vitamine D rend l’infection au coronavirus plus difficile et atténue la gravité du syndrome de détresse respiratoire qui conduit les formes aiguës en réanimation. D’après l’analyse statistique de données obtenues dans des hôpitaux du monde entier, la seule normalisation du statut en vitamine D permettrait une réduction de 15 % du nombre de cas graves du Covid.

Une étude sur des patients espagnols atteints de Covid-19 semble étayer l’intérêt d’une supplémentation précoce en vitamine D dans l’optique de limiter la sévérité de la maladie. L’étude se base sur un groupe de 76 patients hospitalisés au Hospital Universitario Reina Sofia à Cordoba pour une infection au Covid-19 avec détresse respiratoire. La totalité du groupe a bénéficié du même protocole de soins standard, soit une combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine .

Les 50 patients éligibles à la supplémentation en calcifediol (ou 25-hydroxyvitamin D, qui est la forme circulante dans le sang) ont reçu une dose de 0,532 mg par voie orale le jour de l’admission, puis deux autres doses de 0,266 mg le troisième et le septième jour, puis une dose par semaine jusqu’à leur sortie de l’hôpital ou leur admission en soins intensifs le cas échéant.

Sur les 50 patients ayant reçu la vitamine D, un seul a nécessité un transfert en unité de soins intensifs. Parmi les 26 n’ayant pas bénéficié de la supplémentation, 13 ont dû être dirigés vers les soins intensifs. Le groupe des patients avec vitamine D n’a eu à déplorer aucun décès, et tous ont pu quitter l’hôpital guéris (plus de charge virale détectée) et sans avoir subi de complications. Parmi les 26 non-supplémentés, les 13 n’ayant pas nécessité l’admission en soins intensifs ont tous guéri également, mais parmi les 13 autres envoyés en soins intensifs, deux sont décédés, tandis que les autres ont guéri aussi.

Une tendance confirmée en septembre par une étude basée sur les données du registre Covid-19 du Sinaï Hospital de New-York, qui révèle qu’un taux de vitamine D sanguin d’au moins 30 ng/ml permettait de moduler la réponse immunitaire de façon à réduire l’orage cytokinique souvent associé à l’issue fatale de l’infection. Chez les malades de plus de 40 ans, moins de 10 % de ceux suffisamment pourvus en vitamine D ont succombé, alors qu’ils étaient 20 % chez ceux qui étaient sous cette barre de 30ng/ml.

Une autre étude espagnole publiée fin octobre confirme un phénomène déjà observé au printemps : une écrasante majorité de malades du Covid-19 (80 % d’une cohorte de 216 patients Covid traités à l’hôpital universitaire Marques de Valdecilla à Santander) présentent une carence en vitamine D , spécialement les hommes. Pour l’un des co-auteurs, le docteur José Hernandez, " un traitement à base de vitamine D devrait être recommandé chez les patients Covid avec de faibles niveaux sanguins de vitamine D. Une approche pourrait consister à identifier et traiter tout spécialement les individus à haut risque comme les personnes âgées, les patients avec des comorbidités, ou les infirmiers(ères) dans les foyers pour aînés."

Une revue systématique de la littérature scientifique publiée en avril 2021 dans la revue Nutrients a synthétisé les résultats de 11 études observationnelles différentes chez les personnes âgées. Il en ressort, à nouveau, que les carences en vitamine D semblent exposer à plus de risques de complications en cas d'infection au Covid-19.

À l'aune de toutes ces recherches, du faible coût et de l'innocuité de la vitamine D à doses physiologiques, on ne peut que s'étonner que sa prescription ne soit pas intégrée aux recommandations préventives en France, a minima pour les personnes fragiles et à risque de complications en cas de Covid-19.

Si l'Académie de médecine, en France, ne fait qu'en conseiller l'usage en cas d'infection avérée, le Royaume-Uni en a distribué préventivement et à titre gratuit aux personnes les plus fragiles.  Les autorités de santé ont ciblé à risque de Covid, arguant de leur faible exposition à la lumière du soleil durant les mois d'hiver du fait du confinement.

Plus récemment, en septembre 2021, une nouvelle étude statistique menée par des chercheurs irlandais et écossais sur les données de 417 000 patients a révélé que les personnes qui résidaient dans des lieux où le taux d’UVB ambiants est élevé (UVB essentiels à la production de vitamine D par la peau) avaient un taux fortement réduit de formes mortelles et graves de Covid-19. Bien qu’elle précise ne pas être capable de trancher sur le lien entre un faible taux de vitamine D et la gravité de l’infection au Covid-19, cette étude apporte un nouvel élément de compréhension au débat et ouvrira peut-être la porte à de nouvelles études plus concluantes.

Enfin, et pour clore provisoirement le sujet, une étude italienne parue début novembre 2021 compare, sur une période de six mois (mars à septembre 2021), les niveaux sanguins en vitamine D entre malades touchés par un Covid-19 aigu, patients guéris et personnes non infectées. Dans un échantillon de 117 sujets, les malades sévères présentent les niveaux sanguins de vitamine D ‒ 25(OH)D3 ‒ les plus bas (9,63 ng/ml) par rapport aux patients guéris (11,52 ng/ml) et aux personnes non infectées (15,96 ng/ml). Ces derniers sont ceux qui se rapprochent au plus près de la valeur plancher généralement admise par les experts (20 ng/ml). Il ressort également de cette étude que l’administration de vitamine D aux malades du Covid aide à contrôler les niveaux de cytokines pro-inflammatoires responsables des formes graves.

 

[lireaussi:6814]

[lireaussi:6965]


Sources :

 

"Acute Respiratory Tract Infection and 25-Hydroxyvitamin D Concentration : A Systematic Review and Meta-Analysis." Int J Environ Res Public Health 2019

"Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory infections : individual participant data meta-analysis". Health Technol Assess 2019.

"Vitamin D deficiency and co-morbidities in COVID-19 patients – A fatal relationship?",  Elzevier Public Health Emergency Collection, 20 août 2020.

« Effect of calcifediol treatment and best availabl therapy versus best available therapy on intensiv care unit admission and mortality among patients hospitalized for Covid-19 : a pilot randomized clinical study », dans The journal of steroid biochemistry and molecular biology, Août 2020.

« Vitamin D sufficiency, a serum 25-hydroxyvitamin D at least 30ng/mL reduced risk for adverse clinical outcomes in patients with Covid-19 infection », dans Plos One, Septembre 2020.

« Vitamin D status in hospitalized patients with Sars-Cov-2 infection », dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, Octobre 2020.

«Covid: UK government requests guidance on vitamin D use », The Guardian, 14 novembre 2020.

"Relation between Vitamin D and COVID-19 in Aged People: A Systematic Review", Nutrients, avril 2021

« An observational and Mendelian randomisation study on vitamin D and COVID-19 risk in UK Biobank », Scientific Reports, 14 septembre 2021."

« Vitamin D Serum Levels in Subjects Tested for SARS-CoV-2: What Are the Differences among Acute, Healed, and Negative COVID-19 Patients? A Multicenter Real-Practice Study », Nutrients, novembre 2021 -

En savoir plus